À Montreuil, en banlieue parisienne, une "mini maison" vient d’être installée dans le jardin d’une résidence privée. Bientôt, des personnes qui viennent d’obtenir le statut de réfugiés y emménageront, à titre gratuit.

Les propriétaires du jardin sont les premières personnes à avoir répondu favorablement à l’initiative IMBY, ou "In My Backyard" ("dans mon jardin"). Elle est portée par l’association d’architecture sociale et solidaire Quatorze, et c’est un jeu de mot sur le terme "NIMBY "ou "Not In My Backyard ". Aux États-Unis, l’expression est utilisée pour désigner les personnes qui s’opposent à ce que des projets d’intérêt général s’implantent près de chez eux, de peur de subir des nuisances.

À Montreuil, l’ambiance est toute autre. Depuis plusieurs semaines, des bénévoles œuvrent à installer la maisonnette en bois : 20m2 au sol, 3,5 m de haut, elle comprend cuisine, salle de bains et chambre en mezzanine. L’heure est aux touches finales : les nouveaux résidents sont attendus courant novembre.


Livraison de la "mini maison" à Montreuil. Photo: Quatorze / Maïté Pinchon

« On s’est décidés le jour-même »

Dominique Blanc et sa conjointe Charlotte Boulanger sont les propriétaires qui accueillent la maisonette dans leur jardin. Il raconte :

Nous avons entendu parler du projet à travers notre AMAP. On s’est décidés le jour même.

Ma compagne et moi, ça nous a souvent travaillé de voir combien en France on avait du mal à accueillir et intégrer ces gens, et ce projet nous correspondait bien : on avait un terrain de 50m2 derrière notre maison dont on ne savait pas trop quoi faire. Héberger des réfugiés chez nous – comme le font beaucoup de personnes en France – aurait été assez compliqué, car nous avons deux jeunes enfants et pas beaucoup de place à l’intérieur. Mais avec cette petite maison dans le jardin, il y a une certaine autonomie. Et nous avons apprécié le fait que les personnes auront un accompagnement social à travers le programme ELAN du Samu Social de Paris.

Modélisation de l'intérieur de la "micro maison". Image: Quatorze / D.A.T. Pangea
 

Nous ne savons pas encore qui va emménager dans la maisonnette , mais on le saura dans les prochains jours. On a hâte de les rencontrer. À priori ils seront deux colocataires : une séparation a été installée dans la chambre pour plus d’intimité.

"On imagine que l’on partagera régulièrement des repas"

Nous avons demandé à ce que soit des personnes qui puissent communiquer en français ou en anglais pour que l’on puisse échanger avec eux. L’idée c’est quand même qu’ils soient proches de la famille. On ne va pas tout planifier avant, mais on imagine que l’on partagera régulièrement des repas ou d’autres activités.

Une fois la maisonette installée dans le jardin, les bénévoles y ont rajouté une petite terrasse couverte. Photo: Quatorze / Maïté Pinchon


Le projet prévoit que ces personnes restent au maximum un an. L’objectif, c’est qu’ils trouvent un travail et deviennent indépendants. D’autres viendront ensuite : nous nous sommes engagés sur deux ans.

Ce projet est reproductible, et on espère que beaucoup d’autres personnes nous emboiteront le pas : c’est aussi pour ça qu’on le fait !

L'équipe de bénévoles qui ont aidé à installer la maisonnette. Parmi eux, des architectes, des étudiants en architecture, et plusieurs réfugiés. Photo: Photo: Quatorze / Maïté Pinchon


Selon Romain Minod, directeur de l’association Quatorze, une trentaine de personnes se sont déjà proposées. Si la première expérience est concluante, il espère rapidement la reproduire.

La construction de la première "mini maison" du projet IMBY a couté 35 000 euros. "Le financement de la production de la maison n’est pas un souci : nous fonctionnons sur un principe de revente", explique Minod. La première maisonnette a ainsi déjà été vendue à des particuliers, qui la récupéreront dans deux ans. Quant au coût de l’installation en chantier participatif, il a été financé par une campagne de crowdfunding.