Plusieurs vidéos tournées début septembre près de Walikale, au Nord-Kivu, témoignent de l’état catastrophique des routes autour de ce village en pleine saison des pluies. Un problème récurrent, qui a des conséquences économiques pour la population, expliquent nos Observateurs.

Faite de terre comme la très large majorité des routes de RDC, la route vers Walikale se transforme en véritable bourbier à chaque saison des pluies, entre août et octobre. Les images ont été postées sur Facebook la semaine dernière, tournées par une personne réalisant le trajet entre Walikale et Goma, et qui demande à garder l’anonymat. On y voit une route bardée d’énormes trous gorgés d’eau et dans lesquels s’engouffrent des camions chancelant, qui manquent de se renverser. Ces images témoignent de la galère dans laquelle s’engagent tous les véhicules qui passent par cette portion de route.


Une semaine pour 250 kilomètres

Selon Radio Okapi, autour de Walikale, les trous peuvent atteindre 20 mètres de long, 3 mètres de large et 1 mètre de profondeur, des dimensions qui semblent même en deçà de celles dont témoignent ces vidéos.


Cette situation enclave complètement la ville, déplore l’ONG Bedewa (Bureau d’Études et d’appui au
Développement du territoire de Walikale), qui a écrit un rapport sur le sujet cet été. "Walikale est un carrefour important placé au cœur de quatre provinces de l’est de la RDC "(Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema et Tshopo) qui "ouvre le Nord-Kivu aux villes et grands centres de Bukavu, Lubutu et Kisangani "est-il noté dans le rapport. Un potentiel inexploité selon Bedewa, car même hors saison des pluies, la route est difficilement praticable : il faut 8 heures pour relier Goma et Walikale, distantes de 250 kilomètres. Et en saison des pluies, ce trajet peut durer… une semaine, assure notre Observateur Prince Kahinga, secrétaire général de Bedewa. Pour lui, la qualité dramatique du réseau routier qui entoure Walikale enfonce le village dans la misère et l’insécurité.


"Un sac de ciment coûte trois fois plus cher à Walikale qu’à Goma"

L’état de la route a des répercussins dans tous les secteurs. Au niveau économique, le fait que le trajet depuis Goma soit aussi long ne fait qu’augmenter le prix des denrées. Un sac de ciment coûte par exemple 35 dollars à Walikale, contre 12 dollars à Goma. Conséquence bien sûr, on trouve moins de constructions solides à Walikale.

Pour les producteurs locaux, notamment les agriculteurs, il est très compliqué d’écouler leur surplus : le temps de les envoyer, des produits périment, ou alors ils sont vendus très cher. C’est une perte de revenu pour eux. L’hôpital de Walikale est mal approvisionné et les ONG humanitaires ont du mal à venir jusqu’ici. Niveau sécuritaire, Walikale sert de cachette à plusieurs groupes armés, qui savent qu’ils seront moins traqués ici qu’ailleurs.

À chaque saison des pluies, ces problèmes s’aggravent avec la dégradation de la route. Il faut attendre la fin de la saison, entre octobre et novembre, pour que ça s’améliore un peu…

La solution serait évidemment de construire une route en asphalte. Mais rien n’est fait. L’an dernier, les autorités du Nord Kivu avaient choisi Walikale pour célébrer le 56 e anniversaire de l’indépendance de la RDC. À cette occasion, la route avait été réhabilitée et des responsables avaient assuré qu’ils allaient prendre des mesures pour en améliorer l’état. Mais un an après, on est de retour à la case départ.

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"Des gens mettent deux semaines pour faire 350 kilomètres "

Notre Observateur Charly Kasareka, journaliste à Goma, connaît bien les routes du Nord-Kivu, qui ne sont pas bien meilleures qu’autour de Walikale assure-t-il.

La route qu’on voit sur les vidéos est une route d’argile, chaque année, les autorités la font refaire mais il y a un manque de moyens criant : c’est fait avec des pioches et des pelles, c’est totalement artisanal, du coup la route ne tient pas. Comme elle est de mauvaise qualité, il arrive que des camions se renversent, ou alors que d’autres soient bloqués, s’embourbent et doivent faire de complexes manœuvres pour se dégager, ou simplement faire demi-tour. Cela détériore la route, et contribue à creuser ces trous énormes.

Photo prise début septembre sur la route entre Rutsuru- Lubero (Butembo), postée sur Facebook.

Des camions arrivent à passer. Mais ce n’est pas toujours le cas, certains restent bloqués, et bloquent tout le monde derrière et devant eux. Par exemple entre Béni et Butembo, il y a 350 kilomètres. Normalement on met une journée pour y aller. Cet été, j’ai croisé des gens qui ont mis… deux semaines. C’est impensable.

Photo prise début septembre sur la route entre Rutsuru- Lubero (Butembo), postée sur Facebook

Quand un camion se renverse, ça demande un effort collectif pour le remettre sur ses roues. Les gens bloqués sur la route le vident au maximum de son chargement, puis avec des câbles, le relèvent…Ils ont des moyens dérisoires et souvent insuffisants, il faut alors attendre l’arrivée des renforts.


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Au Nord-Kivu, des habitants s’improvisent cantonniers pour alerter les autorités

En janvier dernier, Marie Claire Bangwene, administratrice du territoire de Walikale, avait réclamé un plan d’urgence au gouvernement pour la route autour de la ville. Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, un responsable de l’Office des routes au Nord-Kivu déclare que la route entre Goma et Walikale est "en stand-by" et "qu’une société ougandaise a été mandatée pour effectuer des travaux entre Walikale et Kibua (à environ 80 kilomètres)" sans être en mesure de dire quand ces travaux commenceront.

En 2009, la RDC a mis en place un Fonds national d’entretien routier (Foner), qui doit à moyen terme réhabiliter 5 % des routes du pays, soit 7 500 kilomètres sur un total de 152 400 kilomètres. Aujourd’hui, seuls environ 3 000 kilomètres sont revêtus.

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Article écrit en collaboration avec
Corentin Bainier

Corentin Bainier , Journalist