Depuis plusieurs mois, les habitants de Douala voient des montagnes de déchets s’entasser près des maisons et des marchés, dégageant une odeur nauséabonde. Si l’insalubrité a toujours été un problème dans la capitale économique du Cameroun, la situation est aujourd’hui aggravée par les difficultés rencontrées par l’unique entreprise de ramassage des ordures pour se faire payer par les autorités, expliquent nos Observateurs.

"Bientôt on ne va plus pouvoir circuler !" Dans une vidéo datée du 16 décembre, Atome, un blogueur camerounais, filme les décharges à ciel ouvert qui jouxtent les routes de son quartier. "Voilà ce qui arrive quand l'Hysacam (société de collecte des déchets) ne passe plus", poursuit le jeune vidéaste. Comme lui, d’autres internautes se sont inquiétés de l’insalubrité de leur ville et ont lancé l’alerte sur les réseaux sociaux.



Sur Facebook, fin décembre, le journaliste camerounais Thierry Ngogang détaillait également les risques sanitaires d’une telle pollution, évoquant notamment la prolifération des rongeurs et des insectes et l’émanation de gaz toxiques.

 

"On a l’habitude des images des jolies villes décorées pour les fêtes, ici on a les déchets"

L’unique entreprise de ramassage des ordures, l’Hysacam, a connu une année 2017 difficile. À la fin du mois d’octobre, Michel Ngapnoun, le président-directeur de l’entreprise estimait avoir encaissé à peine 40% de ce que l’État, qui assure 85 % des paiements, devait verser pour 2017. Le même mois, l’Hysacam signait avec la Société générale du Cameroun, la Bicec et Ecobank Cameroun, une convention de crédit qui visait l’acquisition de 211 camions et 17 engins lourds. Mais selon le blogueur Atome, les résultats tardent à se faire sentir.
 
J’étouffe dans ma ville. Il y a des ordures partout, même dans les jardins et parcs dans lesquels nous avions l’habitude d’aller chercher un peu d’air frais. Douala a toujours été insalubre mais là, ce sont des montagnes de déchets qui attendent d’être ramassés ! Cet été, il y avait déjà eu une situation similaire, des internautes avaient alors lancé l’initiative #poubellechallenge, visant à prendre en photo les déchets. Depuis le début du mois de décembre, il y a de nouvelles prises de conscience notamment en raison des fêtes de fin d’année : on a l’habitude des images des jolies villes décorées pour l’occasion… Ici, il y a juste des déchets partout !

"Les moustiques s’accumulent sur les déchets humides et peuvent véhiculer des maladies"

En décembre, le ministre de l’Habitat et du développement urbain, Jean-Claude Mbwentchou, a reconnu que l’État devait une importante somme d’argent à l’Hysacam. Dans le même temps, il a annoncé la fin du monopole de cette entreprise et l’ouverture du secteur à la concurrence. Mais pour l’heure, le gouvernement semble avoir du mal à trouver de nouveaux partenaires. Pour notre Observateur à Douala, Delone Devilliers, il est urgent d’impliquer les communautés dans la gestion des déchets.
 
En plus du problème de collecte, il y a un besoin de sensibilisation énorme auprès des populations des grandes villes pour qu’elles arrêtent de jeter leurs ordures n’importe où. Cela doit s’accompagner de moyens pour responsabiliser les habitants : il faudrait mettre à leur disposition des bennes à ordures pour qu’ils puissent ramasser et stocker les déchets eux-mêmes en attendant le passage du service de collecte. D’autant qu’il faut bien se rendre compte que cette insalubrité les impacte directement. Il n’y a qu’à voir les moustiques qui s’accumulent sur les déchets un peu humides et qui peuvent véhiculer des maladies. On distribue des moustiquaires contre le paludisme dans les hôpitaux sans chercher l’origine du problème !

D’après les autorités communales, la production de déchets à Douala est passée en un an de 1 200 tonnes par jour à 2 000 tonnes par jour. Une augmentation qui s’explique en partie par le taux de croissance de la population citadine et le développement urbain anarchique de la capitale économique.