L’armée zimbabwéenne a déployé des troupes ce mercredi matin dans la capitale du pays, Harare. Elle a assuré avoir pris le pouvoir… tout en martelant qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’État. Plusieurs explosions ont été entendues à proximité de la résidence du président Robert Mugabe, qui y est détenu. À Harare, nos Observateurs, très surpris de ces évènements, ne font pas état de violences, mais décrivent une situation en suspens.

Selon l’AFP, des barrages de blindés ont été installés autour du Parlement. Tôt ce matin également, des soldats ont pris le contrôle de la télévision publique nationale, la ZBC. Le général Sibusiso Moyo, porte-parole des Forces de défense du Zimbabwe, y a ensuite enregistré et fait diffuser en boucle un communiqué. Il a annoncé que l’armée était en train "de ramener le calme dans une situation politique, sociale et économique en train de dégénérer dans le pays, qui, si cela n’est pas fait, va se terminer en conflit violent". Mais il a ajouté : "Nous voulons qu’il soit absolument clair que ceci n’est pas un coup d’État".

Des soldats contrôlent un véhicule mercredi 15 novembre à Harare. Photo amateur postée sur Twitter et circulant aussi sur Whatsapp.

Au moins trois ministres, dont celui des Finances et celui de l'Éducation, sont détenus. Le ministre des Finances est un membre de la "Génération 40", la frange du parti au pouvoir, le Zanu-PF, emmenée par Grace Mugabe, qui compte succéder à son mari à la tête du pays. La semaine dernière, le vice-Président Emmerson Mnangagwa avait été limogé par Robert Mugabe, alors qu’il avait longtemps été pressenti comme le successeur du chef de l’État, au pouvoir depuis 1980.

Robert Mugabe, 93 ans, a pour sa part affirmé dans un entretien avec le président sud-africain Jacob Zuma, être "détenu" à son domicile mais a précisé qu’il allait bien.

Vidéo amateur des contrôles de soldats, circulant sur Whatsapp.

Nos Observateurs ont, pour leur part, constaté la situation dans les rues de Harare, où ils ont vu l’armée se déployer. Ils se disent très surpris du déroulement des évènements.

"Nous n’avons jamais rien vu de tel ici"

Nigel Mugamu est journaliste pour le site d’informations 263chat.

Il y a une forte présence militaire dans les rues, et quelques barrages routiers. J’ai dû faire un détour pour arriver au bureau ce matin. Après m’être garé, en marchant vers le bureau, j’ai vu un tank. Il y avait un attroupement autour, les gens regardaient, ils étaient circonspects. Je voulais prendre des photos, mais c’était trop risqué. Nous n’avons jamais rien vu de tel ici, c’est vraiment surprenant. En tout ce matin, j’ai vu quatre ou cinq véhicules blindés.

On sait aussi que le bureau présidentiel est sous haute surveillance militaire, mais on ne sait pas exactement où se trouve le président Robert Mugabe.

Pour l’instant on attend de voir ce qui se passe, on attend que l’armée communique. Il y a beaucoup de rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux, on essaie de ne pas se faire avoir. L’armée affirme qu’il ne s’agit pas d’un coup d’État, mais en même temps, elle est en train de de viser les criminels proches du pouvoir. Ça y ressemble donc quand même beaucoup …

Un militaire et un tank, mercredi 15 novembre à Harare. Photo amateur circulant sur Whatsapp.


Un autre de nos Observateurs à Harare, Hlupani Chipunza, étudiant en médecine, a dit lui aussi avoir vu des tanks dans la ville et des rues bloquées par les militaires en se rendant à l’université ce mercredi matin.

"Les gens n’ont aucune idée de ce que l’armée veut vraiment faire"

Il y a une très forte présence militaire dans la ville, trois hélicoptères sont passés à un moment juste au-dessus de l’université, ils volaient très bas. Tout ça est très inhabituel.

Les étudiants ont commencé à arriver à l’université vers 8 heures, il y avait des examens prévus aujourd’hui. Ils ont été annulés. L’université a fait un communiqué pour nous dire qu’elle nous tiendrait informés.

A l'université, un papier indique que les examens sont reportés. Photo transmise par notre Observateur.

Malgré les annonces des militaires, on n’est pas bien sûrs de ce qu’ils essayent réellement de faire. Avant les évènements de ce matin, beaucoup de gens pensaient que c’était une réponse de l’armée à la révocation, la semaine dernière, du vice-Président Mnangagwa. Mais nous ne sommes plus sûrs de rien. Les gens n’ont aucune idée de ce que l’armée veut vraiment faire.