Des militaires russes débraillés et des tentes installées à proximité de la tombe de Jean-Bedel Bokassa : des photos prises dans le domaine de Berengo, qui abrite le palais aujourd’hui en ruines de l’empereur déchu de Centrafrique (1976-1979), ont suscité l’indignation d’une partie de ses héritiers.

Après avoir obtenu une autorisation de l’ONU, la Russie a annoncé fin décembre avoir livré une cargaison d’armes à la Centrafrique, notamment des pistolets, des fusils d'assaut, mais aussi des lance-roquettes et des armes anti-aériennes. Des instructeurs Russes ont également été dépêchés sur place pour apprendre aux soldats Centrafricains le maniement de ces armes.

Ils ont été installés dans le domaine de Berengo, à une soixantaine de kilomètres à l’est de la capitale Bangui, qui abrite également un centre de formation militaire. Mais dès que les images ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, le 24 janvier, des héritiers de Jean-Bedel Bokassa ont faire part de leur "consternation" dans un communiqué, dénonçant le fait que cette "occupation ait eu lieu sans respect" pour la tombe de Bokassa.


Photo montrant des tentes militaires installées à proximité du tombeau de Bokassa. Postée sur la page Facebook de Chris Can.


Photo du cantonnement postée sur la page Facebook de Chris Can.


Photo du cantonnement postée sur la page Facebook de Chris Can.

 

Jean-Serge Bokassa, ministre de l’Administration du Territoire et quinzième fils de l'ancien chef d'État centrafricain, s’est d’abord dit "indigné du procédé" sur son compte Twitter. Quelques jours plus tard, mercredi 31 janvier, il a déclaré à la radio locale Ndeke Luka que la famille Bokassa "ne s'oppose pas aux mesures prises par l'État concernant Berengo" mais que celle-ci tient "certains lieux pour sacrés", comme la sépulture de Jean-Bedel Bokassa.


Sur ces photos postées sur Twitter, on peut voir les miliataires russes débraillées, installés dans les ruines du palais de l'empereur déchu.

"Dans l’arrière-pays, et notamment la région où se situe le domaine de Berengo, il n’y a pas de cadastre qui délimite les propriétés. C’est le droit coutumier qui prévaut. Et selon la tradition, ce domaine appartient à la famille Bokassa depuis plusieurs générations", affirme pour sa part Gérard Ewango, l’avocat des héritiers contacté par France 24. "La famille n’est pas contre l’utilisation de ce lieu par les autorités, mais souhaite que ce cantonnement soit éloigné du centre du domaine, pour garantir le respect de la sépulture", ajoute-t-il.

"Cette polémique est inutile"

Prospert Yaka est journaliste basé à Bangui. Pour lui, cette polémique n’a pas de sens.
 
"Le domaine de Berengo fait office de centre de formation pour les militaires Centrafricains depuis une dizaine d’années au moins. Une partie de la famille Bokassa habite encore dans ce domaine [d’une superficie de dix hectares], et elle a toujours cohabité avec ces militaires sans qu’il y ait de problème. Je comprends que la famille ait pu être gênée par la proximité du cantonnement avec la tombe de Bokassa. Mais dans ce cas, je ne comprends pas pourquoi elle n’a pas directement demandé aux autorités de l’éloigner, et provoqué cette polémique, à mon sens inutile."

Les autorités n’ont pas officiellement réagi à cette polémique, ni indiqué si elles allaient accéder à la demande de la famille. Néanmoins, Jean-Serge Bokassa a indiqué qu’il s’était déjà entretenu avec le Premier ministre Simplice Sarandji pour définir les zones "considérées comme sacrées" par les héritiers de l’empereur déchu, et que le cantonnement des militaires Russes n’empiète pas dessus.

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