Les trois passagers d’un taxi russe n’oublieront plus jamais de passer au distributeur avant de prendre une course. Incapables de régler leur trajet, ils ont été humiliés, le 27 août, par leur chauffeur, qui les a aspergés d’antiseptique vert ultra-tâchant. Ils garderont le visage vert pendant plusieurs jours…comme d’autres avant eux : des cas similaires ont fait scandale depuis le début de l’année, alors que cette punition avait jusque-là été réservée à plusieurs opposants de Valdimir Poutine.

La dernière vidéo a été publiée le 27 août. Dans la ville de Khabarovsk, située dans l'est de la Russie, un chauffeur de taxi a forcé ses passagers à s’enduire le visage de "zelyonka", ce produit cicatrisant conçu pour soigner les petites plaies et vendu dans toutes les pharmacies du pays pour moins d’un euro. Deux des trois passagers, des jeunes femmes, sont filmées en train de se badigeonner de zelyonka – visiblement sans leur consentement – alors que le chauffeur hilare leur donne des instructions, entouré d’un ou plusieurs autres hommes hors-champ. "Vous allez être sur YouTube aujourd’hui", se moque-t-il.

Vidéo montée par la rédaction des Observateurs de France 24, publiée sur les réseaux sociaux pour la première fois le 27 août 2017. 

Selon le journal en ligne Gazeta.ru, les autorités locales ont lancé une enquête bien qu’aucune plainte n’ait été déposée par les victimes. Les trois jeunes présents sur la vidéo n’auraient pas eu les moyens de payer les 365 roubles de la course (5,30 euros), ce qui aurait déclenché la colère du chauffeur. Le président de l’association locale des chauffeurs de taxi a par ailleurs signalé que l’entreprise qui l’employait avait cessé toute collaboration avec les chauffeurs présents dans la vidéo.

En février et mars 2017, deux vidéos similaires avaient fait scandale sur les réseaux sociaux : la première montrait un chauffeur s’en prendre à un client ivre en Sibérie et la seconde, tournée dans la région d’Omsk (sud), trois clients forcés de se mettre du "zelyonka" et de rejoindre leur destination à pied, dans la neige. D’autres cas ont été répertoriés en 2014, dans la région de Nijni Novgorod (ouest).

Avant de devenir une arme prisée de certains chauffeurs de taxis, ce produit a été utilisé pour "marquer "et agresser des opposants politiques, et des journalistes depuis le début des années 2010, en Russie et en Ukraine. Depuis 2008, Wikipédia recense 36 agressions au "zelyonka" dans ces deux pays.

Agressé une première fois en mars 2017, le militant anti-corruption et candidat à la présidentielle a reçu le produit au visage une deuxième fois en avril. Selon lui, le produit était cette fois mélangé à des produits chimiques et lui aurait fait perdre 80 % de sa vision à l’œil droit.

Le dernier en date est Alexeï Navalny, qui avait dû se faire opérer en Espagne afin de recouvrer la vue à un œil après son agression.

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