Dix-neuf personnes sont mortes dans l’incendie d’un immeuble situé dans la banlieue de Pékin, le 18 novembre, où vivaient de nombreux travailleurs originaires de l’intérieur du pays. La tragédie a conduit les autorités à déclencher une vaste opération visant à détruire les bâtiments dangereux dans la ville. Résultat : de nombreux travailleurs migrants – les principaux concernés par cette mesure – sont forcés de quitter leur logement à la hâte, avec toutes leurs affaires.

L’incendie s’est produit dans le district de Daxing, dans la banlieue sud de Pékin. De nombreux travailleurs migrants – des personnes venant de l'intérieur du pays – vivent dans ce district, souvent dans de mauvaises conditions.

Beaucoup d’entre eux habitaient dans l’immeuble qui a été ravagé par les flammes. Sans surprise, ce sont donc eux qui ont constitué l’immense majorité des victimes. Outre les dix-neuf morts, huit personnes ont été emmenées à l’hôpital.

Selon les médias locaux, les résidents de cet immeuble vivaient entassés dans de minuscules appartements et l’édifice ne répondait pas aux normes de sécurité. Les pompiers estiment que le feu aurait pu se déclencher dans le sous-sol, où une immense chambre froide était en train d’être construite.

La police a rapidement arrêté dix-huit personnes soupçonnées d’être en partie responsables du drame : sept personnes gérant des appartements, sept électriciens et quatre ouvriers. Selon la police, aucun des électriciens et des ouvriers n’avaient les qualifications requises pour exercer leur métier.

"Beaucoup de travailleurs migrants sont retournés dans leur village ou ville d’origine"

Lu Haitao (pseudonyme) est notre Observateur à Pékin.

Après l’incendie, Cai Qi, le secrétaire du Parti communiste de Pékin [également maire de la ville, ndlr], a annoncé le lancement d’une opération de quarante jours dans l’ensemble de la ville. Elle vise à repérer tous les appartements et les immeubles illégaux et ne répondant pas aux normes de sécurité, pour les détruire.

Tout est allé très vite… Dans le district de Daxing, certains commerçants ont été sommés de partir avant 5 heures du matin. Et dès 9 heures, des engins sont arrivés pour détruire leurs locaux. Des magasins ont également été fermés très rapidement.

Concernant les locataires des appartements, ils ont souvent trois à cinq jours pour préparer leurs affaires et partir. S’ils ne le font pas et que leur immeuble est détruit, les autorités estiment qu’elles ne sont pas responsables de la perte de leurs affaires… Mais il a aussi été demandé à certains habitants de partir immédiatement et des policiers sont venus pour les faire partir.


Ces policiers demandent à des locataires de partir. Ces derniers leur répondent : "Laissez-nous rester ici cette nuit. Vous pouvez couper l’électricité d’abord. Ensuite, ça sera sûr, non ?" Les policiers leur répondent : "Partez d’ici avant 8 heures demain."

Certains habitants, sous pression, ont dû quitter leur appartement très rapidement.

"Regardez, toutes les portes [des appartements] ont été mises sous scellés", dit l’homme qui tourne cette vidéo.
 

Le 23 novembre, notre Observateur a parlé avec la serveuse d’un restaurant, à Daxing, qui lui a confié :

On nous avait dit que l’eau et l’électricité seraient coupées à partir du 25 novembre. Mais ça s’est produit plusieurs jours avant. J’ai donc dû quitter mon logement, et je n’ai plus aucun endroit où aller. En plus, j’ai perdu de l’argent, car j’avais déjà payé le loyer du mois suivant et personne ne me remboursera. J’ai déjà contacté d’autres propriétaires de logement, mais les prix des locations sont en train d’augmenter… Donc beaucoup de gens sont retournés dans leur village ou ville d’origine.

 

De nombreux travailleurs migrants ont dû faire leurs valises à la hâte.


Notre Observateur confirme qu'il est désormais difficile de se loger dans la zone pour les travailleurs migrants :

Les prix des locations et des hôtels ont augmenté, puisque de très nombreuses personnes se sont retrouvées sans logement d’un coup, recherchant un nouvel endroit où dormir. Certaines se retrouvent donc à dormir dans la rue.


Certains travailleurs migrants ont décidé de rentrer chez eux.

Beaucoup n’ont  aucun endroit où aller.
 

À ma connaissance, les gens qui ont dû partir n’ont reçu aucune compensation. Seuls les habitants qui vivaient dans l’immeuble qui a pris feu auraient été relogés, selon les médias officiels. Mais je ne sais pas si c’est vrai.

D’une manière générale, Daxing est une zone où il y a beaucoup de petites usines et d’ateliers. Beaucoup de travailleurs migrants y vivent, généralement dans des appartements dont le loyer n’est pas trop élevé, puisqu'ils gagnent souvent peu d’argent et qu’ils veulent en envoyer une partie à leur famille.



Ce n’est pas la première fois que des travailleurs migrants périssent dans l’incendie de leur immeuble. En 2011 notamment, un drame semblable s’était déjà produit dans le secteur de Nanxiaojie, dans le sud de Pékin, dans une usine de vêtements illégale, faisant 18 morts et 23 blessés chez les travailleurs migrants.


 
Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone