La ville de Mubi, au nord-est du Nigeria, a été frappée ce mardi matin par un attentat-suicide qui a fait au moins 50 morts. Un terroriste s’est infiltré dans une mosquée de la ville parmi les fidèles et a enclenché ses explosifs pendant la prière. Notre Observateur s’est rendu sur place 30 minutes après les faits pour venir en aide aux victimes.

Mubi est une ville moyenne, située à quelques kilomètres de la frontière camerounaise dans l’État d’Adamawa, une région considérée comme le foyer du groupe jihadiste Boko Haram. L'auteur de l'attentat se serait "mêlé aux fidèles "pour entrer dans la mosquée et aurait "déclenché ses explosifs "durant les prières, a précisé le porte-parole de la police de l'État d'Adamawa, Othman Abubakar à l’AFP.



De nombreuses photos prises par des témoins et publiées sur Facebook ou partagées sur Whatsapp montrent des corps en lambeaux à l'intérieur de l'établissement. La rédaction des Observateurs de France 24 a choisi de ne pas publier les images trop choquantes de cet évènement.

 

"Ce genre d’attaque est malheureusement fréquent"

Umar Faruck Musa, professeur de géographie et élu local, a entendu la forte détonation et s’est tout de suite rendu sur place. Il a participé aux opérations de secours.

Des corps de victimes ont été recouverts de draps devant la mosquée, le 21 novembre 2017. Photo transmise par notre Observateur.
 
Vers 5h du matin, j’ai entendu une forte explosion. Je sortais alors de la mosquée à côté de chez moi, je suis tout de suite rentré chez moi pour me changer et j’ai accouru à la mosquée Shuwa du quartier Dezala, au nord de la ville.

Je suis arrivé sur place 30 minutes après l’explosion. La première chose que j’ai vue m’a beaucoup choqué. C'était le cadavre d’une personne mais il était dans un tel état qu’il était difficile de voir qu'il s'agissait d'un être humain. Il y a avait des jambes démembrées d’un corps un peu plus loin.

"Les prières du matin sont les plus fréquentées"

 
Plusieurs dizaines de tombes creusées après l'attentat-suicide, au cimetière de Mubi. Photo transmise par notre Observateur.
 
J’étais choqué mais j’ai tout de suite appelé mes amis pour que nous apportions notre aide. Nous avons aidé au transport des blessés vers l’hôpital et nous avons enterré dix-sept corps dans le cimetière.
La mosquée était très endommagée, un mur a été soufflé et les plafonds se sont effondrés.

Je ne sais pas combien de personnes exactement étaient présentes dans la salle de prière au moment de l’explosion, mais les prières du matin sont les plus fréquentées.

Cet après-midi, Mubi est calme, tout est presque comme si de rien n’était. On voit seulement des personnes se déplacer pour aller présenter leurs condoléances aux familles des victimes. La présence policière et militaire est inchangée. Ce genre d’attaque est malheureusement fréquent. Nous connaissons les règles de sécurité.

Un blessé emmené à l'hôpital de Mubi, le 21 novembre 2017. Photo transmise par notre Observateur.

La ville de Mubi est le théâtre depuis plusieurs années d’attaques terroristes répétées. En juin 2014, une attaque du même type, elle aussi non-revendiquée, avait fait au moins 40 morts dans un stade de la ville lors d’un match de football. Quelques mois plus tard, en novembre 2014, l’organisation terroriste Boko Haram avait tenu la ville pendant deux semaines, avant d’en être chassée par des milices locales.
 
Article écrit en collaboration avec
Liselotte Mas

Liselotte Mas

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