Une vidéo montrant des jeunes filles danser sur scène, sous les applaudissements et encouragements du public à l’occasion d’une cérémonie organisée par la municipalité de Téhéran, a provoqué un tollé en Iran. La justice iranienne, qui juge cette scène "immorale", a décidé d’ouvrir une enquête.

En Iran, la loi islamique en vigueur interdit aux femmes adultes, c’est-à-dire âgées de plus de neuf ans, de danser devant d’autres personnes, à l’exception de leur mari. La présence de jeunes danseuses sur scène mardi 6 mars, lors d’un évènement célébrant avec quelques jours d’avance la Journée internationale de la Femme à Téhéran n’a donc pas du tout plu aux conservateurs.

Organisée par la ville de Téhéran, cette cérémonie s’est déroulée en présence de plusieurs hommes, dont le maire réformateur de la capitale iranienne, Mohammad-Ali Najafi. Mais un extrait du spectacle, avec les jeunes filles en train de danser devant le public, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux et attisé les critiques.


Une "destruction" de la culture iranienne

"Je n’ai rien à dire sur Najafi. Mais je demande simplement à Dieu la mort et le supplice divin pour ceux qui sont responsables de la destruction de la culture de notre pays", écrit ainsi dans un tweet le professeur Hojatollah Abdolmaleki, qui enseigne à l’université ultra-conservatrice de Sadegh. 

Le procureur général du pays, Mohammad Jafar Montazeri, a également dénoncé des actes "contraires à la morale publique" et ordonné au procureur de Téhéran d’ouvrir une enquête.

De son côté, le maire de Téhéran a tenté de désamorcer les critiques en postant sur les réseaux sociaux une photo des très jeunes danseuses. Et il a assuré que ces filles n’ayant que huit ans, le spectacle n’avait rien de "non-islamique". L’élu a cependant reconnu que la chorégraphie pouvait porter à controverse et n’était donc peut-être pas une bonne idée. Mais il n’y a, à ses yeux, aucun problème majeur.


Des réactions aux réactions…

Preuve que le sujet divise en Iran, plusieurs internautes ont pris la défense de l’événement et répondu aux partisans de la ligne dure iranienne. "Ce n’est pas seulement honteux que vous soyez contre le bonheur dans ce pays, c’est honteux que vous ayez un esprit si obscène lorsque vous regardez ces enfants – vous devriez avoir honte de faire face à vos propres enfants", s'est indigné un internaute sur Twitter.

Le 14 janvier dernier, alors qu’il célébrait son centième jour de mandat, Mohammad-Ali Najafi avait publié un rapport sur la situation financière de la municipalité de Téhéran dans lequel il révélait les actions illégales de son prédécesseur conservateur Bagher Ghalibaf, pointant notamment des détournements de fonds et des transactions fictives. Il est depuis devenu l’une des cibles d’attaques privilégiées des extrémistes.

Avant lui, de nombreuses autres figures politiques ont été critiquées pour des comportements "non-islamiques". En 2008, un énorme scandale avait éclaté dans le pays lorsque l’ancien président Mohammad Khatami avait serré la main à des femmes lors d’un voyage en Italie.