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"Honte à moi", ou encore "Voici où le retard et l’absentéisme m’ont conduit" : un proviseur de lycée dans la ville de Bafoussam, à l’ouest du Cameroun, a récemment contraint ses élèves qui ont reçu de mauvaises notes à porter des pancartes humiliantes. L’objectif ? Inciter ses éléments "paresseux" à se mettre au travail.

Cette scène s’est déroulée dans une rue près du lycée classique de Bafoussam, le 19 février. Le proviseur a obligé les élèves à marcher avec des pancartes et des banderoles où l’on peut notamment lire : "Caravane des élèves paresseux sur le parcours de la honte et de l’expiation", "Voici où le retard et l’absentéisme m’ont conduit(e)", "Honte à moi car j’ai négligé la chose la plus importante de ma vie : mes études".


Images de la "Caravane de la honte postées sur la page Facebook de Paul Chouta.


Prises par Paul Chouta, un contributeur du site Le Quatrième pouvoir, les photos ont massivement circulé sur les réseaux sociaux d’Afrique francophone. Et provoqué des réactions mitigées, entre indignation et admiration pour cette initiative. "Ça c'est une innovation pédagogique : titiller l'amour propre de l'enfant, l'amener à rechercher l'excellence, lui inculquer la culture de la discipline et du travail", s’est enthousiasmé un internaute dans un commentaire posté sous la publication Facebook de Paul Chouta. "C'est du n'importe quoi. L'échec de l'élève c'est l'échec de l'enseignant. Faites aussi défiler les encadrants de ces élèves !", s’est emporté un autre.

"Il veut les inciter à travailler"

Paul Chouta a pu discuter avec certains des élèves sanctionnés :  

"Les élèves m’ont dit que le proviseur était très inquiet du mauvais taux de réussite dans son établissement. Il a donc passé en revue tous les mauvais élèves, classe par classe, et leur a demandé de venir avec ces pancartes au rassemblement du lundi matin [19 février]. Moment où tous les élèves et enseignants se réunissent pour l’écouter présenter le programme de la semaine. Pour lui, c’est une manière de les inciter à travailler".

Interrogé par le site d’information Le 360 Afrique, le proviseur, Michel Nguet, a ainsi justifié sa démarche : "C’est une invention qui est encore en pleine maturation, je ne l’ai pas encore évaluée. J’ai coutume de créer en matière d’encadrement des enfants pour améliorer les résultats, et c’est le dernier concept en date". Il s’est en outre dit étonné de voir ces photos circuler sur Internet : "C’était une activité purement interne et je ne sais pas qui a capté des images et les a expédiées", a-t-il regretté.

En 2015, le lycée classique de Bafoussam était classé 4e (sur 17) de la ville, en nombre de mentions obtenues au baccalauréat.

Article écrit en collaboration avec
Liselotte Mas

Liselotte Mas