Dans la province de Java occidental, des fermiers s’adonnent depuis plusieurs décennies à de cruels combats opposant des chiens dressés pour tuer à des sangliers capturés dans la nature. Des activistes, dont notre Observateur, se mobilisent pour faire cesser cette pratique sanguinaire.

Le spectacle est barbare. Dans une vidéo publiée sur Facebook le 8 octobre par une association indonésienne de protection de l’environnement, Scorpion Wildlife Trade Monitoring Group, un pitbull est lâché dans une arène contre un sanglier. Les deux animaux se ruent l’un sur l’autre et se battent avant d’être brutalement séparés par un groupe d’hommes armés de bâtons. L’un d’entre eux n’hésite pas à tirer la queue du chien pour l’éloigner du sanglier.

Un sanglier se fait mordre par un chien pendant un combat. Capture d'écran de la vidéo publiée par Scorpion Wildlife Trade Monitoring Group sur Facebook.

Une deuxième vidéo publiée par Scorpion Wildlife Trade Monitoring Group montre un sanglier, blessé à la patte et pouvant à peine marcher, se faire provoquer par un chien tenu en laisse.

Un sanglier blessé est provoqué par un chien tenu en laisse. Capture d'écran de la vidéo publiée par Scorpion Wildlife Trade Monitoring Group sur Facebook.

"Selon les participants, impliquer les chiens dans ce type de combat aiguise leurs compétences dans la chasse aux sangliers"

Notre Observateur, Marison Guaciano, est le directeur du Scorpion Wildlife Trade Monitoring Group. Il a lancé une pétition pour demander au gouverneur de la province de Java occidental d’interdire ces combats. Il a également organisé le 22 octobre, avec son association, une manifestation contre ces évènements devant les bureaux du gouverneur.

Ces duels entre chiens et sangliers existent depuis très longtemps chez les fermiers indonésiens. Je ne pourrais pas donner de date exacte. [Selon l’agence de presse Reuters, cela a commencé dès 1960, NDLR]. Les gens perçoivent cet événement comme faisant partie d’une prétendue tradition dans les zones rurales. Les combats, qui se déroulent un peu partout dans la province de Java occidental, ont lieu tout au long de l’année, habituellement le dimanche. Souvent, c’est organisé sous forme de championnat.

Dans le public lors d'un combat. Capture d'écran d'une vidéo envoyée par Scorpion Wildlife Trade Monitoring Group sur Facebook.

Le propriétaire du chien paie des frais d’inscriptions pour faire concourir son animal. Les organisateurs libèrent un sanglier sauvage dans une arène, puis un chien qui va chasser celui-ci. Au bout d’un moment, ils les séparent, puis un autre chien entre, jusqu’à ce que le sanglier soit tué. Au total, un sanglier peut se battre avec une dizaine de chiens ! Dans le public, les spectateurs parient sur le chien qu’ils veulent voir gagner, ils crient, s’amusent. À la fin, la personne dont le chien a vaincu le sanglier recevra de l’argent [jusqu’à 2000 dollars, environ 1700 euros, selon Reuters, NDLR], ou parfois même d’autres prix, comme une moto.

"Je reçois de nombreuses menaces de la part de personnes qui m’accusent de détruire les traditions locales"

Selon les participants, impliquer les chiens dans ce type de combat aiguise leurs compétences de chasse aux sangliers dans la nature [ces derniers sont accusés de ravager les récoltes des fermiers dans la province, NDLR]. Mais d’après moi, c’est surtout une bataille brutale, qui tue les sangliers et les chiens ! Plus le chien est violent durant un combat, plus son prix augmente. Les chiens, dressés pour se battre, se vendent ensuite via des groupes Facebook dédiés à ces combats. Les sangliers sont pour leur part capturés dans la nature et enfermés dans une cage pendant plusieurs jours afin de les rendre peureux et agressifs.

Capture d'écran d'une publication pour vendre un chien sur l'un des groupes Facebook de dresseurs. Réalisée le 25/10/17.

Ce que notre association demande, c’est l’interdiction de ces événements "sportifs". Récemment, les autorités religieuses musulmanes de la région ont également dénoncé, à nos côtés, la cruauté de ces combats. Je pense en effet qu’il n’y a ni religion ni tradition qui puisse accepter une telle barbarie.

Notre association n’existe que depuis deux ans. Nous avons été les premiers à lancer cette année une campagne pour arrêter cela. Mais le problème, c’est qu’ici en Indonésie, il y a de nombreux cas similaires : des combats de buffles, de coqs, de moutons, et ainsi de suite. Il faut sensibiliser à grande échelle et ce n’est pas facile. Nous n’allons pas tout résoudre d’un coup, cela prendra du temps.

Notre Observateur a retrouvé des photos de lui, parfois accompagnées de messages de menace, sur les groupes Facebook de discussion entre éleveurs de chiens. Capture d'écran réalisée le 25/10/17.

Dans la province de Java occidental, ces duels sont très populaires. La plupart des gens qui participent et qui assistent à cela sont durs à convaincre. Je reçois d’ailleurs de nombreuses menaces de la part de personnes qui m’accusent de vouloir détruire les traditions locales. Certains m’ont également assuré qu’ils allaient utiliser la magie noire contre moi. Je retrouve aussi des photos de moi avec des messages menaçants sur les groupes Facebook d’éleveurs de chiens.

Un spectacle "sans aucune valeur éducative"

La rédaction des Observateurs de France 24 a tenté de discuter avec un éleveur de chiens, sans succès. Interrogé par Reuters mi-octobre, l’un d’entre eux, Agus Badud, avait expliqué qu’il concourrait avant tout pour "augmenter le prix de vente et la valeur économique" de ses chiens. Le 22 octobre, Daniel Johan, membre de la Chambre des représentants indonésienne et en charge des questions agricoles, a assuré au journal local Detik qu’il "espérait que [ce spectacle] serait bientôt interdit", le jugeant "terrible" et sans "aucune valeur éducative", parce qu’il est "plein de cruauté".

Après plusieurs plaintes d'habitants, la police a fermé mercredi 25 octobre une arène de combat entre chiens et sangliers dans la localité de Pacet, dans le Java occidental. Une première victoire pour l'association de notre Observateur.  

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet