Les habitants de Villa Hayes, dans le sud du Paraguay, ont découvert la semaine dernière avec stupeur que la rivière Confuso, qui traverse leur ville, s’était transformée en un cimetière de poissons. Notre Observatrice pointe du doigt les entreprises situées en amont qui, d’après elle, déversent des produits chimiques dans l’eau. 

Des milliers de poissons ont été retrouvés morts dans la rivière Confuso, au niveau de la ville Villa Hayes, au Paraguay. Pour connaître les raisons d’une telle hécatombe et réclamer l’ouverture d’une enquête, les habitants ont lancé l’alerte sur les réseaux sociaux dès le vendredi 13 octobre. 

Dalila Arce, une jeune femme de 25 ans qui vit à Villa Hayes depuis son enfance, a été l’une des premières à publier sur Facebook une série de photos et vidéos de la rivière. Ses images montrent des dizaines de poissons flottant à la surface d’une eau couleur café. "On trouve tous les types de poissons", explique-t-elle dans l’une des vidéos. 

"Il y a des tanneries en amont de la ville qui utilisent de nombreux produits chimiques pour traiter les peaux de bêtes"

Pour elle, il est désormais primordial que les autorités prennent en charge le problème et anticipent ce type de catastrophe. 
 
À partir de jeudi, des pêcheurs ont commencé à remarquer que les poissons s’approchaient du rivage, comme pour trouver de l’oxygène. Le lendemain, je m’y suis moi-même rendue et les poissons étaient déjà tous morts, flottant à la surface. Avec d’autres habitants, nous avons rapidement pris des photos pour faire pression sur les réseaux sociaux. Dès le lendemain, des agents de la municipalité se sont rendus sur place avec des fonctionnaires de la SEAM [Secrétariat à l’environnement du Paraguay, NDLR]. Ce n’est pas la première fois que l’on soupçonne l’eau d’être contaminée et que l’on retrouve des poissons morts dans la rivière. Mais nous n’avions jamais vu un phénomène de masse comme celui-ci. Ces derniers jours, les poissons morts se comptent par milliers.


Des analyses approfondies vont être réalisées pour déterminer la cause de cette pollution subite. Mais ce que je peux dire en tant qu’habitante de Villa Hayes depuis des années, c’est qu’il y a des entreprises situées en amont du fleuve qui sont à mon sens très peu contrôlées. Il est très probable que certaines déversent dans la rivière leurs produits chimiques. Je pense notamment aux tanneries qui se trouvent tout près des rivages et qui utilisent de nombreux produits pour traiter les peaux de bêtes et en faire du cuir. [La préparation du cuir est affaire de chimie : les peaux sont d’abord lavées avec de puissants additifs puis dégraissées, abrasées et teintes, NDLR]. Nous avons l’impression que ces entreprises ne sont pas assez contrôlées par la municipalité, voire qu'elles s'arrangent pour faire ce qu'elles veulent.


Aujourd’hui, plusieurs personnes ont dû mettre certaines de leurs activités à l’arrêt : dans la zone, on trouve en effet quelques pêcheurs [même s’ils sont plus nombreux au niveau du fleuve Paraguay, à quelques kilomètres de là, dans lequel se déverse le Rio Confuso] et aussi des familles qui utilisent cette eau pour arroser leurs champs pour abreuver leurs animaux d’élevage.

Mardi, un petit groupe d’habitants, dont je faisais partie, s'est réuni pour dénoncer ce crime écologique. Nous voulons que les coupables soient identifiés et sanctionnés et qu’une vraie politique de protection de l’environnement soit mise en place par la municipalité. Je pense qu’il est également important que les industries que l’on trouve en amont soient fermées temporairement, le temps de savoir laquelle est responsable. Par ailleurs, la situation devient insoutenable : avec la chaleur, les poissons se décomposent, l’odeur est nauséabonde. Il faut qu’un nettoyage de la rivière soit effectué.


Une enquête en cours

Contacté par France 24, le Secrétariat à l’environnement du Paraguay a confirmé qu’une enquête était en cours et que des analyses avaient déjà été réalisées. Selon José Silvério, directeur des ressources hydriques, les premiers résultats indiquent que les poissons sont morts à cause d’un manque d’oxygène dans l’eau. "Nous suspectons en effet la présence d’un produit chimique versé dans la rivière de façon illégale", a-t-il expliqué, ajoutant néanmoins que, pour le moment, il n’était pas possible de formuler une accusation claire.

"Il pourrait s’agir d’une des entreprises en amont, mais il faut être prudent, car cela peut aussi être un particulier, ou un camion qui est venu déverser quelque chose", a précisé José Silvério. "Cela prouve également qu’il est important que les municipalités travaillent en coopération avec les autorités environnementales pour prévenir les risques et veiller au respect des règles environnementales", a-t-il conclu.

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet