C'est face à la caméra d'un visiteur, qu'un groupe d’employés du parc zoologique de Tunis a dépecé un zébu qu'ils venaient d'égorger, le tout dans l’enclos. Ces images ont suscité une vive indignation sur les réseaux sociaux tunisiens. Si la direction du parc tente de s'expliquer, ni le visiteur qui a filmé la scène, ni les vétérinaires ne semblent convaincus.

Mohamed Oussama est un jeune Tunisien de 26 ans qui n’avait jamais mis les pieds dans le parc zoologique de la capitale, plus connu sous le nom de Jardin du Belvédère. Mercredi 3 janvier, il a finalement décidé d’aller y faire un tour. Mais arrivé près d’un enclos pour les buffles et les zébus, il a été choqué de voir un groupe d’employés, couperets à la main, dépecer et découper une carcasse de zébu. Ahuri, il a pris des photos et filmé la scène.

Images filmées par notre Observateur Mohamed Oussama.

Images filmées par notre Observateur Mohamed Oussama.

Les employés du parc zoologique avaient en effet, sous les ordres de la direction, procédé à l’abattage d’un zébu dans son enclos. Si le directeur du zoo du Belvédère, Mahmoud Laatiri, admet une certaine "maladresse" dans le fait que les "visiteurs arrivés à la première heure" aient assisté à la scène, il dénonce toutefois un comportement "malveillant" de la part de notre Observateur :

"Les employés ne faisaient pas cela au vu et au su de tout le monde, ils s’étaient cachés pour faire les choses discrètement. La personne qui a pris ces photos était mal intentionnée, elle cherchait la petite bête et a profité de l’audience des réseaux sociaux pour faire le buzz."


Photos prises par notre Observateur Mohamed Oussama.

"Il n’y avait ni bâche ni tente pour cacher la vue aux visiteurs"

Pourtant, notre Observateur, arrivé aux alentours de 10 heures sur les lieux, conteste tout effort de discrétion de la part des employés du zoo :

"Je n’étais pas le premier visiteur à me promener dans le parc, ni le seul à observer la scène. Une famille avait aussi été interpellée par ce groupe d’hommes s’affairant autour d’une carcasse. C’est vrai qu’une distance d’une vingtaine de mètres nous séparait d’eux, mais il n’y avait ni bâche ni tente pour cacher la vue aux visiteurs, à tel point que je pouvais prendre les photos et les vidéos de deux angles différents. Et ce qui m’a le plus choqué, c’est que l’on fasse tout cela devant les congénères de cet animal."

Un zébu agonisant

Mais pourquoi cette bête a-t-elle été abattue au lieu d’être soignée ? Toujours selon le directeur du zoo, "ce zébu avait 20 ans. Il était atteint d’une péricardite traumatique, due à l'absorption d'un morceau de fer qui finit par percer l’estomac et atteindre l’enveloppe cardiaque, ainsi que d’une hypocalcimie, soit un manque de calcium dans le os. La péricardite ne pouvait plus être soignée et la bête n’avait plus que deux ou trois jours à vivre, on a donc décidé d’abréger ses souffrances. Et pour des raisons de manque d’équipements, c’était en effet plus pratique de faire les choses sur place et de donner ensuite la viande aux lions."

Mais, là aussi, ce diagnostic est questionné par Baligh Ben Soltana, résidant tunisien en médecine interne à l’école vétérinaire de Toulouse :

"La péricardite traumatique peut en effet être une maladie mortelle, mais elle ne l’est pas d’emblée. Le corps métallique avalé par la bête immigre vers l’estomac, et il met du temps - des mois voire des années - pour arriver jusqu’au péricarde. Entre temps, plusieurs symptômes peuvent attirer l’attention des soignants : une perte de poids alarmante, du sang dans les selles, etc. Autrement dit, même s’il est vrai que la bête n’avait plus que quelques jours à vivre et qu’il fallait donc l’abattre, la question qui se pose du coup c’est pourquoi on ne s’était pas rendu compte de son état plus tôt, quand il était encore possible de la soigner ? Il y a clairement eu négligence, chose qui est sans doute due au manque de moyens dont dispose le parc zoologique. Il est clair que l’administration ne peut pas assurer le suivi et le bien-être de toute sa faune."

Le parc du Belvédère semble en effet manquer de moyens, puisqu’il n’y a qu’un seul vétérinaire, en plus du directeur, pour assurer le suivi de tous les animaux. Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que la situation des animaux du parc du Belvédère défraye la chronique : en mars 2017, un crocodile a été tué à coups de pierres par des visiteurs tandis qu’une vidéo, publiée quelques jours plus tard, montrait des enfants qui s’amusaient en grimpant sur le dos d’un rhinocéros. Le parc zoologique était censé avoir tourné la page des scandales en octobre 2017, avec l’annonce de plusieurs naissances et l’acquisition des nouvelles espèces mais ce nouvel épisode vient à nouveau ternir la réputation déjà bien entamée du zoo.

Article écrit en collaboration avec
Sarra Grira

Sarra Grira