De nombreuses vidéos montrant des habitants du Honduras acclamant la police ont circulé sur les réseaux sociaux, le 4 décembre. Un peu plus tôt, une partie de la police nationale s’était mise en grève, indiquant ne plus vouloir réprimer le peuple, à la suite de la mort de plusieurs personnes dans les manifestations ayant suivi l’élection présidentielle du 26 novembre.

Le scrutin opposait notamment Juan Orlando Hernández, le président sortant de centre droit, et Salvador Nasralla, candidat d’une coalition de gauche.

Des manifestations ont éclaté les jours suivants, les partisans de Salvador Nasralla dénonçant des fraudes électorales, des soupçons renforcés par l’absence de résultats officiels.

Ces manifestations ont fait au moins trois morts selon l’AFP, 13 selon une ONG locale citée par l’agence EFE, ainsi que de nombreux blessés. De plus, des pillages ont été recensés et des barricades ont été érigées dans divers endroits du pays.

Afin de contenir la violence, le gouvernement a décrété l’état d’urgence le 1er décembre, restreignant la libre-circulation des personnes en soirée.

Dans la nuit du 3 au 4 décembre, le Tribunal suprême électoral a finalement publié les résultats de l’élection : Juan Orlando Hernández aurait ainsi obtenu 43 % des voix, contre 41,4 % pour Salvador Nasralla. Aucun vainqueur n’a toutefois été officiellement annoncé, l’opposition réclamant un recomptage des voix.

Mais le 4 décembre, coup de théâtre : des agents de la police nationale se sont mis en grève, un mouvement initié par les "Cobras", des membres des forces spéciales. Dans la soirée, l’un de leurs porte-parole a notamment indiqué qu’ils faisaient partie du "peuple" et ne voulaient donc plus le réprimer. Dans la foulée, d’autres agents de la police nationale ont annoncé rejoindre le mouvement.

Ces annonces ont suscité la joie chez de nombreux Honduriens, comme le montrent des vidéos tournées dans différentes villes du pays.


Vidéo tournée à Tegucigalpa, le soir du 4 décembre.

Dans cette vidéo, on entend une personne crier "Policia, amigo" ("Policier, ami"), tandis que des policiers passent en moto au milieu de la foule.
 

"Les gens ont apporté à manger et à boire aux policiers"

Rely Maradiaga est journaliste sportif à Tegucigalpa, la capitale du pays.

J’étais à San Pedro Sula [la deuxième ville du pays, NDLR] le 4 décembre. À la suite de l’annonce de la grève, de nombreux habitants se sont rassemblés devant un poste de police, alors qu’ils n’étaient pas censés sortir en raison du couvre-feu. Ils ont chanté l’hymne national et leur ont apporté à manger et à boire. Je n’avais jamais vu ça !


Vidéo tournée à San Pedro Sula par Rely Maradiaga.
 

Je crois que c’est la première fois que des policiers se positionnent ainsi. Donc, comme les gens ont réalisé que c’était exceptionnel, ils ont décidé de les soutenir. Par ailleurs, je pense qu’ils ont soutenu les policiers car ils savent très bien qu’ils sont comme eux. En effet, les agents de la police nationale qui se trouvent en bas de la hiérarchie gagnent 300 dollars par mois environ, ce qui est insuffisant pour vivre, et ils travaillent dans de mauvaises conditions. C’est pour cela qu’il a toujours été très facile de les corrompre. En revanche, leurs chefs gagnent beaucoup plus, de même que les agents de la police militaire récemment créée [en 2013, NDLR].

On assiste à une sorte de réconciliation entre les gens et la police, alors qu’ils ne lui faisaient plus confiance avant. D’ailleurs, la veille de l’annonce de la grève, déjà, des personnes avaient offert des fleurs à des policiers, lors de la manifestation convoquée par l’opposition dans la capitale.


 

Capture d'écran d'une vidéo envoyée par Rely Maradiaga, dans laquelle on voit deux jeunes femmes offrir des fleurs à la police.
 

Selon Wilfredo Ramos, un étudiant joint la rédaction des Observateurs de France 24, "les policiers de base n’ont fait qu’exécuter les ordres de leurs supérieurs" lorsqu'ils ont réprimé les manifestants, ce qui expliquerait également le soutien qu’ils ont reçu.


"En Amérique centrale, nous sommes tellement habitués à voir la police agir contre le peuple qu'il est difficile de croire ce qui se passe au Honduras", écrit cette internaute.

 

"Une sorte de printemps arabe"

Rely Maradiaga poursuit :

En réaction à cette grève, le gouvernement a proposé aux policiers de leur donner plus d’argent, mais ils ont affirmé qu’ils n’étaient pas mobilisés pour cela, mais pour la paix. Donc je pense que les policiers sont vraiment sincères dans leur démarche.

Actuellement, les gens ne respectent plus le cessez-le-feu, il y a un vrai rejet du président actuel car tout le monde dénonce des fraudes… On a l’impression d’assister à une sorte de printemps arabe.


Dans la capitale hondurienne, le 4 décembre.


Fin de la grève

Le 5 décembre, les policiers ont finalement annoncé mettre fin à leur grève, moins de 24 heures après son début, à la suite de négociations avec les autorités. Selon la presse locale, ils se sont mis d’accord pour que la police n’ait plus à réprimer les personnes manifestant de manière pacifique, et le gouvernement s’est engagé à améliorer leurs salaires.

"Les policiers avaient réussi à faire croire aux gens qu’ils les soutenaient : on voit bien que c’était une illusion. Ils voulaient simplement que le gouvernement accède à leurs exigences", estime Willy Hernández, un autre habitant de Tegucigalpa joint par les Observateurs de France 24. Il ajoute : "La police est corrompue, liée au narcotrafic et elle est actuellement accusée de différents crimes. Il y a quelques jours encore, elle réprimait les manifestants… Alors pourquoi aurait-on dû lui faire confiance maintenant ?"

Un point de vue que ne partagent pas Rely Maradiaga et Wilfredo Ramos, lequel indique : "Pour moi, cela ne change rien, puisqu’ils ont réaffirmé qu’ils ne voulaient plus réprimer le peuple, même s’ils ont recommencé à travailler. D’ailleurs, ils n’ont embêté personne lors du couvre-feu ayant suivi la fin de leur grève."

 

Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone