Malgré la répression et la censure, des images des manifestations qui se déroulent dans une quarantaine de villes iraniennes depuis le 28 décembre circulent sur les réseaux sociaux. Ce qui entraîne un inévitable lot de fausses informations, avec des images présentées à tort comme illustrant la situation et relayées non seulement par les utilisateurs des réseaux sociaux mais aussi par des médias et des journalistes.

Un pied levé face à la police… comme au cinéma


Cette photo est l’une des plus partagées : elle prétend montrer une manifestante effectuant un geste proche d’un coup de pied de karaté contre des membres de la police iranienne anti-émeute. Plusieurs journalistes, iraniens et étrangers, l’ont partagé sur leur profil.

Elle a bien été prise en Iran… mais elle est extraite du film "Collier d’or", financé par l’Etat iranien, sur le "mouvement vert" de juin 2009. À l’époque, des milliers d’Iraniens avaient manifesté pour réclamer un recomptage des votes de l’élection présidentielle, convaincus que le réformateur Mir Hossein Moussavi l’avait emporté sur l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Réprimé dans le sang, le mouvement n’avait pas pu empêcher le deuxième mandat de Mahmoud Ahmadinejad.

La "policia" iranienne

Cet extrait de vidéosurveillance a également circulé et a été présenté comme la preuve que des policiers ont dévalisé un magasin en marge des manifestations.


Il suffit pourtant de regarder leur uniforme, sur lequel on distingue très clairement la mention "policia" en espagnol. Une rapide recherche permet également de constater que la vidéo a été tournée à Mexico le 26 décembre quand des policiers se sont allégrement servi dans un magasin de téléphone portable.

 

"Je ne suis pas mort"

C’est le cri d’Amir Hossein, 13 ans. Ce garçon de Doroud, une ville de l’est du pays où se sont déroulées des manifestations, a été donné pour mort par plusieurs médias publics iraniens et journalistes étrangers. Il a fini par faire une vidéo pour démentir lui-même la rumeur.

De fausses victimes

L’application de messagerie sécurisée Telegram est extrêmement populaire en Iran. On y trouve des "chaînes" de diffusion d'informations qui permettent notamment aux manifestants de communiquer les uns avec les autres. L'une d'entre elles, comptant près d'un million d'abonnés, vient d'être fermée pour avoir "fait la promotion de la violence". Des utilisateurs y ont diffusé des images de personnes décédées, assurant qu'elles faisaient partie des 21 victimes de la répression en Iran.


En réalité, ces images ont été prises au Caire le 1er janvier, lors de l’attaque d’un magasin copte par un homme armé.

La résidence d’Ali Khamenei prise d’assaut ?

À l'origine de ces fausses informations se trouvent, la plupart du temps, des internautes soutenant le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, Donald Trump, ou encore le régime saoudien. En somme, il s'agit souvent de personnes ayant de la sympathie pour les détracteurs du régime iranien.


Ce "sioniste" et "expert en ‘trumpéconomie’" affirme ainsi dans ce tweet que des manifestants se sont rués sur la résidence du guide suprême iranien Ali Khamenei. Pourtant, aucun journaliste ou témoin des manifestations n’a fait état d’une telle attaque dans le sud de Téhéran, où se trouve la résidence d’Ali Khamenei.



Selon nos Observateurs dans la capitale iranienne et d'après les différentes vidéos qui ont témoigné des manifestations dans la capitale iranienne, celles-ci se sont tenues à au moins sept kilomètres du lieu où vit le guide suprême.

L’Iran n’est pas le Bahreïn

Autre erreur grossière, la publication par plusieurs internautes de cette vidéo présentée comme un exemple des manifestations en cours. Cette Américaine pro-Trump est tombée dans le panneau :


Comme le notent de nombreuses personnes en commentaire, la vidéo a été tournée lors des manifestations anti régime au Bahreïn en 2011. Il suffit de la regarder avec attention pour reconnaître les dizaines de drapeaux blanc et bordeaux de la petite île du Golfe. Par ailleurs, aucune image ne fait état, pour le moment, d’une mobilisation aussi massive en Iran.


Des manifestants qui parlent espagnol

Cette vidéo a également été relayée sur Twitter, notamment par ce compte "pro-Israel" qui prétend qu’il s’agit de manifestants se ruant sur des forces de l’ordre dépassée…


La publication a été retweetée plus de 1300 fois. En mettant le son, on entend pourtant parler espagnol et une recherche inversée [lire notre guide de vérification] permet de voir que ces images ont été prises à Buenos Aires en décembre dernier, lors des manifestations contre la réforme des retraites.

La femme qui tenait son voile au bout d’un bâton

La photo de cette courageuse femme qui a enlevé son voile pour le brandir au bout d’un bâton est devenue un symbole du message des manifestants. Elle a été très largement relayée par des médias, y compris en France.



Les manifestants demandent, entre autres revendications, moins de pression religieuse et cette femme proteste bien contre l’obligation du port du voile. Mais la photo n’est pas directement liée aux manifestations : elle a été prise le 27 décembre à Téhéran, la vielle du lancement du mouvement de constestation qui a commencé dans la deuxième ville du pays, Machhad. Cela n'a pas empêché plusieurs manifestants de se l'approprier et même de mettre en photo de profil de leur compte Telegram des reproductions dessinées de cette image.

فيلم؛ ميدان انقلاب چهارشنبه و اعتراض نمادين به حجاب اجباري. یک وقتهایی تاریخ را میخوانیم و از شهامت و جسارت امثال رزاپارکس ها برای به چالش کشیدن قدرت و اعتراض به ظلم و تبعیض غرق حیرت و حسرت میشویم... در حالی که حالا صدها و هزاران رزا پارکس ایرانی هستند که با همان شجاعت و با همان سرسختی به قوانین مرتجع و عقب مانده و تبعیض آمیز اعتراض میکنند و متاسفانه کمتر دیده میشوند و در بسیاری از مواقع با پوزخندی از کنارشان می‌گذریم. On Wednesday, Enghlab Ave. this brave woman who hung her scarf on a stick and waved it in the air in protest to compulsory hijab This girl was arrested by the security guards after her demonstration and the group of young people who supported her were also arrested. The girl was speaking about freedom to choose one’s own outfits and other youth were supporting her. The demand movement is advancing. Do you think the regime will respond to the demand for social rights? The Iranian police took a step back today and announced that from now on no one will be arrested for not wearing the hijab! #چهارشنبه_های_سفید #چهارشنبه_های_بدون_اجبار #whitewednesdays #نه_به_حجاب_اجباری

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