Sur les plages de la bande de Gaza, dans les Territoires palestiniens, une odeur particulièrement nauséabonde dérange les habitants. La faute à des coupures d’électricité qui empêchent les stations d’épuration de fonctionner et obligent les autorités à libérer les eaux usées en mer. Notre Observateur raconte les conséquences, parfois gravissimes, pour la population.

Les habitants de Gaza ont l’habitude des coupures d’électricité : la durée normale d’accès à l’électricité est en moyenne de cinq à six heures par jour. Mais elle s’est fortement réduite depuis que la principale centrale électrique de la région a épuisé ses ressources en carburant en avril dernier, achetées avec de l’argent prêté par la Turquie et le Qatar.

Cette situation a des conséquences sur les stations d’épuration, qui ne peuvent plus traiter les eaux usées. Pour éviter que ces eaux débordent, elles sont rejetées dans la mer, le plus loin possible.

La station d'épuration Sheikh Ajlin. Photo de notre Observateur Ehab Elhelou.

Mais ces eaux intoxiquées reviennent parfois vers la plage avec le courant, et des conséquences dramatiques : en juillet dernier, un petit garçon de cinq ans est décédé 10 jours après avoir nagé dans l’eau d’une de ces plages à Gaza. Selon les médecins, la pollution de l’eau serait directement en cause, puisqu’il y aurait attrapé une bactérie provoquant un œdème du cerveau. Son père a déclaré dans les médias locaux : "Se baigner dans la mer est la seule solution d’échapper à la chaleur et à l’humidité, nous n’avons pas de courant, pas d’eau ou pas de climatisation dans nos maisons".

La situation est rendue d’autant plus difficile par les tensions politiques entre le gouvernement du Hamas, qui contrôle Gaza depuis 2007, et le gouvernement palestinien du président Mahmoud Abbas. Ce dernier a réduit drastiquement l’accès à l’électricité dans la zone entre mai et juin 2017 en refusant de payer l’approvisionnement électrique venant d’Israël. C’est grâce à un apport de l’Égypte que Gaza a pu retrouver accès à l’électricité, dans des proportions très modestes.

"L'eau est marron et on peut voir la crasse à la surface"

Notre Observateur Haithem Ghanem vit à Gaza, à proximité de la plage.

L’odeur est dégoûtante, c’est tellement pollué que parfois, on ne peut même pas mettre un pied dans l’eau. Cela fait sept ans que j’emmène mes enfants à la mer, pour qu’ils puissent se rafraîchir. Mais cette année, l’eau est marron et on peut voir la crasse à la surface.

Pour autant, les plages ne sont pas vides. Mais les gens vont juste marcher sur le sable, en se tenant au minimum à 50 mètres de la mer. Ceux qui veulent nager vont le plus loin possible de la rive en bateau. En tout cas, je ne laisserai jamais mes enfants se baigner dans cette eau.

Aujourd’hui, nous avons à peine 3 heures d’électricité par jour. Impossible de garder des aliments au frais, on a juste envie de boire de l’eau fraîche durant cet été qui est très chaud et se rafraîchir un peu [la température moyenne à Gaza a été d’environ 30 degrés cet été, NDLR].

La situation est rendue d’autant plus difficile par les tensions politiques entre le gouvernement du Hamas, qui contrôle Gaza depuis 2007, et le gouvernement palestinien du président Mahmoud Abbas. Ce dernier a réduit drastiquement l’accès à l’électricité dans la zone entre mai et juin 2017 en refusant de payer l’approvisionnement électrique venant d’Israël. C’est grâce à un apport de l’Égypte que Gaza a pu retrouver accès à l’électricité, dans des proportions très modestes.

La plage de Wadi Gaza . Photo de notre Observateur Ehab Elhelou.
"Même s'asseoir sur la plage est dangereux"

En août, la porte-parole pour les droits de l’Homme aux Nations unies, Ravina Shamdasani a alerté sur le "grave impact du manque d’électricité sur la santé, l’accès à l’eau et aux installations sanitaires". L’ONU estime qu’en moyenne 100 000 m3 d’eaux usées sont rejetés dans la mer chaque jour.

Une video d'eaux usées à Wadi Gaza. Video YouTube.

Ribhi El-Sheikh est le vice-président de l’autorité palestinienne de l’eau à Gaza.

Une partie de l’eau rejetée dans la mer est traitée, mais ce n’est pas suffisant : elle est toujours toxique. Le niveau normal de DBO [demande biochimique en oxygène, une mesure de la charge polluante de carbone des eaux usées, NDLR] est de 60 milligrammes. Dans ces eaux-là, on est à 300 milligrammes.

À Gaza, il existe 17 stations qui rejettent cette eau contaminée dans la mer, et les gens qui veulent aller nager essaient de le faire le plus loin possible de ces endroits. Il en existe aussi d’autres qui rejettent les eaux sous la mer, pas seulement sur la plage. Plus que cela, la pollution de l’eau peut contaminer le sable, et donc même s’asseoir sur la plage peut être dangereux.

Nous avons besoin d’au moins 450 mégawatts par jour pour permettre à nos installations de traitement des eaux usées de fonctionner. Actuellement, nous n’en avons que 100 à 150. Nous essayons de compenser cela par des générateurs, mais c’est une solution très coûteuse. D’autres personnes qui ont les moyens ont des pompes domestiques.
Article écrit en collaboration avec
Catherine Bennett

Catherine Bennett , Anglophone Journalist