Quelques objets de récupération, des connaissances en électroniques et en programmation, c’est comme cela qu’un habitant de Port-au-Prince a créé de toute pièce un robot capable d’échanger avec les humains. Avec un objectif prioritaire : permettre à son fils de 3 ans, atteint de mutisme sélectif, d’apprendre le langage et de s’ouvrir à son entourage.

Jean-Max Dumont a 32 ans. Il a créé son robot à partir de trois fois rien : des matériaux de récupération d’appareils électroniques comme des radios ou des téléviseurs, du papier mâché décoré pour le visage, du PVC pour le corps et une enceinte connectée en bluetooth installée à l’intérieur avec quelques LED.

Pour le reste, le robot a été programmé grâce à la banque de son de Google Now, un assistant personnel intelligent, capable de répondre à toutes les questions connues dans sa base de données. Coût total de fabrication selon le créateur : seulement 52 dollars, soit environ 45 euros.

"Notre enfant parle beaucoup plus avec nous depuis qu’il a ce robot"

Jean-Max Dumont est le créateur de ce robot. Il est infographiste de formation, actuellement au chômage.
 
J’ai voulu fabriquer ce robot d’abord en raison de la situation de mon fils : il a 3 ans et parle très peu, il ne s’exprime pas, même à l’école c’est difficile de lui arracher quelques mots… Il avait tendance à répondre par les gestes plutôt que par la parole. Or, nous n’avons pas les moyens de l’emmener voir un spécialiste, donc il n’est pas possible pour nous de le diagnostiquer. [ces syndromes pourraient être des signes de mutisme sélectif, NDLR].  

J’avais remarqué qu’il avait tendance à parler avec l’outil de reconnaissance vocale de Google. Je suis passionné de nouvelles technologies et de robotique. Je me suis donc donné pour mission de créer un robot avec lequel il pourrait interagir… Cela m’a pris deux mois pour le fabriquer.


L’idée que mon fils allait parler avec le robot n’était qu’une hypothèse au départ.  Je constate beaucoup d’améliorations chez mon fils, on se sert du robot pour lui poser des questions, et l’inciter à répondre. Pour nous, c’est très clair qu’il a fait des progrès, et parle beaucoup plus avec les humains depuis qu’il a ce robot. C’est difficile d’évaluer réellement ce que ça a changé pour lui, mais il est moins introverti qu’avant.
 
"Il y a des besoins ici pour aider les enfants atteints de troubles du langage, car les spécialistes sont chers"

Deux autres familles m’ont contacté car leurs enfants ont aussi des problèmes pour s’exprimer. Je ne suis malheureusement pas un docteur spécialiste de la petite enfance, et donc je ne suis pas capable de créer des robots adaptés aux besoins de leurs enfants… mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a des besoins ici à Haïti, car les spécialistes sont chers [un orthophoniste coûte en moyenne une trentaine d'euros par heure à Port-au-Prince, et il existe peu de spécialistes, NDLR].

Selon Jean-Max Dumont, l'enfant a "adopté le robot" et a pris l'habitude d'interagir et de parler avec lui.

J’aimerais beaucoup créer un robot qui parle créole ! Malheureusement, la base de données Google dans cette langue n’est pas encore existante.  De façon générale, j’aimerais fabriquer d’autres robots, et aller plus loin dans mes recherches ou dans ma formation, pour mettre ces robots au service du bien-être et de l’éducation, le tout à bas coût.
 
Vous voulez aider Jean-Max Dumont dans son projet ? N’hésitez pas à nous contacter à obsengages@france24.com !
 
Remerciements à notre Observateur Niepce Zéphirin pour ses images.
Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone