Pour Latin Latas, les déchets "n’existent pas" : ils constituent des "ressources". Créé à Bogotá en 2011, ce groupe de musique récupère les déchets pour les recycler et fabriquer des instruments. À travers des concerts et l’organisation d’ateliers, le groupe souhaite sensibiliser les gens aux thématiques environnementales, notamment les plus jeunes.

Le groupe Latin Latas – une expression que l’on peut traduire par "Boîtes de conserve latinos" – a été créé par une femme, Andrea Defrancisco, et trois hommes. Leur point commun : un intérêt à la fois pour la musique et l’environnement.

À l'exception d'Andrea Defrancisco, ses membres ont changé à plusieurs reprises depuis le début. Son style musical n’a donc cessé d’évoluer : rock, jazz, cumbia, reggae…

Actuellement, Latin Latas est davantage tourné vers le folklore et l’électro. Outre Andrea Defrancisco, qui écrit les paroles de certaines de leurs chansons (portant sur le vélo, l’eau, les semences, etc.), le groupe est composé de trois musiciens, spécialisés dans la guitare, les percussions et les instruments à vent.

"Sé" ("Je sais"), l'une des premières chansons du groupe. Vidéo postée sur la page Youtube de Latin Latas.


Photo publiée sur la page Facebook Latin Latas

 

"Même sans argent, on peut faire beaucoup de choses"

Quand nous avons créé le groupe, nous voulions sensibiliser aux questions environnementales, non seulement à travers les mots, comme le font la plupart des musiciens, mais à travers l’action. Fabriquer des instruments de musique en recyclant les déchets, c’est une façon de montrer qu’il existe des solutions à notre portée pour faire face aux problèmes liés à la surconsommation, comme la production les déchets.

D’ailleurs, nous considérons que les déchets n’existent même pas : pour nous, ce sont des ressources pour créer des choses. L'autre message que nous voulons faire passer, c'est qu'il est possible de faire plein de choses, même sans argent. Tout le monde n’a pas forcément les moyens de s’acheter un véritable instrument de musique, mais il est possible d’en fabriquer, à partir de rien.


Plastique, ferraille, bois… Latin Latas utilise toutes sortes de déchets pour fabriquer ses instruments, ainsi que du matériel musical. En voici un aperçu :
 

"Estrato Trasher II" : une guitare électrique fabriquée à partir d’une étagère en bois, d’une machine de dialyse trouvée chez un ferrailleur, de ressorts recyclés, de sacs plastiques… Le micro vient du parlement colombien.



"Hoponoponófono" : un ukulélé confectionné avec du bois provenant d’un meuble et du sol d’une vieille maison, une boîte de chocolats suisses, des paquets de chips…
 


"Marimbotella" (jeu de mots alliant "marimba", un type de xylophone, et "botella", qui signifie "bouteille") : un instrument élaboré notamment à partir de bouteilles de soda et de valves de vélo.
 

"SécafonoFX" (jeu de mots à partir de "secador", qui signifie "sèche-cheveux") : un micro fabriqué à partir d’un sèche-cheveux.
 

"TeleControlpad" : un contrôleur (dispositif permettant de manipuler un logiciel de DJ) élaboré avec des claviers d’ordinateur, des boutons de machines et une télévision des années 1970.



"Tubotellas" (jeu de mots alliant "tube" et "botellas", qui signifie "bouteilles") : tambours élaborés avec des tubes en carton entourés de tissus et des bouteilles. "Rebotiña" : percussions fabriquées avec une roue de vélo, une sonnette, des casseroles en étain, des petites "tubotellas", des boîtes de conserve et des assiettes.
 
 

"Nous inventons des instruments de musique"

Andrea Defrancisco poursuit :

Nous fabriquons des instruments qui ressemblent à ceux existant déjà, mais nous en inventons également, selon la musique que l’on veut produire. Cela dit, même quand nous essayons d’imiter les instruments existant déjà, cela implique toujours des changements pour nos musiciens, car nos instruments sont généralement plus lourds, les cordes ne sont pas forcément positionnées aux mêmes endroits, la sonorité est toujours un peu différente, etc.


Latin Latas se produit en concert plusieurs fois par mois, la plupart du temps à Bogotá, dans différents lieux (écoles, universités, locaux d’ONG et d’entreprises, festivals, etc.). Le groupe le fait moyennant rémunération, pour continuer à développer ses activités, notamment ses ateliers :

Nous organisons régulièrement des ateliers pour fabriquer des instruments de musique. Nous faisons souvent ça avec des jeunes : par exemple, nous menons actuellement un projet appelé "Sinfonia Reciclada – Paz con la naturaleza" ("Symphonie recyclée – Paix avec la nature") avec des enfants victimes du conflit armé.


Le projet "Sinfonia Reciclada – Paz con la naturaleza". Vidéo postée sur la page Youtube de Latin Latas.
 

Comme nous organisons nos ateliers dans différents endroits, il y a généralement peu de matériaux à notre disposition, en dehors des bouteilles de soda. Elles constituent donc la base de notre travail, ce qui permet notamment de fabriquer des "marimbotellas". Lors des ateliers, je demande toujours aux enfants d’où vient l’eau. Très souvent, ils me répondent : "Du robinet !" Ils n’ont pas vraiment de conscience environnementale…


Les "marimbotellas", un classique de Latin Latas. Vidéo publiée sur la page Facebook de Latin Latas.
 

L’an dernier, nous avons eu de la chance, car une entreprise de construction nous a donné une maison, située dans un quartier central de Bogotá. Nous l’avons appelée "Casa cultural". Jusqu’à présent, nous n’avions pas de local, donc il est désormais plus facile d’organiser des ateliers, d’enregistrer des morceaux… Désormais, nous aimerions d’ailleurs mettre cet espace à disposition des organisations et des individus qui souhaitent organiser des ateliers sur les mêmes thématiques que nous.



Le groupe organise régulièrement des concerts, principalement à Bogotá. Vidéo publiée sur la page Facebook de LatinLatas.


Latin Latas n’est pas le seul groupe de musique utilisant des instruments fabriqués à partir de déchets : il existe également des initiatives semblables au Paraguay ou encore en Italie.

 
Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone