Notre Observateur malien Boukary Konaté s’est éteint dimanche 17 septembre des suites d’une maladie. Il avait 40 ans. Il a marqué l’histoire des Observateurs par sa connaissance et son engagement dans la sauvegarde du patrimoine culturel malien
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Boukary Konaté faisait partie de ces Observateurs qui, à chaque conversation, pouvait vous apprendre quelque chose de nouveau, au détour de proverbes et de citations maliennes, tantôt en bambara, tantôt en français. Professeur de français et d'anglais dans un lycée de Bamako, il était connu sur les réseaux sociaux sous le nom de Fasokan ("la langue est ma patrie", en bambara) et aimait faire rayonner la culture malienne. En plus de sa collaboration avec France 24, il était aussi mondoblogueur sur RFI et contributeur de Global Voices. Son blog "Fasokan" avait reçu en 2012 le Prix spécial Éducation et Culture du concours Bobs (Best of the blogs, le meilleur des blogs) du média allemand Deutsche Welle.


Observateur depuis 2010, adepte des sujets étonnants

Son premier sujet traité sur les Observateurs de France 24, c’est en 2010 : Boukary pointait du doigt les problèmes d’accès à l’électricité qui touchaient certains quartiers de la capitale Bamako. Avec quelques photos, il nous avait montré une astuce utilisée par certains Maliens pour recharger leurs téléphones portables grâce à des motos chinoises de marque Jakarta.

"Quand les motos chinoises rechargent les téléphones maliens" - cliquez sur l'image pour relire l'article de Boukary Konaté

L’image insolite, c’était une des caractéristiques de notre Observateur. Comme ce jour de juin 2014, avant le début de la Coupe du monde de football, où il prend en photo un automate-humain dans les rues de Bamako qui l’intrigue. Il expliquera par la suite, un peu déçu : "Il ne fait pas ça pour la Coupe du monde de foot, il fait juste ça pour avoir de l’argent".


Des projets pour les autres

Boukary Konaté était quelqu’un qui donnait son temps aux autres. Le numérique le fascinait et il en avait fait une arme au service de la culture : en 2014, il a lancé le projet "Quand le village se réveille", un blog puis une page Facebook et une application smartphone où il recensait chaque semaine, avec des articles, des photos et des vidéos tous les aspects du patrimoine culturel malien. On peut notamment y apprendre à quoi servait un curieux bonnet dogon ou encore à quoi jouent les habitants dans les coins reculés de son pays. Le projet a séduit le ministère de la Culture et de l’Education du Mali, ainsi que les internautes, qui l’avaient soutenu lors d’une opération de levées de fonds sur Internet.

La marque de fabrique de Boukary Konaté, c’était surtout son temps donné aux autres. Impossible de compter le nombre de projets qu’il lançait ou souhaitait lancer. Des initiatives parfois abandonnées au bout de quelques semaines, faute de temps, comme par exemple une innovation numérique contre la fuite de sujet des examens du baccalauréat, sujet récurrent au Mali qui lui tenait pourtant à cœur.

"La parole des sages du Mali dans votre smartphone" - cliquez sur l'image pour découvrir le projet lancé par Boukary Konaté

Ses projets servaient surtout à diffuser ses connaissances lors d’ateliers de formation. À plusieurs reprises, Boukary Konaté s’était rendu dans les régions maliennes éloignées de la capitale pour former les jeunes générations aux bases du blogging et les sensibiliser sur l’importance de sauvegarder leur culture.


"La technologie peut apprendre à mieux lire"

En 2016, il avait lancé "Malebooks", projet auquel il croyait dur comme fer et qui visait à apporter la connaissance et les livres dans des régions du Mali où les bibliothèques manquent cruellement. Le projet a déjà permis de distribuer 48 liseuses contenant en moyenne 4 000 livres libres de droit, dans des écoles des régions de Ségou, Gao et Bamako, et à des élèves de 13 à 19 ans. Boukary expliquait :

"Aujourd’hui, nous lisons sans vraiment lire. Nous sommes tous connectés quotidiennement via les réseaux sociaux, nous lisons via des flux continu… De cette expérience, je retiens que la technologie peut apprendre à mieux lire, car l’outil demande à l’élève de prendre son temps. Et une liseuse peut avoir 4 000 livres. C’est comme si l’écolier se déplaçait avec une bibliothèque dans la main !"

"Quand une "bibliothèque virtuelle" amène la culture dans les zones rurales du Mali" - cliquez pour découvrir ce projet de Boukary Konaté

Boukary Konaté aimait dire "Quand un sage meurt, c’est une bibliothèque qui brûle". Sa sagesse était indéniable. Comme l’a justement écrit le blogueur malien Boubacar Sangaré, "[la] bibliothèque [de Boukary Konaté] n’a pas brûlé, car ce qu’il savait, il l’a partagé avec nous".

Son décès laisse un vide dans la famille des Observateurs, de même qu'auprès de tous ceux qui l'ont côtoyé, même à distance comme les journalises de notre rédaction. Nous nous associons à la peine de la famille et de ses proches. Nous rendrons hommage à Boukary Konaté dans notre prochaine émission, diffusée du 23 au 30 septembre.

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