Depuis la fin 2017, des Iraniennes osent protester contre l’obligation de porter le voile islamique en public. Elles ont été des centaines à reproduire le même geste : hissées sur un promontoire, elles agitent leur voile au bout d’une perche. En réaction, la police a décidé de surmonter le promontoire d’une pointe… une solution qui a vite montré ses limites.

Le mouvement a commencé à la suite du geste de Vida Movahedi, qui, le 27 décembre, a été la première à agiter son voile au bout d’une perche, juchée sur une armoire téléphonique de la rue Enghelab, à Téhéran. Elle a depuis été suivie par des centaines de femmes – et même quelque hommes – qui ont reproduit son geste devenu iconique. Dans la capitale iranienne, elles sont nombreuses à se rendre sur le même promontoire que Vida Movahedi.

Le 22 févier, des officiers de la police de la capitale ont rajouté une partie pointue au sommet de cette armoire téléphonique. Le but ? Empêcher que des femmes puissent monter dessus à l'avenir.

La police a installé une pointe au-dessus de l'armoire téléphonique pour empêcher les protestataires de grimper dessus.

La photo à peine publiée sur les réseaux sociaux, les jeunes iraniens se sont allègrement moqués de la police sur les réseaux sociaux (comme le montre le dessin ci-dessous).


Ce dessin humoristique a été relayé par de nombreux internautes."On a trouvé les solutions à tous les problèmes de notre pays : une surface pointue", lit-on sur ce tweet. Le dessin fait référence au pétrolier iranien qui a coulé le 14 janvier dernier au large de la Chine, à l'avion ATR de la compagnie iranienne Aseman Airlines qui s’est écrasé dans une zone montagneuse le 20 février, ainsi qu’au tremblement de terre qui a secoué l’Iran le 13 nombre 2017, faisant plus de 400 morts.

Et quelques heures après, une femme, Maryam Shariatmadari, grimpait sur une autre armoire téléphonique à quelques dizaines de mètres de celle utilisée par Vida Movahedi. Mais comme le montrent des vidéos postées sur les réseaux sociaux, un policier a grimpé sur un arbre jouxtant l'armoire téléphonique et poussé la manifestante.

Des passants sont venus aider la jeune fille blessée mais n’ont pu l’empêcher d’être embarquée par la police. Plusieurs dizaines de personnes se sont ensuite réunies devant le commissariat où était retenue la jeune fille, pour protester contre sa détention. Certains ont demandé à ce que le policier qui l'avait fait tomber soit poursuivi en justice.

Un policier fait tomber l'activiste Maryam Shariatmadari.

Comme ce fus le cas pour le promontoire de Vida Movahedi, la police a rapidement installé une surface pointue sur cette deuxième armoire. Mais c'était sans compter sur l’ingéniosité des protestataires : dans la nuit du 24 au 25 février, des mains anonymes ont installé une marche au-dessus des deux armoires téléphoniques, pour les rendre de nouveau accessibles (photo ci-dessous).


Photos relayées depuis ce week-end sur les réseaux sociaux en Iran.


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En décembre dernier, la police de Téhéran avait annoncé à la surprise générale qu’elle n’arrêterait plus les femmes ne portant pas le voile. Mais cette nouvelle politique ne semble pas s’appliquer à celles qui enlèvent leur tissu pour protester contre la loi, comme en atteste l’arrestation des 29 femmes le 1er février.

Article écrit en collaboration avec
Alijani Ershad

Alijani Ershad , Journaliste