Une députée chilienne de droite a récemment indiqué craindre que son pays ne devienne "comme le Venezuela" – plongé dans une grave crise économique actuellement – en cas d’une victoire de la gauche à l’élection présidentielle du 17 décembre prochain. Une déclaration absurde pour de nombreux internautes. Certains ont donc préféré en rire, en postant des images montrant à quoi pourrait ressembler le futur "Chilezuela"...

Le premier tour de la présidentielle chilienne s’est déroulée le 19 novembre dernier. C’est Sebastián Piñera, candidat d’une coalition de centre-droit, qui est arrivé en tête, avec 36,64 % des voix. Ce milliardaire avait déjà présidé le pays entre 2010 et 2014. Il a devancé le socialiste Alejandro Guillier, candidat d’une coalition de centre-gauche, crédité de 22,70 % des voix. Ce dernier s’inscrit dans la continuité de Michelle Bachelet, l’actuelle présidente du pays.

Interrogée sur la chaîne de télévision "Ahora Noticias" deux jours après le vote, la députée de droite Érika Olivera a fait part de ses craintes en cas de victoire d’Alejandro Guillier au second tour de la présidentielle. Elle a indiqué qu’il générait de la "peur" et déclaré : "Je n’aimerais pas avoir un pays comme le Venezuela. (…) Je n’aimerais pas que mes enfants connaissent une réalité comme celle que l’on voit à travers les médias, que des millions de Vénézuéliens sont en train de vivre."

Lorsque le journaliste lui a demandé si Alejandro Guillier représentait la "révolution bolivarienne" – le nom du mouvement initié par Hugo Chávez au Venezuela – elle a ajouté : "C’est ce que je vois pour le futur de notre pays si nous continuons ainsi."

Face à elle, la députée de gauche Maite Orsini a immédiatement réagi en jugeant qu’il était "irresponsable" de faire une telle comparaison, estimant que la situation au Chili était "très différente" de celle du Venezuela.

De fait, le Venezuela est actuellement plongé dans une grave crise économique, politique et humanitaire (chute du PIB de 30 % en trois ans, inflation qui devrait dépasser les 1000 % en 2017, pénuries alimentaires, etc.), tandis que l’économie du Chili reste considérée comme l’une des plus stables de l’Amérique latine.
 

Des moqueries...

Partageant le point de vue de la députée de gauche, de nombreux internautes chiliens ont ironisé en partageant des images humoristiques sous le hashtag #Chilezuela, pour montrer à quoi pourrait ressembler le Chili s’il devenait comme le Venezuela : queues pour acheter à manger, pénuries, références directes au communisme, à la Corée du Nord, etc.


"Si messieurs, au Chili, c’est comme au Venezuela. Voici une photo qui rend compte de la grave crise économique que nous sommes en train de vivre. PS : si, c’est du sarcasme."

"Si je vote pour Guillier pour qu’il soit président, mon Noël sera comme ça ? Quel dommage."

"Dans le Chilezuela, on fait la queue pour prendre le bus."

 "Le Venezuela, le prochain slogan de la droite si elle perd face à Guillier", écrit cette internaute. Cette image montre Sebastián Piñera et sa famille, devenus pauvres.

"Produit exclusif d’Unimarx", se moque cet internaute, "de gauche" selon sa biographie Twitter. Il s’agit d’un jeu de mots combinant "Unimarc" (le nom d’une chaine chilienne de supermarchés) et "Marx". À gauche, le logo d’Unimarc a été transformé pour le faire ressembler au marteau et à la faucille, des symboles du communisme. À droite, "Soproletariado" correspond à un jeu de mots combinant "Soprole" (le nom d’une marque de lait chilienne) et "proletariado" (= "prolétaire").

"Sodimarx", un jeu de mots combinant "Sodimarc" (une chaine chilienne de magasins spécialisés notamment dans la quincaillerie) et "Marx".

"Cela pourrait se produire, attention", écrit cet internaute. Il est écrit en-dessous : "Le Chili, exactement cinq minutes après l’élection de Guillier à la présidence". L’image mêle des références au Venezuela (drapeaux) et à la Corée du Nord (tirs de missiles, coupe de cheveux de Kim Jong-un rajoutée sur la photo d’Alejandro Guillier).


... et de réelles inquiétudes

À l’inverse, certains internautes – utilisant également le hashtag #Chilezuela – semblent réellement avoir peur pour l’avenir de leur pays en cas d’élection du candidat de gauche.


"Bienvenue au Chilezuela 2018…", écrit cet internaute. "Espérons que ça ne se produise pas", commente-t-il également plus bas. À gauche, un montage représentant Alejandro Guillier avec le béret d’Hugo Chávez, le drapeau vénézuélien et le portrait de Simón Bolívar en arrière-plan.

"Ici, en train de faire la queue pour acheter de la nourriture", écrit cette internaute, se décrivant comme "aimant la liberté personnelle".


Bien que Sebastián Piñera soit le favori de l'élection présidentielle, le second tour pourrait être plus serré que prévu. Alejandro Guillier dispose en effet d'une importante réserve de voix, dans la mesure où une candidate d'une autre coalition de gauche, Beatriz Sanchez, était arrivée troisième à l'issue du premier tour, avec 20,27 % des suffrages.
 

 

Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone