Des manifestations ont eu lieu à Lomé et dans plusieurs autres villes du Togo, jeudi 28 décembre, pour réclamer le départ du président Faure Gnassingbé. Les forces de l’ordre ont procédé à quelques interpellations musclées, comme le montre notamment une vidéo dans laquelle un jeune homme est frappé, puis contraint de monter à bord d’un véhicule policier. Son tort : les avoir filmées.

Plusieurs vidéos montrent la violence de l’arrestation du jeune homme, au niveau du carrefour Deckon, dans la capitale togolaise.

Dans l’une d’entre elles, prise par le journaliste Teko Nagbelia Ahatefou, du média "Togo Actualités", on le voit d’abord en train de montrer son téléphone portable aux forces de l’ordre, qui lui crient dessus : "Pourquoi t’as filmé ça ?" L’un d’eux lui donne un coup de bâton à la cuisse. Ils l’emmènent ensuite vers un véhicule du Groupe d'intervention de la police nationale, en lui donnant quelques coups de bâton. Puis le véhicule démarre, avec le jeune homme à son bord.

Vidéo tournée par Teko Nagbelia Ahatefou ("Togo Actualités").

Dans cette autre vidéo circulant sur les réseaux sociaux, on voit également le jeune homme être amené vers le véhicule :


Enfin, une autre vidéo du site La Gazette du Togo montre la même scène, durant près de deux minutes.

Depuis début septembre, des manifestations quasi hebdomadaires ont lieu au Togo à l’appel d’une coalition de 14 partis d’oppositions, rassemblant systématiquement des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes. Les protestataires réclament la limitation du nombre de mandats présidentiel et la démission de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, après avoir succédé à son père qui a dirigé le pays durant 38 ans.

"Les forces de l'ordre n'aiment pas être filmées lorsqu'il y a des débordements"

Georges Amouzou est le secrétaire général de la Ligue togolaise des droits de l’Homme. Dans le cadre de ses fonctions, il est amené à suivre toutes les manifestations. Il a assisté à l’arrestation du jeune homme, le 28 décembre.

Il y avait trois points de rassemblement dans la matinée à Lomé, pour les gens voulant manifester. L’objectif était de converger vers le carrefour Deckon vers 14 h, avant d’aller vers la plage. Quand nous sommes arrivés au carrefour Deckon, l’un des "animateurs" de la manifestation a pris la parole, mais il n’a pas eu le temps de finir car les forces de l’ordre sont arrivées en tirant du gaz lacrymogène. Les gens se sont alors dispersés, c’était la débandade. Les forces de l’ordre chassaient et frappaient certains manifestants, et même certains passants.

Le jeune que l’on voit dans les vidéos a tenté de filmer tout ça, mais les forces de l’ordre l’ont pris à partie et l’ont bastonné, devant moi. À ce moment-là, j’étais réfugié à l’intérieur d’un supermarché, pour échapper au gaz lacrymogène, car il y en avait vraiment énormément. J’ai ensuite vu les forces de l’ordre embarquer le jeune.

En général, les forces de sécurité laissent les gens filmer les manifestations, tant qu’elles ne tirent pas de gaz lacrymogène ou qu’elles ne frappent personne. En revanche, quand il a des débordements, elles n’aiment pas être filmées. Lors des précédentes manifestations, j’ai déjà vu d’autres personnes être giflées, frappées ou arrêtées car elles filmaient…

 

Le journaliste Teko Nagbelia Ahatefou, qui a filmé la première vidéo de cet article, confirme : "Lors des manifestations, il arrive aux forces de l’ordre d’agresser les citoyens qui sont en train de filmer lorsqu’elles savent qu’elles n’ont pas bien agi. Et les journalistes ne sont pas épargnés. Lors des manifestations, nous subissons régulièrement des agressions ou des pressions de la part des forces de l’ordre. Par exemple, jeudi 28 décembre, elles nous ont crié d’arrêter de filmer lorsque nous filmions l’arrestation d’un jeune avec un t-shirt orange..."

Depuis le début des manifestations il y a trois mois, seize personnes ont été tuées, selon l’AFP.

Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone