À São Paulo, l’équipe des Unicorns - les licornes en français - promeut depuis deux ans le sport LGBT au Brésil. Le but ? Permettre à la communauté gay et transgenre de s’approprier des espaces dont ils sont souvent exclus, comme les stades et terrains de football.

Au Brésil, un homosexuel est assassiné toutes les vingt-huit heures. Un chiffre alarmant et révélateur des difficultés d’acceptation de la communauté LGBT dans ce pays qui a pourtant légalisé le mariage homosexuel dès 2013.

Dans le milieu du ballon, le sport national au Brésil, l’exclusion et la stigmatisation est d’autant plus frappante. Début octobre, le Brésil a été l’un des pays, avec le Chili, le Pérou, l’Equateur, l’Argentine et le Mexique à avoir été sanctionnés d’amendes par la Fifa pour des chants homophobes entendus lors de la dernière journée des qualifications du Mondial-2018. 

Et comme dans d’autres pays, notamment la France et l’Angleterre, entre les joueurs et joueuses l’homosexualité reste un tabou. Alors, dans plusieurs villes brésiliennes, les initiatives prônant la diversité et la tolérance dans le milieu sportif fleurissent. L’équipe des Unicorns de São Paulo en est un exemple. Lancé il y a deux ans, le club de football LGBT ne cesse de voir ses effectifs grandir et se diversifie depuis peu dans la course à pied et le fitness. Forts de leur succès, les Unicorns ont été à l’initiative de la création d’une ligue de foot gay, la LiGay, qui organisera son premier championnat au mois de novembre 2017.

"La stigmatisation des homosexuels dans le sport existe dès l'école"

Bruno Host est l’un des fondateurs du club. Pour lui, le but n’est pas tant la compétition qu’offrir la possibilité à la communauté LGBT de nouveaux espaces de rencontre et de socialisation.

 

Le club est né il y a deux ans. Au début, l’idée n’était pas forcément d’en faire un outil de revendications. En réalité, tout est parti de l’envie de se rassembler entre amis pour jouer au foot. Petit à petit, d’autres personnes nous ont rejoint. Et pour cause : il est difficile d’être à l’aise dans une équipe de football lorsqu’on est gay, ou à plus forte raison, d’avouer son homosexualité aux autres joueurs.

Ce problème existe dès l’école en réalité : la pression du vestiaire, le fait d’être le dernier choisi dans une équipe ou d’être moqué, cela crée un sentiment de relégation et explique que beaucoup d'hommes homosexuels ne se sentent pas à l’aise avec ce sport. Jusqu’à avril 2017, nous étions une cinquantaine dans le groupe. Puis, ce même mois, nous avons reçu la visite d’un journal brésilien, A Folha de Sao Paulo et après la publication, nous avons reçu énormément de nouveaux adhérents.

"Les discothèques et saunas ne doivent pas être les seuls moyens de se rencontrer"

Aujourd’hui, nous sommes près de 150 joueurs et nous diversifions les activités avec de la course à pied et du fitness. Nous avons des profils très variés : il y a aussi des femmes, lesbiennes et hétéros et des personnes transgenres. Les âges vont de 22 à 48 ans. En ce qui concerne le foot, nous trouvions important qu'il y ait également des femmes parce que c’est aussi un sport machiste, où elles ont très peu de visibilité. Certains de nos adhérents avaient déjà pratiqué un sport avant et ont arrêté parce qu’ils ne se sentaient pas à leur place, d’autres nous ont rejoint alors qu’ils n’avaient pas particulièrement pensé à faire du sport auparavant.

Un entraînement des Unicorns. Crédit : page Facebook des Unicorns Brazil.

Ce club offre également la possibilité à des gens habituellement exclus des stades et des terrains de foot de s’approprier un nouvel espace de socialisation, jusqu’ici "réservé" aux hétérosexuels. Au Brésil, il existe quelques applications, discothèques et saunas pour les gays, mais cela ne doit pas, selon moi, être les seuls moyens pour se rencontrer.

Un entraînement des Unicorns. Crédit : page Facebook des Unicorns Brazil.

Sur notre page Facebook, nous ne recevons quasiment aucun message négatif. Et si l’on nous taxe de communautariste, je répondrais simplement que c’est avant tout un espace de protection pour des personnes LGBT qui ne sont pas forcément acceptées dans les clubs conventionnels.

"L'année zéro pour le football LGBT au Brésil"

En juillet 2017, les Unicorns, en partenariat avec l’application brésilienne de rencontre gay Hornet et trois autres équipes venues de Rio, Sao Paulo et Curitiba, ont lancé la première "Coupe Hornet du Football de la diversité" à São Paulo. Interviewé peu de temps après le tournoi par un média LGBT, André Machado, membre de l’équipe des Bees Cats Soccer Boys de Rio de Janeiro, assurait que 2017 était "l’année zéro pour le football LGBT au Brésil".

Six ans avant les JO de Paris-2024, la capitale française accueillera la 10e édition des Gay Games, les "Jeux homosexuels", en août 2018. Des jeux, ouverts à tous et fondés au début des années 80 par un ancien athlète américain homosexuel, qui pourraient bien être une prochaine étape pour les joueurs de la LiGay.
 

Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet