Des photos montrant de supposés Rohingya en train de brûler leur maison circulent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Selon les autorités, elles prouveraient que les Rohingya auraient organisé leur propre persécution, pour sensibiliser à leur sort… Sauf que les clichés s’avèrent être une grossière mise en scène à des fins de propagande, comme l’ont révélé des activistes et un journaliste de la BBC.

Un journaliste de la BBC, Jonathan Head, a publié ce lundi 11 septembre un article dans lequel il raconte comment il a participé à un reportage très cadré par les autorités birmanes le 6 septembre, à Maungdaw, une ville de l’État de Rakhine, État où les Rohingya subissent depuis fin août une violente répression qui a contraint des centaines de milliers d’entre eux à fuir au Bangladesh.

Il explique que les journalistes ont été notamment amenés à un temple bouddhiste, où "un moine a affirmé que les Rohingya mettaient le feu à leur propre maison". Head et les journalistes se font remettre des photos censées appuyer cette affirmation, et montrant des Rohingyas en train d’incendier leur maison. Mais le journaliste de la BBC ajoute tout de suite : ces photos "paraissaient étranges".

Une des photos montrant de prétendus Rohingya mettant le feu à une maison.

"Qui aurait été assez stupide pour donner des preuves de son crime ?"

En l’occurrence, ces mêmes images ont été postées sur le groupe Facebook Rohingya Community mercredi 6 septembre, qui suit la situation des Rohingya. Il y est expliqué :

Notez la cape blanche que portent les protagonistes masculins. Ces capes sont toutes neuves. Les Rohingya ne portent pas ce genre de capes dans ces moments où ils sont entre la vie et la mort. Et même s’ils portaient ces capes musulmanes, elles ne seraient pas aussi propres et brillantes.

Les femmes sur les photos essayent de ressembler aux vraies femmes rohingyas en portant un hijab. Mais les femmes rohingyas ne portent jamais le hijab de cette façon. Il est très clair que les femmes sur les photos ne savent même pas comment porter un quelconque vêtement su leur tête.

Les hommes cachent leurs visages avec des masques. Aucun d’eux n’est de face et ne veut révéler son vrai visage. Et surtout : pourquoi donc quelqu’un serait assez stupide pour donner des preuves de son crime, en se laissant photographier sous tous les angles ?

La vérité : cette maison était celle d’une famille rohingya. Les membres de la famille ont probablement été tués ou obligés de fuir. Après cela, ces acteurs sont venus pour truquer la réalité.


Une femme prétendument rohingya met le feu à une maison.


“Les femmes portent des nappes sur la tête”

Dans son article ainsi, Jonathan Head va dans le même sens et ajoute des éléments qui mettent plus en cause encore les autorités birmanes.

Ce collage montre la femme présentée comme une Rohingya, puis qui témoigne ensuite comme Hindoue devant les journalistes.

Il montre ainsi que la femme qui porte un haut orange, un longyi gris et violet et un foulard blanc, que l’on voit en train d’incendier la maison, a également été… présentée au groupe de journalistes dans une école de Maungdaw qui servait d’abri à des familles hindoues ayant été déplacées à cause des violences des Rohingya. Elle a donc témoigné en tant qu’hindoue, victimes des abus des Rohingya. Il le prouve en images.

Deux photos que nous a envoyées un de nos Observateurs.

Un des hommes de la photo a lui aussi ensuite témoigné comme hindou devant les journalistes étrangers. Sur Facebook, Jonathan Head a posté ces images, dans un post partagé plus de 2 000 fois. Il écrit : "Je réalise que parmi les Hindous mis en place par le gouvernement pour être filmés et interviewés le 6 septembre à Maungdaw, il y avait deux personnes qui se sont habillées comme des musulmans pour les fausses photos qu’on nous a données ". Selon lui, le "jeu" des acteurs n’est "pas convaincant" et "les femmes portent de nappes sur la tête".



"Un nettoyage ethnique"

Selon les autorités birmanes, le 25 août, 150 rebelles de l’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA) (soit "l’Armée du salut des Rohingya de Rakhine ") ont attaqué une vingtaine de postes de police situés dans les cantons de Maungdaw, Buthidaung et Rathedaung de l'État de Rakhine. Au moins, 59 rebelles et 12 policiers birmans ont trouvé la mort dans ces affrontements, selon les autorités. En réponse, l’armée s’en prend aux Rohingya : des villages ont été brûlés et 300 000 Roghingya ont dû fuir au Bangladesh.

Une autre image montrant le femmes portant des "nappes sur la tête" mettant le feu à une maison.

Les Rohingya sont accusés par les autorités birmanes de s’en prendre aux populations hindoues et bouddhistes, ainsi qu’aux forces de l’ordre. Si ces photos sont clairement truquées, elles ne permettent cependant pas de contredire globalement ces accusations.

Le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, le Jordanien Zeid Ra'ad Al Hussein, a estimé le 11 septembre devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU que l’opération militaire de gouvernement birman était "un cas d’école de nettoyage ethnique".