Faute d’infrastructures, dans plusieurs villages reculés du département des Collines, les enfants béninois ont cours en plein air ou sous de simples paillotes. Notre Observateur tente d’alerter les autorités en relayant sur les réseaux sociaux des images de ces écoles sans toit, et parfois même sans table.

Au Bénin, neufs enfants en âge d’être scolarisés sur dix fréquentent l’école primaire. Mais les conditions de travail ne sont pas toujours au rendez-vous. Notre Observateur Arsène Donouvi, chef de projet de l’ONG "Regard fraternel", qui milite pour la scolarisation de tous les enfants, est allé visiter plusieurs écoles dans des villages isolés du département des Collines, dans la partie sud du pays.

À Kpingni, un village d’un peu plus de 4 000 habitants, il a pu filmer une classe installée… sous un arbre. Sur ces images, on peut voir une trentaine d’enfants serrés à plusieurs sur de petites tables-bancs et une dizaine assis à même le sol.


Une deuxième vidéo, cette fois-ci prise dans le village de Davissogo, montre également des écoliers dans une salle de classe bricolée avec des bouts de bois.

"On se retrouve vite avec des classes de 50 enfants, tous niveaux confondus"

Selon Arsène Donouvi, ces images illustrent l’état de bon nombre d’écoles primaires dans les zones rurales du pays.

Au mois d’octobre, nous avons visité trois écoles de trois villages différents dans le Département des Collines. En fait, cette situation est presque la même dans tous les départements du Bénin, même celui du Littoral (où se trouve la capitale Cotonou) qui est censé être la vitrine du pays.

Mais c’est particulièrement vrai dans les zones rurales où les infrastructures et les enseignants qualifiés manquent. Il est difficile de trouver des enseignants prêts à se déplacer sur de longues distances pour aller travailler. Du coup, on se retrouve vite avec des classes de 50 enfants, tous niveaux confondus.

Quand il n’y a pas d’enseignants qualifiés disponibles, les villages font appel à des "enseignants communautaires locaux" : ils sont recrutés par les associations des parents d’élèves en collaboration avec les directeurs des écoles. La plupart n’ont pas de diplôme d’enseignement. Par ailleurs, ils sont payés directement par les parents d’élèves, ce qui pose problème dans certains villages où personne n’a les moyens.

"Dans les Collines, beaucoup d’élèves ne finissent
pas le cycle primaire"


Comme on peut le remarquer sur les images que nous avons prises, tous les enfants ne peuvent pas s’asseoir convenablement pour suivre les cours. Et quand ils sont assis, ils n’ont pas toujours une table pour écrire. Il n’y a également pas assez de cahiers et de stylos.

En ce moment, nous nous concentrons sur la situation dans le département des Collines parce qu’il y a de nombreux défis à y relever. Beaucoup d’élèves ne finissent pas le cycle primaire [au Bénin, le taux d’achèvement du cycle primaire pour une tranche d’âge est de 78 % selon les chiffres de l’UNESCO].

C’est un vrai problème, surtout dans ce département où de nombreux enfants travaillent comme concasseurs de pierre dès le plus jeune âge.

Par ailleurs, c’est dans les Collines que le taux de grossesses précoces est le plus élevé. C’est pourquoi nous tentons de maintenir les filles dans le système scolaire pour leur offrir un cadre et éviter cela.

Chaque fois, le gouvernement et les autorités locales tentent de nous rassurer en nous expliquant que des actions seront menées pour le bien-être des élèves…. Mais nous ne voyons rien arriver. Nous espérons que ces images feront réagir.

"Construire et rénover plus de 7 000 classes et recruter 10 000 enseignants" : l'objectif du gouvernement

La rédaction des Observateurs de France 24 a contacté le ministre béninois des Enseignements maternels et primaires, Karimou Salimane, pour lui faire part de ces images. Il reconnaît que la "situation relève de nos réalités béninoises, et que tout cela est anormal". Il tient néanmoins à donner des précisions :

Ces deux écoles ont été créées, l’une en 1972 [Kpingni], et l’autre en 2015 [Davissogo]. Elles font partie des 7 000 écoles du pays, dont un certain nombre mérite rénovation. Pour le quinquennat du président Patrice Talon (2016-2021), nous nous sommes fixé la réhabilitation de 1 500 salles déjà existantes, ainsi que la construction et l’équipement de 6 000 salles de classe. On ne prétend pas résoudre tous les problèmes en cinq ans, mais on essaie d’aller dans la bonne direction.

Nous avons par ailleurs identifié un déficit de 12 000 enseignants au niveau des écoles maternelle et primaire. Pour ce quinquennat, nous prévoyons d’en recruter 10 000. Depuis avril 2016, 3 600 enseignants ont déjà été recrutés.

Nous avons par ailleurs mené une rationalisation des complexes scolaires, où de nombreux professeurs travaillaient avec des classes en sous-effectif, avec moins de 20 élèves par classe pour certains. En réunissant ces classes éclatées, nous avons libéré plus de 3000 enseignants redéployés pour certains dans les écoles rurales.

Mais parallèlement, il est vrai, ces réformes ont parfois amené à ce que des classes déjà bondées se retrouvent avec plus de 50 enfants. Nous devons donc à ce stade mener des enquêtes de terrain pour identifier les écoles prioritaires, et affecter de nouveaux enseignants, toujours en respectant notre budget [d’environ 107 milliards de Francs CFA, soit 163 millions d’euros, NDLR]. Et il est vrai que certains enseignants refusent ces mutations, car ils n’ont pas d’attache avec leurs nouveaux lieux d’affectation. Mais ces cas restent isolés à notre connaissance.

L'ONG Regards Fraternel explique offrir des compléments de rémunérations à certains enseignants en zone rurale, elle essaye aussi de les inciter à rester, même si les conditions de travail sont très compliquées. Des appels aux dons sont organisés régulièrement sur la page Facebook, mais surtout, l'ONG bénéifcie de fonds via une fondation italienne. Regards Fraternels organise également des collectes de matériels dans les villes.