Pays hôte des Jeux de la francophonie du 21 au 30 Juillet 2017, la Côte d’Ivoire avait choisi de loger les athlètes dans les locaux de l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) d’Abidjan. Des travaux ont été effectués dans ce but, contraignant plus de 400 étudiants à être délogés du campus. Mais six mois après la fin des événements, ils n’ont toujours pas été relogés, dénonce notre Observateur.

La situation devait être temporaire. Le 10 août 2016, Robert Beugré Mambé, gouverneur du district d’Abidjan, annonçait le début de travaux dans le campus de l’Institut national de la jeunesse et des sports. Neuf mois plus tard, deux gymnases et 33 bâtiments préfabriqués étaient en place. Une "aventure exceptionnelle" selon Habib Sanogo, directeur de l’INJS.

Pas sûr que les étudiants de l’INJS partagent cette analyse : pour accueillir les 4 000 athlètes, ce centre de formation aux métiers du sport et des loisirs, décide de déloger 430 de ses étudiants résidant dans la cité universitaire. Six mois après la fin de la compétition, les chambres n’ont pas été restituées et les 430 étudiants ont dû trouver d’autres logements.

C’est le cas de Yacouba B (pseudonyme). Il a filmé son quotidien et envoyé ses images à la rédaction des Observateurs de France 24.
 

"Nous sommes dans une impasse depuis près de deux ans"

Avant le début des travaux, en août 2016, l’administration nous a informés que les athlètes seraient logés dans les bâtiments de l’INJS. Ils nous ont expliqué que pour préparer le village, nous devrions être délogés. Quelques semaines plus tard, on nous a obligés à quitter la cité universitaire, nous promettant que la situation ne durerait pas.

À la rentrée universitaire 2017, on a constaté que toutes les chambres et les salles communes avaient été détruites. Les dortoirs ont été réaménagés en bureaux. Nous avons essayé d’en parler à l’administration mais elle a affirmé que c’était temporaire. La compétition a eu lieu, et pourtant nous n’avons toujours pas de dortoirs. Nous sommes dans une impasse depuis près de deux ans.


Cité universitaire de l'INJS avant les travaux. Photo prise par Yacouba B.


La cité universitaire de l'INJS lors des travaux de 2016. Photo de notre observateur.

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Habib Sanogo, directeur de l’INJS, a souligné que les étudiants avaient été prévenus et qu’ils avaient accueilli la nouvelle de manière favorable. "Il s’agit d’une situation temporaire qui sera vite réglée" a-t-il déclaré.
De son côté, Yacouba déplore le manque de dialogue entre les étudiants et les autorités administratives.
 

"Pour beaucoup, se rendre à l’école est un véritable parcours du combattant "

Aucune solution n’a été apportée par l’administration alors il a fallu trouver un logement par ses propres moyens. Je suis obligé de vivre chez mon grand-père qui est dans le quartier de Yopougon – dans l’ouest d’Abidjan – alors que mon école est à Marcory (quartier est). Les deux quartiers sont séparés d’une distance de près de 21 km, soit 42 minutes de trajet s’il n’y a pas d’embouteillages.
Certains de mes amis se mettent en colocation dans des maisons près de l’école. Mais tout le monde n’a pas les moyens de payer la caution nécessaire. Chaque jour, nous faisons des trajets énormes pour arriver à l’école. On se réveille à 4 ou 5 heures du matin car les routes sont vite bouchées par les embouteillages. Pour beaucoup de mes camarades, se rendre à l’école est un vrai parcours du combattant. Beaucoup se font agresser. Nous avons des horaires contraignants, qui, ajoutés au problème de logement, rendent nos quotidiens très pénibles


 Trajet pour se rendre à la gare lagunaire de Treicheville, près de Marcory (banlieue d'Abidjan). Vidéo de Yacouba B.


Attente à la gare de transport lagunaire de Treicheville, près de Marcory. Vidéo de Yacouba B
 
D’après Yacouba, les bâtiments de l’ancienne cité universitaire sont affectés à des associations et à d’autres évènements sportifs. La direction de l’INJS réfute, affirmant que des travaux pour réaménager la cité universitaire seraient en cours, sans pouvoir détailler leur avancement ni fournir une date de fin.

"Finalement, les grands perdants de ces jeux de la francophonie sont les étudiants"
 
Mes dépenses ont doublé à cause des frais de transport et ma bourse n’a pas été augmentée. C’est une école qui regorge de talents mais avec une administration qui ne sait pas quoi en faire. Ce n’est pas pour rien qu’un médaillé olympique comme Cissé Cheikh Salah Junior (taekwondo) n’a pas poursuivi sa formation à l’institut après sa victoire aux Jeux olympiques de Rio en 2016. Finalement, les grands perdants de ces jeux de la francophonie sont les étudiants.


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