Depuis plus de vingt ans, "Zalé", habitant de Saint-Louis, apprend bénévolement à nager aux enfants du quartier de l’île Saint-Louis, au Sénégal, à l’aide de vieux bidons en plastique. Des cours informels mais indispensables dans cette ville côtière où les écoles de natation se font rares et les noyades fréquentes. Deux blogueurs viennent de repérer son initiative et interpellent les autorités pour que cette activité puisse être mieux encadrée.


Un sifflet autour du cou, Abdou Salam Diop, surnommé Zalé, s’installe trois à quatre fois par semaine au niveau du quai Bacre Waly Gueye, à Saint-Louis, pour s’adonner à son passe-temps favori : apprendre à nager aux enfants de ce quartier situé au nord de la ville. Sans piscine, ni ceinture ou bouée, les apprentis nageurs sautent à même le quai dans le fleuve Sénégal qui traverse la ville, avec pour seule protection un bidon en plastique usagé attaché à la taille.

Fin août, deux blogueurs, Thierno Dicko et Makhtar Ndiaye, sont partis à la rencontre de ce maître-nageur improvisé et ont publié sur les réseaux sociaux plusieurs photos et vidéos de ses cours. Dans cette ville entourée d’eau qui connaît régulièrement des noyades, l’initiative les a convaincus.


"Les enfants sautent directement depuis le quai dans une eau de 7 mètres de profondeur"

Bien décidés à ce que Zalé puisse exercer son activité dans de meilleures conditions, Thierno Dicko et Makhtar Ndiaye ont alors lancé sur les réseaux sociaux un appel au don de matériels, notamment de gilets de sauvetage, à l’aide du hashtag #desgiletspourzalé.


Pour Thierno Dicko, cette campagne a été un succès.

Cela faisait plusieurs années que je voyais ce monsieur avec les enfants sur le quai Bacre Waly Gueye, à Saint-Louis, mais je ne m’étais jamais vraiment intéressé à ce qu’il faisait. Finalement, un ami m’a parlé de lui et je suis parti à sa rencontre. J’ai été très étonné de voir que dans cette zone, tout le monde le connaissait. Selon les témoignages que j’ai pu recueillir, cela fait près de 20 ans que Zalé donne gratuitement des cours de natation sur ce quai.

Il utilise simplement des bidons qu’il attache à la taille des enfants à l’aide d’une ficelle. D’un côté, c’est salutaire : Saint-Louis est une ville cernée par l’eau où les berges ne sont pas du tout protégées et où la plupart des habitants ne savent pas nager, y compris les pêcheurs qui sont très nombreux. Il y a donc régulièrement des noyades. [La rédaction des Observateurs de France 24 n’a pas trouvé de chiffres exacts du nombre de noyades à Saint-Louis, mais la presse locale se fait régulièrement l’écho de ce type d’accidents, NDLR].

Il n’existe qu’une seule autre école de natation à Saint-Louis, qui s’entraîne également dans le fleuve faute de piscine dans la ville. Mais elle ne peut pas apprendre à nager à tout le monde et ne se situe pas au même endroit. Dans le quartier nord, il n’y a que Zalé, qui a par ailleurs acquis une très bonne réputation au fil des années.

"L’agence nationale des affaires maritimes a remis une dizaine de gilets de sauvetage"

Reste que le problème, c’est que ces cours de natation sont dangereux : les enfants sautent directement depuis le quai dans une eau à 7 mètres de profondeur, avec très peu de protection. Avec Makhtar Ndiaye, nous étions très étonnés de voir que ces cours n’ont jamais été encadrés par la ville alors même qu’ils existent depuis plusieurs années et qu’il n’y a pas vraiment d’autres solutions pour apprendre à nager. Du coup, nous avons lancé une campagne sur les réseaux sociaux pour interpeller les autorités et trouver une solution afin que Zalé puisse donner des cours en toute sécurité et avec le matériel adéquat.

Nos publications ont surtout été partagées chez les internautes de Saint-Louis et ont été repérées par l’Agence nationale des affaires maritimes (ANAM). Samedi 9 septembre, à peine notre appel lancé, ils sont venus rendre visite à Zalé durant l’un de ses cours et lui ont remis une dizaine de gilets de sauvetage. Par ailleurs, l’ANAM s’est engagée à participer à l’encadrement de ces cours de natation en mettant à disposition un Agent de Sécurité de Proximité [personne qui s’engage bénévolement pour la sécurité, NDLR]. Nous allons suivre cela pour vérifier l’application de cette promesse.


"La mairie n’a jamais mis en place de vraie politique sportive"

Makhtar Ndiaye voit même plus loin :

Nous souhaitons aider Zalé à ouvrir une école de natation officielle. Si un homme a pu apprendre seul à nager à des dizaines d’enfants pendant plusieurs années, c’est aussi parce que la mairie n’a jamais mis en place de vraie politique sportive. Par ailleurs, il ne me semble pas normal que notre ville ne dispose pas de piscine : il y a des enfants qui passent leur temps dans l’eau dans cette ville, mais qui ne pourront jamais faire de la natation de compétition et devenir des athlètes parce qu’ils ne s’entraînent jamais dans de vraies piscines. C’est du gâchis de talents.


Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet