La vérification des images qui circulent sur les réseaux sociaux est au cœur du travail de la rédaction des Observateurs de France 24. Depuis dix ans, nous décryptons des cas de désinformation, souvent signalés par nos lecteurs et téléspectateurs. Retour sur dix intox décryptées avec l’aide de nos Observateurs.

Depuis dix ans, les réseaux sociaux ont été un outil indispensable à notre rédaction. Mais sur ces réseaux circulent également de nombreuses tentatives de désinformation. Grâce à nos Observateurs, notre équipe de journalistes en repère chaque semaine et les décrypte, à travers des articles sur notre site Internet et dans notre émission hebdomadaire.

1. Côte d’Ivoire, 2011 : des cas d’intox lors de la crise postélectorale

Au début de la décennie, il n’est pas encore question de "fake news". La thématique de la vérification des images amateur n’est que très peu abordée dans la presse internationale.

Mais pourtant, les intox en images commencent à circuler, notamment à l’occasion de la crise post-électorale ivoirienne, opposant les partisans d’Alassane Ouattara et de Laurent Gbagbo, qui revendiquent chacun la victoire à la présidentielle. À l'époque, notre rédaction reçoit, de la part de plusieurs internautes ivoiriens, une vidéo extrêmement violente dans laquelle des hommes sont roués de coups de bâton puis brûlés vifs sur le bord d’un chemin.

La vidéo circule sur YouTube, présentée comme la preuve qu’un "génocide" a été perpétré dans certains villages par des pro-Ouattara. Notre enquête permet de prouver que les images sont vieilles de deux ans et n’ont pas été tournées en Côte d’Ivoire.

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2. Syrie, juillet 2014 : un enfant syrien sauve une fillette ? Une fiction…

En juillet 2014, une vidéo montrant un enfant portant secours à une fillette sous le feu des snipers, sous le titre "Jeune héros syrien secourant une petite fille", enflamme les réseaux sociaux. Un cadrage vacillant, des commentaires en arrière-plan, une ville en ruine, des tirs de sniper : elle a tout des images amateurs qui illustrent alors l’horreur du conflit en Syrie.

En réalité, cette vidéo est extraite d’un court-métrage de fiction, tourné à Malte par un réalisateur norvégien qui assure avoir voulu bien faire et sensibiliser sur la place des enfants dans les conflits. Mais ces révélations suscitent nombre de réactions indignées, notamment de la part de l’ONG Human Rights Watch, qui dénonce un procédé qui "sape la confiance dans le travail de reportage professionnel et de collecte d'informations sur les crimes de guerre qui est fait avec sérieux et respect pour les faits", et permet "aux criminels de guerre de démentir plus facilement les images d'exactions".

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3. Arabie saoudite / Iran, septembre 2015 : les cadavres à la Mecque ramassés avec des bulldozers ?

La bousculade meurtrière survenue près de La Mecque, le 25 septembre 2015, a provoqué une véritable guerre médiatique entre l’Arabie saoudite et l’Iran, dont plus de 400 ressortissants ont péri dans l’incident. Alors que les journaux iraniens ne cessaient d’accuser les autorités saoudiennes d’incompétence, des internautes relayaient une photo censée montrer des "bulldozers ramassant les corps des victimes" après la bousculade, incriminant le "satanique" pouvoir saoudien. Il s’est en fait avéré que cette photo faisait partie d’une série publiée par un internaute après une autre bousculade, en 2004. Et rien ne permettait d'affirmer que les pelleteuses étaient en train de ramasser des cadavres sur cette image de mauvaise qualité.

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4. Ukraine, juillet 2014 : des photos d’art manipulées et relayées… en connaissance de cause

En juillet 2014, nous avions relevé plusieurs tentatives de manipulation sur Internet en marge du conflit entre l'armée ukrainienne et les miliciens pro-russes dans l’est de l’Ukraine. Des internautes pro-russes dénonçaient à grand renfort de photos – souvent d’enfants - les opérations militaires menées contre les séparatistes. L'un des ces images présentait une petite fille hagarde recouverte de boue, un chiot dans les bras. Sauf qu’il s’agissait d’une photo d’art prise en 2010 en Australie.

Contactée par FRANCE 24, l'une des internautes qui avait retweeté cette image avouait avoir partagé une photo manipulée en connaissance de cause "pour qu’il ne soit plus possible d’étouffer la guerre civile en Ukraine en soutenant la junte fasciste".

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5. France, janvier 2015 : après l’attaque contre Charlie Hebdo, la sphère complotiste se lâche

Après les attaques de "Charlie Hebdo" et de l’Hyper-Cacher survenues entre les 7 et 9 janvier 2015 à Paris, les théories du complot se multiplient sur les réseaux sociaux. Le but : démontrer que la vérité aurait été cachée. Parmi les différents indices censés prouver un complot, la couleur des rétroviseurs de la voiture des assaillants de Charlie Hebdo, les frères Kouachi. Alors qu’ils prennent la fuite, plusieurs amateurs photographient leur Citroën C3 noire modèle "Sélection".


Sur la photo du haut, elle est à l’arrêt au moment où les terroristes vont abattre un policier. Les rétroviseurs apparaissent de couleur claire. Tandis que sur celle du bas, elle est photographiée un peu plus tard après avoir été abandonnée par les deux frères, et les rétroviseurs apparaissent noirs. Plusieurs internautes affirment alors qu’il s’agit de deux voitures et non d’une seule comme l’indiquent les médias. La réalité est qu’il s’agissait de rétroviseurs chromés, qui changent donc de ton en fonction de la lumière réfléchie. Pour preuve, ces deux photos de la voiture au même endroit, mais photographiée sous deux angles différents.


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"Charlie Hebdo" : les théories conspirationnistes démontées point par point


6. Europe : les migrants, cibles privilégiés des réseaux d’extrême droite

Au terme d’un périple harassant et dangereux, des dizaines de milliers de migrants, fuyant notamment la Syrie et l’Irak en guerre, sont arrivés en Europe ces dernières années. En 2015 – et aujourd’hui encore - les sympathisants de groupuscules d’extrême droite étaient nombreux à s’emparer de ce phénomène pour relayer de fausses informations. Le but : convaincre l’opinion qu’il ne faut pas accueillir ces nouveaux arrivants.

Cette année-là, nous répertorions huit exemples de ce type de désinformation. Notamment une vidéo, filmée à la frontière entre la Macédoine et la Grèce et relayée par le site francophone "RiposteLaique", proche de l’extrême droite française. Les images étaient présentées comme preuve que les migrants avaient refusé de recevoir de la nourriture non-halal. La vidéo est authentique, mais le refus des réfugiés est en réalité une forme de défiance envers la police, qui les avait contraints à passer la nuit sous la pluie.

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7. Israël, février 2016: une superwoman met K.O. trois hommes ? Non… une publicité cachée

En février 2016, une vidéo fait le buzz sur les réseaux sociaux. Sur les images d’une caméra de sécurité d’un bar israélien, une jeune femme met K.O. trois hommes en train de la harceler. Les images avaient d’abord été postées par la jeune femme en question : Gili Ganani.

Âgée de 19 ans, elle est ceinture noire de Krav Maga. Sa publication est reprise par un utilisateur de Facebook qui a ajouté une légende en anglais, un post vu plus de 8 millions de fois. Sauf que… cette vidéo est une pub pour le professeur d’arts martiaux de la jeune femme, qu’elle remercie d’ailleurs à la fin de la vidéo. Ganani a elle-même admis qu’il s’agissait d’une mise en scène, dans un post publié le lendemain de la diffusion de la vidéo. Un des nombreux exemples de pub cachée circulant sur les réseaux sociaux. Ces vidéos qui deviennent virales offrent aux entreprises un accès rapide à une très grande audience.

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8. Afrique, avril 2017 : du riz en plastique dans nos assiettes ?

Photos et vidéos à l’appui, beaucoup d’internautes africains ont essayé à partir du mois d’avril 2017 de démontrer que du riz en plastique était vendu dans leur pays. C’est une théorie du complot récurrente qui trouve son origine en Asie et dont la répercussion en Afrique est révélatrice d’un réflexe protectionniste et d’une revendication identitaire.

Une intox très récurrente dans plusieurs pays d’Afrique :

LIRE SUR LES OBSERVATEURS -  Le Top des intox les plus fréquentes sur les réseaux sociaux en Afrique

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9. France : retour sur deux mois d’intox en images autour de la présidentielle de 2017

À l’occasion de l’élection présidentielle en France, la rédaction des Observateurs de France 24 aparticipé à CrossCheck, une plateforme collaborative entre une trentaine de médias français pour traiter les affirmations fausses, trompeuses ou prêtant à confusion, qui circulent en ligne. Sur CrossCheck, nous avons essentiellement apporté nos compétences en matière de vérification des images.

Par exemple, le lendemain de l’attentat qui a tué un policier sur les Champs-Élysées, un leader d'extrême droite britannique a tenté de montrer, vidéo à l’appui, qu’à Londres des musulmans avaient célébré l’attaque. Or, l’occurrence la plus ancienne de cette vidéo remonte au 22 juin 2009 et il s’agit en réalité d’un groupe de Pakistanais à Londres fêtant la victoire de leur équipe à un match de cricket.

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10. Birmanie, août 2017: fausses images sur les Rohingyas qui "décrédibilisent le travail des ONG"

En 2017, la rédaction des Observateurs a été interpellée à de nombreuses reprises par des internautes très inquiets de la situation des Rohingyas, persécutés en Birmanie. Depuis le 25 août, 87 000 membres de cette minorité musulmane ont été contraints de fuir vers le Bangladesh voisin à la suite d’affrontements, selon l’ONU.

Les images que nous avions reçues provenaient quasi-exclusivement de deux sources : "Turquie en force" et "La renaissance turque", deux pages Facebook traitant de l’actualité turque avec un prisme pro-gouvernemental. Ces dernières ont beaucoup confondu des images anciennes, ou prises ailleurs qu’en Birmanie, avec le drame que vivaient les Rohingyas.

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Cette liste n’est pas exhaustive, vous pouvez retrouver davantage d’articles dans notre rubrique info/intox. Et (re)lire notre guide de vérification des images sur les réseaux sociaux, où nous détaillons nos techniques de travail. De même que dans nos vidéos Info/intox.

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet