Le groupe Democratoz réalisé un clip sur l’itinéraire d’une jeune fille migrante subsaharienne qui rencontre toutes les difficultés pour s’intégrer dans la société algérienne. Une démarche nécessaire selon son auteur, en réponse au racisme ambiant et à des récentes campagnes anti-migrant.

Pendant 7 minutes, le clip, sur une musique aux influences de diwane, de reaggae et de rythme afros, montre le quotidien d’une jeune fille anonyme, migrante d’Afrique subsaharienne qui fuit en Algérie pour échapper à la guerre, après la mort de ses proches. Mais sur place, l’espoir d’une nouvelle vie fait face aux regards défiants, aux moqueries, voire aux agressions commises par des Algériens.

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Composée par Démocratoz, groupe algérien basé à Oran, la chanson est une réponse à une campagne virulente née sur les réseaux sociaux durant l’été 2017 sous le hashtag #لا_للافارقه_في_الجزاير "Non aux Africains en Algérie" et lancée le jour de la journée mondiale des réfugiés le 20 juin.

"Nous appartenons à un même continent. Dire : ‘dehors les Africains’, ça n’a pas de sens."

Très en colère après cette campagne, le chanteur algérien Sadek Bouzinou a voulu répliquer en écrivant cette chanson.

Cette campagne était d’une violence absolument incroyable : c’est comme si la parole s’était libérée d’un coup. On n’a pas bien compris son origine : certains de mes contacts avaient évoqué une réponse à une affaire de viol d’une Algérienne par des migrants, d’autres affaires ont été évoquées mais aucune de ces histoires n’a été corroborée. Sur internet, c’était un flot de réactions racistes, dont personne ne connaissait vraiment l’origine ou la raison.

Je suis Algérien, né à Oran, et ce type de réaction, ce n’est pas digne de notre nation. Nous sommes une terre d’accueil, des gens chaleureux. J’ai voulu faire une musique pour rappeler que nous appartenons à un même continent, et que dire "Dehors les Africains ", ça n’a pas de sens.

La campagne avait créé un vif débat en Algérie, puisque plusieurs personnalités politiques proches du président Bouteflika en avaient profité pour critiquer les migrants subsahariens, accusés de "violences contre les Algériens" et d’être une "source de crimes, drogue et autres fléaux".

Dans le clip, un enfant algérien veut donner une chips à la jeune fille subsaharienne, mais sa mère l'en empêche.

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À l’image du message porté par Sadek Bouzini, beaucoup d’Algériens avaient cependant tourné en dérision la campagne anti-migrants, en affichant leur amitié avec des Noirs africains. 




"Je fais ce clip pour que les Algériens réagissent"

Dans le clip, je parle de l’histoire d’une jeune fille, mais qui pourrait être celle de n’importe quel migrant subsaharien. Personne ne lui tend la main, elle fait face à toutes sortes d’humiliations. Son cas, c’est celui de nombreux enfants qui sont ici et qui ne peuvent pas aller à l’école, car ils n’ont pas de statut légal. Pourtant, certains de ces enfants font peut-être partie de la société algérienne de demain.

Durant tout le clip, la jeune fille est suivie par des personnes, avec des t-shirt avec un cœur rouge, mais elle ne les remarque pas. Pourquoi ? Parce qu’elle vit des situations injustes qui font qu’elle n’a plus confiance. Ces migrants subsahariens ont tout perdu et sont souvent à la recherche d’une nouvelle famille.

Tout au long du clip, des personnes bienveillantes, avec des coeurs sur leur t-shirt, poursuivent la jeune fille. Mais elle ne les remarquera qu'à l'issue de l'histoire.

Ce que je fais, c’est pour les Algériens. Je veux qu’ils fassent quelque chose pour les migrants, ne tombent pas dans des réactions dictées par la peur. Je ne dis pas que tout est parfait, car bien entendu, certains migrants ne souhaitent pas s’intégrer et d’autres s’orientent vers des trafics illicites. Mais beaucoup méritent notre attention, ils sont une chance pour notre pays si nous leur tendons la main.

Sadek Bouzinou explique que cet épisode lui a donné l’envie de développer plusieurs projets, notamment une compilation uniquement composée de chansons avec des artistes-migrants subsahariens.

La loi algérienne particulièrement défavorable aux migrants

Selon des chiffres de plusieurs ONG, mais non-officiels, il y aurait plus de 100 000 migrants d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale présents, travaillant ou circulant en Algérie.

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Comme l’explique Jeune Afrique, la principale particularité de la gestion des migrants en Algérie réside dans l’inscription au pénal de l’immigration illégale. Leur entrée sur le territoire algérien est pénalisée, tout comme le séjour et la sortie irrégulière du territoire algérien.

Les migrants sont donc plus vulnérables : ils ne peuvent pas porter plainte lorsqu’ils subissent des violences ou des agressions, sans prendre le risque d’être poursuivis sous le chef d’inculpation "d’immigration clandestine". Par ailleurs, l’Algérie ne possède pas de législation nationale concernant le statut des réfugiés et des demandeurs d’asile.

Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone