Sur l’île de Lesbos, en Grèce, les migrants transforment leurs gilets de sauvetage en sacs, trousses et portefeuilles branchés pour faire vivre leur communauté. Leur atelier fonctionne depuis 2016 et emploie dix personnes, rémunérées grâce à la vente des accessoires à l’étranger.

Dans le camp solidaire monté par Lesvos Solidarity, un groupe d’activistes, un atelier de couture donne une nouvelle vie aux milliers de gilets de sauvetage abandonnés par les migrants à leur arrivée sur l’île. Les accessoires sont vendus entre 12 et 35 euros.

"Nous avons voulu apporter une réponse créative et positive à la crise"

Efi Latsoudi, une habitante de Lesbos, a co-fondé le projet Safe Passage Bags en décembre 2016 dans le camp solidaire situé près de l’aéroport, avant de le transférer dans le centre-ville.
 
En 2015, il y a eu une très grosse vague d’arrivées sur l’île. On s’est retrouvé avec beaucoup de personnes dans le besoin et nous avons donc commencé à organiser des ateliers. On avait des milliers de gilets de sauvetage sur les bras, on ne savait pas quoi en faire. Il y en avait partout sur l’île.

On a donc trouvé une solution. Les personnes résidant dans le camp pourraient en faire des sacs, pour eux-mêmes, à partir de ce matériau disponible en masse.

Plusieurs étapes de la fabrication des sacs et accesoires à Mytilène, dans le centre Mosaic. Photos publiées sur la page Facebook du projet, et prises par Janusz Ratecki.
 
"Rendre aux réfugiés leur dignité avec un travail et un salaire décent"
 
Un designer grec, qui était sans emploi à l’époque, est venu pour concevoir les sacs. En ce moment, huit réfugiés et deux Grecs les fabriquent dans le centre Mosaic, situé dans le centre-ville de Mytilène. Ces emplois sont pérennes et officiels, les migrants sont enregistrés aux impôts et ont un numéro de sécurité sociale. La semaine, ils travaillent cinq heures par jour, pour 600 euros par mois.

Nous produisons 600 à 800 sacs par mois et utilisons 150 à 200 gilets de sauvetage par semaine. Les ventes sont très inégales en fonction des périodes, nous vendons surtout pendant les périodes de fêtes comme Noël. Depuis notre lancement, nous avons vendu près de 9 000 accessoires.

Les produits sont vendus surtout à l’étranger, dans des musées en Norvège, dans des universités ou via des groupes d’activistes. Nous sommes en train de faire un site de e-commerce, pour que tout le monde puisse les acheter plus facilement. Pour le moment, nous les vendons en direct aux personnes qui nous contactent sur notre page Facebook. Les prix sont toujours les mêmes, pour que les éventuels revendeurs ne puissent pas faire de marge.

Différents modèles d'accessoires entreposés dans l'atelier. Photos de Janusz Ratecki et Safe Passage Bags.
 
Nous avons eu cette idée parce qu’il a fallu réduire la quantité de déchets sur l’île, mais nous avons surtout voulu apporter une réponse créative et positive à la crise. C’est aussi un très bon moyen de rendre aux réfugiés leur dignité avec un travail et un salaire décent.

Selon les garde-côtes grecs, environ 120 migrants arrivent chaque jour sur les îles grecques situées en face de la Turquie, dont fait partie Lesbos.

Si vous souhaitez soutenir les migrants de Lesbos, rendez-vous sur la page Facebook du projet : Safe Passage Bags
Article écrit en collaboration avec
Liselotte Mas

Liselotte Mas