Voyager d’une ville à l’autre en Guinée exige de bien connaître l’état du réseau routier. Grâce au hashtag #MontronsNosRoutes, lancé par plusieurs blogueurs, les internautes peuvent désormais suivre eux-mêmes l’avancée des travaux de rénovation entamés par le gouvernement et lancer l’alerte lorsque les routes sont trop endommagées.

Face à la dégradation du réseau routier national, l'Association des blogueurs de Guinée (Ablogui) avait lancé fin novembre 2016 la campagne #MontronsNosRoutes. Une initiative citoyenne qui faisait suite à l’adoption par le gouvernement, le mois précédent, d’un programme d’urgence d’entretien des routes en Guinée. Le constat était alors alarmant : les images publiées par les activistes montraient des routes bitumées crevassées ou transformées en couloirs de boue les jours d’intempéries.

"L'objectif : attirer l'attention des autorités et leur mettre la pression"

Un an plus tard, les membres d’Ablogui n’ont pas baissé les bras et suivent de près les promesses des autorités. Thierno Diallo, Observateur de France 24 et blogueur, est l’un des instigateurs du mouvement.

Au tout début, il s’agissait surtout d’attirer l’attention des autorités et leur mettre la pression. Nous demandions au gouvernement de ne pas se concentrer seulement sur les routes de Conakry, la capitale, mais de s’intéresser aussi à celles de l’intérieur du pays. 


Aujourd’hui, la campagne est toujours d’actualité parce que nous estimons qu’il y a encore des tronçons dans des états calamiteux. Nous ne cherchons pas pour autant à être dans une opposition systématique. Et c’est pour cela que nous publions également des photos des routes qui ont été refaites. Nous savons saluer le travail accompli. 

"C'est dangereux de rouler de nuit sur une voie accidentée"


En Guinée, comme dans beaucoup d’autres pays, la rénovation des voies est d’autant plus importante qu’elle a des répercussions directes sur la sécurité des usagers. Un point crucial pour Fodé Kouyaté, également Observateur de France 24 et membre d’Ablogui.

Lorsqu’une route est en mauvais état, les gens n’osent pas se déplacer, surtout de nuit. J’ai l’occasion de voyager régulièrement dans le pays et il est vrai que si une route n’est pas bitumée, je m’arrête dormir dans la ville la plus proche. C’est dangereux de rouler de nuit sur une voie accidentée : il y a des coupeurs de routes qui peuvent attaquer la voiture sans qu’il ne soit possible d’accélérer pour les éviter.



Et il faut faire attention parce que certains axes semblent refaits, mais en réalité, ils ne sont pas totalement finis. C’est trompeur ! Par exemple, la route de Kissidougou à Guéckédou, dans le sud du pays, a été en partie refaite. Mais les travaux s’arrêtent à une dizaine de kilomètres de Guéckédou. C’est ce que j’essaie de montrer dans mes vidéos. En somme, on fait un peu de l’info trafic. 

À terme, ces images des routes guinéennes pourraient même avoir une autre visée, comme l’explique Fodé Kouyaté :

Se déplacer étant compliqué en Guinée, beaucoup de citoyens n’empruntent que très peu la route. Les habitants des villes, et notamment de Conakry, ne se rendent pas beaucoup dans les régions plus rurales et excentrées du pays et ne savent non plus à quoi ressemblent les routes dans ces endroits.



Moi, quand je fais des vidéos et des photos, c’est aussi dans un but, disons, "touristique". Je reçois des commentaires d’internautes qui me disent qu’ils sont contents de voir les routes du pays et de découvrir par la même occasion de nouvelles localités.
Les campagnes de la sorte se multiplient dans différents pays. Au Cameroun, l’initiative #StopauxAccidentsroutiers, lancée par plusieurs blogueurs, avaient permis de dresser un état des lieux sur les infrastructures vétustes à travers le pays.