Les jacinthes d’eau sont connues pour être de belles plantes aquatiques … mais elles sont aussi de mauvaises herbes aux conséquences parfois lourdes : en Inde, elles provoquent ainsi le blocage des canaux qui doivent irriguer les champs des agriculteurs, forçant les autorités locales à les arracher régulièrement. Mais depuis 2014, un entrepreneur développe une solution pour les recycler en objet d’artisanat. Il offre au passage une source de revenus à des femmes démunies, dans une zone où les opportunités de travail sont rares.

Abdul Mujeeb est né à Tenali, un village de l’Andhra Pradesh, dans le sud de l’Inde. Après des études à Hyderabad, il est devenu ingénieur puis a dirigé un institut de formation. En 2014, alors qu’il cherchait des idées de projet concrets pour ses étudiants, il est tombé sur des articles expliquant que les tiges de jacinthes d’eau pouvaient être séchées et utilisées pour de la couture. Il y a vu une vraie opportunité pour la région de son village natal, où les jacinthes pullulent.  


Un canal d'irrigation, près de Tenali, bloqué par des jacinthes d'eau.

“Notre plan, c’est de permettre aux femmes d’avoir leur propre franchise dans les villages de la région"

Le tissage est apparu comme l’opportunité rêvée pour les femmes de mon village : la plupart ne travaillait pas, elles étaient chez elles, car les seuls emplois disponibles dans la région sont aux champs . Ce ne sont que des emplois saisonniers, qui nécessitent de parcourir plusieurs kilomètres. Alors que le tissage peut se faire à la maison, toute l’année.

Surtout que les jacinthes d’eau étaient en train de devenir un problème majeur dans la zone, et pas seulement pour l’agriculture. Elles entraînaient la stagnation des eaux, ce qui attirait des moustiques, porteurs de la dengue. Et quand les autorités locales les arrachaient, les plantes étaient ensuite brûlées ou empilées sur la berge où elles pourrissaient. Dans quelques cas elles rejetaient du méthane [un gaz à effet de serre qui contribue au changement climatique].

En 2015, après avoir voyagé dans le nord-est de l’Inde pour apprendre des techniques de tissage, Mujeeb a fondé l’entreprise sociale Allika Weave en employant six femmes de son village natal. Pour cela, il a été aidé par l’incubateur international Bala Vikasa et la fondation Surge impact qui lui ont permis d’acquérir des compétences en management pendant deux ans. Aujourd’hui, 80 femmes de quatre villages différents travaillent pour Allika Weave.

Des artisans tissent des racines de jacinthes d’eau. Photo Alika Weave.

Voilà comment nous travaillons : avec l’autorisation des autorités locales, nous engageons des hommes qui collectent les jacinthes d’eau. Ils doivent travailler méticuleusement, à la main, pour ne pas casser les tiges. Puis nous mettons ces tiges par terre pour les laisser sécher et nous les aplatissons.

Photo courtesy of Allika Weave.
 

Les femmes apprennent avant tout à tisser dans nos ateliers, et dès qu’elles ont acquis cette compétence, elles peuvent choisir de travailler à domicile, ce qui est pratique pour celles qui doivent s’occuper de leur famille. Les objets qu’elles fabriquent sont vendus sur Facebook mais aussi par des revendeurs à travers le pays. La majorité de nos clients sont des Indiens, mais nous avons aussi des commandes de l’étranger.


Des femmes obtiennent un diplôme après avoir participé à l’atelier de tissage. Photo :  Allika Weave.

Nous ne formons pas seulement les femmes au tissage : elles ont également des cours d’anglais et de techniques marketing. Notre but, c’est qu’elles puissent utiliser ces compétences pour ouvrir leurs propres franchises dans les villages de la région et du pays. Nous voulons aussi transformer ces jacinthes d’eau en d’autres produits, respectueux de l’environnement, comme des serviettes hygiéniques ou du compost.


Des sacs fabriqués par Allika Weave


Des paniers fabriqués par Alilka Weave

Pour en savoir plus sur cette entreprise, contactez-la sur sa page Facebook (en anglais)

Article écrit en collaboration avec
Gaëlle Faure

Gaëlle Faure , Journalist