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"Ne laissez pas votre fille prendre cette pilule, c’est un plan des infidèles pour l’extinction de musulmans, ce sont des pilules contraceptives. Partagez ce message" : c’est ce qu'on peut lire sur un post Facebook montrant une photo d'une plaquette de pilules, partagée des centaines de fois par des comptes afghans sur le réseau social depuis le 1er mars.

Or, un coup d’œil à la photo permet assez rapidement de repérer que ce médicament n'est en rien une pilule contraceptive.

Comme le notent nombre de commentaires du post, il est écrit ce que contient le médicament : de l’acide folique, une vitamine qui participe notamment à la formation des globules rouges et du fer ("iron"), qui joue aussi un rôle essentiel dans cette production. Mais aucun de ces deux éléments n’a quoi que ce soit à voir avec la prévention de la grossesse.

Cela n’a pas empêché plusieurs pages Facebook et internautes en Afghanistan de partager cette image afin d’"alerter les gens".

Un complément distribué aux jeunes filles dans les écoles

L’origine de cette intox n’est pas claire. Mais ce médicament est tout à fait identifié : c’est le complément nutritionnel distribué chaque semaine depuis 2017 par le gouvernement afghan dans les écoles, à un million de filles de 10 à 19 ans. Ce programme de distribution est orchestré en collaboration avec l’agence américaine de développement USAID.

Or, selon certains comptes qui relaient l’intox, si ce médicament n’est distribué qu’aux filles, c’est qu’il serait en réalité destiné à les empêcher de tomber enceintes. Certains avancent pour preuve une contre argumentation guère convaincante : pourquoi les filles seraient les seules à avoir des problèmes d’anémie, les garçons pouvant également en souffrir alors qu’ils ne bénéficient pas de cette pilulle.

La réponse est pourtant simple : si ce complément est distribué aux filles à partir de 10 ans, c’est que les cycles menstruels peuvent provoquer une carence en fer.

En 2013, l’Institut national afghan de nutrition avait estimé que l’anémie était un "sévère problème de santé publique" en Afghanistan. Plus de 40 % des Afghanes en âge de se reproduire en souffrent. Dans le monde, la proportion est presque moitié moindre, avec 21,8 % de femmes touchées.

Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad , Journaliste