Confrontés à la menace nord-coréenne, les habitants de Corée du Sud se préparent au pire. Ces derniers jours, plusieurs vidéos cartonnent, dans lesquelles des internautes décrivent, non sans humour, ce qu’il faut emporter dans son sac de survie en cas d’attaque nucléaire.


Depuis le printemps, l’escalade verbale entre Washington et Pyongyang s’intensifie et s’accompagne de démonstration de force. La Corée du Nord a procédé le 3 septembre à un essai nucléaire, le sixième depuis 2006. Ces dernières semaines, le pays a également tiré plusieurs missiles balistiques, alors que les États-Unis multiplient les manœuvres militaires en mer de Chine. Lundi 25 septembre, le chef de la diplomatie nord-coréenne, Ri Young-ho, a indiqué que le président américain, Donald Trump, avait "déclaré la guerre" à la Corée du Nord.

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Dans la Corée du Sud voisine, ces menaces inquiètent et certains internautes invitent les Sud-Coréens à se préparer comme ils le peuvent... en s’équipant de "sacs de survie". Selon l’agence de presse Reuters, depuis le début de l’année, plus de 7 400 vidéos, souvent humoristiques, détaillant le contenu de ces kits ont été publiées sur YouTube.

L’une des plus populaires est celle de Kang Yoo Mi, une célèbre comédienne, publiée le 19 août et qui totalise près de 600 000 vues. Elle a choisi d’acheter un sac de survie tout préparé. Elle décrit ce kit composé, entre autres, de rations de nourriture de longue conservation, d’une lampe de poche, d’outils pour faire du feu, d’un filtre à eau et d’un masque à gaz.


D’autres tutoriels sur les kits de survie plus anciens, comme celui de la YouTubeuse Ddimmi, mis en ligne en avril 2017, ont refait surface ce mois-ci. Dans cette vidéo, vue 135 000 fois, la jeune femme tourne en dérision la panique autour des ambitions nord-coréennes, en se mettant à courir les mains en l’air dans son appartement, tandis qu’elle écoute le journal télévisé. Elle montre ensuite le kit qu’elle s’est elle-même constitué pour faire face à une attaque du voisin nord-coréen, essentiellement des boîtes de conserves et des couvertures. En légende, elle explique elle-même que cette vidéo a été réalisée "pour le plaisir", tout en précisant qu’elle espère que son pays n’entrera pas en guerre avec la Corée du Nord.


Sur Instagram, de nombreux internautes ont également partagé des photos du contenu de leur sac en cas de guerre.

#비상용 #생존배낭 #조금씩_모으기 #비사용

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#생존배낭 #선팔 #맞팔 #선팔하면맞팔 내일 가방이나 꾸릴까?

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Alors, on rigole ou on panique ?

Si le ton adopté dans ces vidéos est plutôt léger, le sujet est tout de même pris au sérieux. La chaîne de télévision sud-coréenne Channel A a même réservé mi-septembre une partie de l’un de ses journaux à ces "sacs de survie". Mais tout en précisant que le succès de ce type de kit est aussi dû au séisme qui a durement frappé le pays en 2016 et pas seulement à la Corée du Nord, comme l’explique L’Express, qui a pu traduire le passage.

D’un point de vue commercial, l’engouement se vérifie. Le 4 octobre, la Corée du Sud célébrera Chuseok, l’une des plus grandes fêtes nationales durant laquelle les familles se retrouvent et s’offrent généralement des cadeaux. Cette année, selon The Korea Herald, le principal quotidien sud-coréen de langue anglaise, les Sud-Coréens s’offriront, pour beaucoup, ces sacs de survie. "Il y a eu récemment une augmentation de la demande pour ces kits de survie", assurait cette semaine au journal Hong Soon-chul, responsable de l’équipe de communication d’Ebay en Corée du Sud.

Toujours d’après The Korea Herald, après le sixième essai nucléaire de son histoire de la Corée du Nord au début du mois de septembre, un autre site de vente en ligne, Auction, a vu augmenter le nombre d’achats de rations de combat de 77 % et ceux de radios portables de 46 %.

La semaine dernière, une société a également fait parler d’elle en distribuant des sacs de survie à ses employés, comme le rapporte l’agence de presse Yonhap.

En vertu d'un traité nucléaire signé en 1974, la Corée du Sud a interdiction de développer son propre programme nucléaire. Mais en cas d'attaque nord-coréenne, le pays du Matin calme, où sont déployés des milliers de soldats américains, sera en première ligne. Selon l’AFP la vie quotidienne à Séoul est marquée par le risque d’une attaque nord-coréenne. "Les stations de métro font aussi office d'abri et des masques à gaz y sont disponibles. Il y a des exercices de simulation d'attaque à peu près quatre fois l'an ", souligne l’agence.
Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet