Des travaux pour construire un nouveau port pétrolier préoccupent les hôteliers d’une zone touristique dans l’archipel de Kerkennah, dans le sud-est de la Tunisie. Notre Observateur craint les conséquences de ce projet pour l’environnement et la pêche, principaux attraits de l'archipel.

C'est le groupe pétrolier britannique Petrofac qui mène ces travaux.

Ce groupe exploite actuellement un champ de gaz naturel à Chergui, l’une des îles de l’archipel de Kerkennah. Il détient 45 % des actions de ce projet, en partenariat avec l’État tunisien.   

En 2016, les activités du groupe ont été à l’origine de violentes manifestations dans l’archipel. Les protestataires réclamaient des emplois permanents et la mise en place d’un plan de développement pour la région. En outre, ils ont régulièrement bloqué la route permettant à Pertofac d’acheminer des camions chargés de condensat de gaz naturel vers Sfax, via le port de Sidi Youssef.

Pour contourner ce blocage, en mai 2017, la société a décidé, en accord avec les autorités publiques, d’utiliser la jetée de Sidi Frej. Mais l’unique chemin qui mène vers cette jetée traverse un complexe touristique. Et depuis que les camions remplis de liquide hautement inflammable ont commencé à emprunter cette route étroite, les hôteliers sont inquiets pour leur sécurité et celle de leurs clients, et dénoncent également des nuisances importantes.  

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Pour Chiheb Slimen, patron de l’hôtel Cercina situé dans la zone, la situation risque désormais de se dégrader encore davantage avec le projet de transformation de la jetée de Sidi Frej en port pétrolier.


 

"Ces travaux de dragage font un bruit énorme"

La société a commencé le dragage de la mer en vue de la construction du port il y a quelques semaines, en toute discrétion. [Le dragage consiste à extraire des sédiments des fonds marins pour faciliter la navigation maritime, NDLR.] Mais aucun panneau n'indique l’existence de ce chantier. Les ouvriers ne portent aucune indication non plus sur leurs vêtements, c’est comme s’ils étaient des voleurs.  

Les travaux de dragage font également un bruit énorme, ce qui gêne fortement les clients.

Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est que le dragage pourrait avoir pour conséquence la réduction de la quantité de poissons, à cause de la pollution qu’il génère. En effet, une grande variété de poissons vivent dans notre archipel, comme la sèche, la dorade, le rouget, ou encore le poulpe. C’est la principale source de revenus de l’archipel, qui vit de la pêche, et c’est ce qui fait aussi venir les clients chez nous.


Photo postée par notre Observateur sur Facebook.
 
Plusieurs études confirment que l’activité de dragage génère de la pollution. En effet, cette opération conduit à disperser des substances polluées, accumulées parfois pendant plusieurs années, et à déplacer de la vase, ce qui a pour conséquence d’étouffer des habitats et espèces sous-marines.
 

Selon notre Observateur, ces ouvriers sont en train de fabriquer une digue pour y déverser la vase extraite des fonds marins.

Notre Observateur indique que les ouvriers ont disposé ces tuyaux de dragage derrière son hôtel.