Dans les rues de Bamako, au Mali, les déchets s’entassent. Les rives du fleuve Niger sont particulièrement touchées, polluées par des matières organiques, des plastiques et des métaux en décomposition. Notre Observateur a filmé les décharges sauvages pour dénoncer la passivité des autorités.

La capitale malienne compte plus de deux millions d’habitants et connaît comme beaucoup de grandes métropoles africaines un problème de gestion des déchets. On y trouverait une quarantaine de décharges improvisées, à ciel ouvert, où diverses ordures s’accumulent et viennent polluer l’air, l’eau et les sols. En 2008, Forbes la classait 16e ville la plus sale au monde.

Omar Sissoko, 21 ans, est étudiant en histoire et archéologie à Bamako. Inspiré par l’initiative de notre Observatrice Fatoumata Chérif en Guinée, il a filmé les décharges sauvages de Bamako et envoyé ses vidéos à notre rédaction.
 

"La couleur de l’eau change quand elle entre en contact avec les déchets"

J’ai pris ces images à Kalaban Coro, une commune de Bamako située au bord du fleuve Niger. Je n’habite pas dans ce quartier mais j’avais l’habitude d’aller me baigner là avec mes amis quand j’étais enfant. À l’époque, l’endroit était propre. J’ai vraiment été choqué de voir l’état de l’endroit aujourd’hui, c’est une décharge.

La rive du fleuve Niger, le 9 février 2018, recouverte d'ordures. Photo de notre Observateur.
 
Il y a énormément de de sacs en plastique noirs, utilisés notamment sur les marchés. J’ai vu beaucoup de vêtements, de chaussures et même une cuvette de toilettes, ce qui m’a beaucoup étonné. Comment ça a pu atterrir ici ? On voit aussi de nombreuses pirogues abandonnées. Elles sont utilisées pour récolter du sable dans le fond du fleuve, utilisé ensuite dans la construction.

Notre Observateur est très inquiet pour la faune qui habite le fleuve, notamment les poissons qui font vivre de nombreux pêcheurs. Photos prises par Omar Sissoko.
 
Pour moi, la pollution du fleuve est manifeste. On voit bien que la couleur de l’eau change quand elle entre en contact avec les déchets accumulés sur la rive. Les odeurs sont difficilement soutenables.
Pourtant, j’ai vu des hommes laver leur linge dans cette eau, et des enfants jouer à proximité. Juste au-dessus, il y a des champs où des paysans font pousser des tomates, des concombres ou d’autres légumes.

Pour eux, ces déchets sont dangereux. Je pense que les autorités essaient de trouver une solution, mais dans les faits il ne se passe rien.
 
Une "montagne" de déchets dans la commune de Kalaban Coro, à Bamako, sur les rives du fleuve Niger. Photo de notre Observateur.

Pour expliquer la multiplication de ces dépôts de déchets dans la ville, les autorités maliennes mettent en avant la forte croissance de la population (environ 6 % par an), à laquelle les services publics ont du mal à s’adapter. Elles ont organisé ces dernières années plusieurs événements de nettoyage collectif, appelés "Bamako ville propre", où des dizaines d’habitants sont embauchés pour nettoyer les rues. Par ailleurs, grâce à des financements de la Banque africaine de développement, deux stations d’épuration vont prochainement être construites.

 
Article écrit en collaboration avec
Liselotte Mas

Liselotte Mas