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Depuis des années, les automobilistes de Téhéran redoublent d’ingéniosité pour contourner le système de caméras de surveillance qui quadrillent la capitale iranienne. La dernière idée en vogue ? Recruter un bouclier humain pour masquer sa plaque d’immatriculation. Mais la municipalité veut renforcer les contrôles…

Téhéran est une ville gigantesque, sept fois plus étendue que Paris, où vivent 8,8 millions d’habitants. Plus de 4 millions de véhicules parcourent ses rues chaque jour, six fois plus que ses capacités, selon les autorités. Pour les habitants, cette densité a plusieurs conséquences : embouteillages à rallonge et pollution de l’air. En 2017, ils n’ont pu profiter que de 47 jours d’air pur.

Depuis près de trois ans, la municipalité a restreint l’accès au centre-ville. La première zone est réservée aux transports en commun, aux urgences et aux automobilistes qui payent un abonnement à la journée, à la semaine ou au mois. Pour une journée, le tarif est de 42 000 tomans, soit 9 euros.

Une carte de Téhéran montre la zone “stricte” dans laquelle les véhicules doivent payer pour circuler et la zone "contrôlée "dans laquelle la circulation est alternée en fonction des plaques d’immatriculation.

Une autre zone, située sur le pourtour de cette première zone "stricte", autorise la circulation des véhicules seulement certains jours, en fonction du numéro de leur plaque d’immatriculation. Les nombres impairs peuvent circuler le dimanche, le mardi et le jeudi, les pairs le samedi, le lundi et le mercredi. La circulation est libre le vendredi.

Capots soulevés et "boucliers humains" rémunérés

Cette vidéo montre une voiture utilisant la bande d’arrêt d’urgence dans le tunnel Niayesh de Téhéran, le coffre est ouvert pour que la plaque ne puisse être lue par les caméras de surveillance.

Pour contourner ces restrictions, les automobilistes téhéranais font preuve d’ingéniosité. Une vidéo publiée le 27 février sur la plateforme de messagerie Telegram, très populaire en Iran, montre des voitures circulant sur la bande d’arrêt d’urgence pour éviter un embouteillage dans le tunnel Niayesh. Pour ne pas être repérés, les conducteurs ont simplement ouvert leur coffre, pour que leur plaque ne puisse être lue, ou photographiée.

Certains Téhéranais gagnent même leur vie en tant que "boucliers humains ", à pied ou à scooter.

Une technique de plus est venue s'ajouter à d’autres qui ont déjà la côte : certains automobilistes n’hésitent pas à carrément embaucher des piétons pour qu’ils courent derrière leur voiture, empêchant ainsi les caméras de surveillance de lire leurs plaques.

Des scooters payés pour le même service.

Un automobiliste malin avait, lui, récemment monté le niveau d’un cran en installant un système digne de la Batmobile : un rabat mécanisé masque la plaque d’immatriculation à la demande, grâce à un bouton situé à l’intérieur du véhicule. C’était malin, mais pas suffisant … L’homme a été repéré et son système montré à la télévision officielle.


Un automobiliste a installé des “volets électriques” sur sa plaque d’immatriculation, téléguidés depuis l’intérieur de sa voiture.
 
Plus de contrôles et de caméras à venir

La municipalité cherche aujourd’hui à étendre les mesures restrictives, remplaçant le système à deux zones par un nouveau à trois zones. Ce système fonctionnerait par abonnement pour tous les véhicules, et nécessiterait un investissement de 2 milliards de tomans (environ 440 millions d’euros) pour l’installation de nouvelles caméras.
Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad , Journaliste