De janvier à septembre, deux jeunes Franciliens, originaires du Val d'Oise, ont parcouru la France à la découverte de techniques maraîchères alternatives. Au travers de vidéos, d’interviews et d’articles de blog, ils ont documenté leur voyage pour sensibiliser au sujet de l’agriculture biologique, mais aussi conseiller ceux qui voudraient se lancer.

En une dizaine d’années, le bio s’est installé dans les cuisines françaises. Dans son dernier état des lieux du secteur, l’Agence Bio, un groupe d’intérêt public français, qualifie l’année 2016 "d’historique" en la matière. Cette année-là, les consommateurs de l’Hexagone ont dépensé 7 milliards d’euros dans des aliments labellisés sans produits phytosanitaires, ni OMG. Par rapport à l’année précédente, ce chiffre marque un bon de 20 %. 

Dans le même temps, le nombre d’acteurs de la filière a augmenté de près de 12 %. Antonin Deshayes et Julien Pedrot, tous deux passionnés par l’agriculture biologique, ont décidé d’aller à leur rencontre. Pendant huit mois, les deux jeunes hommes de 24 ans ont visité onze fermes et recueilli de nombreuses informations sur leurs méthodes respectueuses de l’environnement. Des connaissances qu’ils partagent sur leur page Facebook "Les plants de demain" et leur site Internet à l’aide de vidéos pédagogiques et d’articles de blog.

"Il s’agissait d’aller sur le terrain pour échanger et travailler avec les agriculteurs"

Julien Pedrot, diplômé d'une formation d’ingénieur en environnement industriel à l’Institut Supérieur de l’Agriculture de Lille, revient sur les ambitions de ce projet.

Notre projet est basé sur le partage de connaissances et la sensibilisation à l'agriculture biologique. Avec nos vidéos et interviews, nous avons voulu promouvoir des techniques agricoles respectueuses de l’environnement. Il est vrai qu'il existe déjà des données et des ressources dans des livres ou sur Internet sur les exploitations biologiques. Mais ici, il s’agissait d’aller directement sur le terrain pour échanger et travailler avec les acteurs de la transition écologique. Nous avons ainsi pu les questionner sur leurs méthodes et leurs choix de culture.

Cela nous a permis d'apprendre des techniques que nous ne connaissions pas bien. Par exemple, en Bretagne, nous sommes allés dans une ferme qui utilisait des extraits fermentés d’orties et de fougères pour lutter contre les ravageurs et les mauvaises herbes. [Contrairement à une idée reçue, les produits bio ne sont pas tous exempts de pesticides, NDLR.]



Un exemple : les buttes auto-fertiles

Dans leurs vidéos, les deux amis se penchent également sur des techniques de permaculture, comme la réalisation de "buttes auto-fertiles". Cette méthode consiste à empiler des matières organiques et de les recouvrir de terre pour former une butte de culture. La décomposition des matières permettra de faire pousser des herbes, plantes, légumes, fruits ou fleurs en limitant voire supprimant l'arrosage.

"Parmi les difficultés évoquées à plusieurs reprises : la concurrence étrangère et le poids des charges sociales"

Leur blog permet aussi d’en savoir plus le modèle économique des installations, avec de nombreux détails sur la superficie des installations, le nombre d’employés ou encore les outils utilisés. Grâce à ces enseignements précieux, le duo espère désormais lancer sa propre ferme, comme l'explique Antonin Deshayes :

Nous souhaitons à terme monter notre propre ferme en Île-de-France. Mais, même s'il y a de fortes potentialités dans cette région, il peut y avoir des freins, comme l'accès et le coût du foncier ou les difficultés économiques des premières années. Nous avons donc profité de ce tour pour connaître l'historique des installations que nous avons visitées en demandant aux exploitants comment ils ont trouvé leur emplacement, quel modèle ils ont choisi, quelle superfice, etc. D'ailleurs, lorsque nous avons démarché les fermes que nous voulions visiter, nous avons tenu à ce qu'elles aient toutes un modèle différent pour avoir une vision aussi large que possible.


Ces détails sur l'installation des fermes agricoles s'adressent à ceux qui, comme nous, voudraient se lancer, mais je pense que c'est aussi un moyen de faire connaître nos maraîchers bio et savoir d'où ils viennent. Nous avons par exemple remarqué que pour 9 fermes sur 11, les gérants s’étaient lancés dans l’agriculture bio après une reconversion professionnelle [l’une était journaliste, un autre professeur d’histoire-géo, il y avait également un ancien conseiller en immobilier, NDLR].

Parmi les difficultés qui ont été évoquées à plusieurs reprises, il y a les problèmes de concurrence étrangère et le poids des charges sociales. C'est en effet un secteur qui demande plus de main d'œuvre que l'agriculture conventionnelle. [Selon l'Agence Bio, il faut en moyenne un employé en plus sur une exploitation bio, par rapport à une exploitation conventionnelle : "Les exploitations bio génèrent plus d’emplois que les exploitations conventionnelles : 2,4 Unités de Travail Annuel (UTA) en bio contre 1,5 en moyenne", NDLR.] Quand on n'utilise pas de produits chimiques pour désherber par exemple, il faut en effet de la main d'œuvre pour s'occuper d'arracher les mauvaises herbes et cela coûte cher. Ce sont des données à prendre en compte avant de s’installer.

Forts de ces rencontres et des techniques apprises sur le terrain, Antonin et Julien souhaitent lancer leur exploitation d'ici 2020, en Île-de-France. En attendant, ils continuent de se former et de diffuser leurs connaissances sur leur page Facebook et leur site.
 

Si vous souhaitez les aider dans leur projet ou prendre contact avec eux, une adresse mail : obsengages@france24.com

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet