En pleine campagne pour les élections législatives chiliennes, une députée – candidate à sa propre succession – a suscité la contreverse en distribuant des poupées à son effigie à Antofagasta, dans le nord du pays, le 29 octobre. Et au-delà des moqueries, l'opération s'avère illégale.

Membre de Renovación Nacional, un parti de droite dans l’opposition, Paulina Núñez Urrutia représente la région d’Antofagasta à la Chambre des députés depuis 2013. Et pour se faire réélire aux élections législatives du 19 novembre prochain, elle a visiblement jugé utile de faire réaliser une poupée façon Barbie à son effigie, qu’elle n’a pas hésité à distribuer aux enfants et aux adultes, embrassant chacun des bénéficiaires, dimanche 29 octobre, sur un marché de la ville d’Antofagasta. Elle était accompagnée de Cristián Monckeberg, le président de Renovación Nacional. Selon les médias locaux, elle en aurait distribué pas moins de 10 000.

Pas peu fière de son coup de com', elle a retransmis en direct sa distribution de poupées sur Facebook, où elle a également posté des photos et une vidéo.


Dans ce live, Paulina Núñez Urrutia indique notamment, tout sourire : "C’est la deuxième version [de la poupée, NDLR], cette fois en robe !" (0'19)

Car elle n'en est pas à son coup d'essai : lors de sa première campagne pour les législatives, en 2013, elle avait déjà distribué des poupées à son effigie, alors en jean.

Mais l'objet n'a pas pour seule vocation de séduire l'électorat : maligne, la candidate a glissé dans l'emballage ses promesses de campagne, ainsi qu'un résumé de son parcours personnel, professionnel et politique.

Les réseaux sociaux se payent la candidate

Cette initiative a suscité la moquerie sur les réseaux sociaux :

"Il faut que quelqu’un explique à @paulinanu que les mineurs ne votent pas."

"Il y a quelqu’un qui pourrait me vendre une poupée de Paulina Nuñez ? C’est pour un cours de vaudou !"

"Ahahah, quel ego."

Mais la députée a surtout été très critiquée. Plusieurs internautes se sont ainsi interrogés sur la provenance de l’argent ayant permis cette opération, certains l’accusant même d’être "corrompue".

"Elle dit que chaque poupée a coûté 400 pesos [0,54 euro, NDLR] et il y a 10 000 poupées. 4 000 000 pesos qui viennent sûrement de ses frais parlementaires et donc de ta poche."

Par ailleurs, plusieurs internautes, militants politiques ou encore candidats à l’élection ont dénoncé l’illégalité de cette opération en pleine campagne électorale.

"La députée l’a refait ! Il est terrible de voir qu’elle a participé à la nouvelle loi de @ServelChile [Service électoral, l’organisme chargé de la supervision des élections, NDLR] et qu’elle agisse à la marge de cette loi", déplore ce militant du Parti socialiste.

D'autres distribuent des lunettes

Paulina Núñez Urrutia a réagi à ces attaques, notamment dans le journal El Mercurio de Antofagasta. Elle a assuré qu’il n’y avait aucun problème à distribuer des poupées, estimant qu’elle respectait les trois conditions du Service électoral (l’organisme chargé de la supervision des élections), à savoir que le coût de fabrication de chaque poupée était faible (400 pesos, soit 0,54 euro), qu’elle avait remis ces poupées une par une et que cela permettait de fournir des informations sur les élections.

Paulina Núñez Urrutia n’est pas la seule candidate à avoir déclenché la polémique dans cette zone. Il y a quelques semaines, Katherine San Martin, candidate pour devenir conseillère régionale, avait distribué des lunettes, également accompagnée par Cristián Monckeberg. Plusieurs votes se dérouleront en effet de façon simultanée le 19 novembre, pour élire de nouveaux députés, sénateurs, conseillers régionaux, ainsi que le président du pays.

Katherine San Martin s’était toutefois défendue dans un tweet, en indiquant qu’elle n’avait pas prévu de distribuer des lunettes et qu’il s’agissait seulement d’un "cadeau d’un dirigeant", sans davantage de précisions.

Que dit la loi ?

À travers un tweet, le Service électoral a réagi en indiquant que la distribution de poupées de Paulina Núñez Urrutia était illégale :

"Effectivement, ce type de cadeau est interdit. Il est seulement possible de distribuer des objets informatifs de plus petite taille."

Interrogé par une radio locale, Abel Castillo, le directeur régional du Service électoral, a répété qu’il était illégal de distribuer des poupées, de même que des lunettes. Il a indiqué que la loi permettait seulement de distribuer des calendriers, des porte-clés ou des stylos. De fait, un manuel mis en ligne par son service indique qu’il est interdit de distribuer des objets "d’envergure plus importante".

Abel Castillo a également fait savoir que les candidats enfreignant la loi pourraient être amenés à payer une amende allant jusqu’à 200 UTM (unité fiscale mensuelle : une unité de compte utilisée au Chili, évoluant selon l’inflation : 200 UTM = 12 753 euros actuellement), mais que la procédure pouvait prendre deux à trois mois, une fois la plainte déposée.

Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone