Une loi interdisant l’utilisation de sacs en plastique est entrée en vigueur au Kenya le 28 août. Réclamée par les défenseurs de l’environnement, cette interdiction pourrait compliquer la vie dans les bidonvilles où les sacs en plastique sont très utilisés comme "toilettes volantes "par les personnes qui n’ont pas accès à des latrines ou ne peuvent se payer de toilettes publiques.

Les supermarchés se sont vus demander de vider leur stock de sacs avant la date d’entrée en vigueur. La loi doit permettre de réduire la pollution engendrée par les sacs en plastique et les dommages qu’ils causent sur la faune et l’écosystème en général. La sanction prévue à toute personne qui enfreindrait cette interdiction va jusqu’à 4 millions de shillings [32 000 euros] d’amende, voire deux ans de prison.

Le Kenya n’est pas le premier pays à mettre en place une interdiction totale des sacs en plastique : le Rwanda, le Bangladesh, la Chine, Taiwan ou la Macédoine en ont déjà fait de même. D’autres pays les taxent, ou les interdisent partiellement.

Photo :  Clean Up Kenya.

Les animaux marins s’étranglent avec les sacs en plastique

Le Kenya fait face à un vrai problème de pollution plastique, depuis des années. Par exemple, les sacs en plastique qui se retrouvent dans la mer étranglent ou étouffent des animaux. Sur terre, des sacs ont même été retrouvés dans des estomacs de vaches lors de leur abattage.

Autour des villes, les rivières débordent de détritus et de sacs en plastique. Et dans certains bidonvilles, les sacs plastiques sont partout, y compris remplis… d’excréments. Car faute de toilettes ou de moyens pour accéder à des toilettes, c’est la seule solution pour évacuer ses besoins. C’est le cas notamment à Kibera, le plus important bidonville d’Afrique, en bordure de Nairobi. C’est là qu’a grandi notre Observateur Daniel Otundo.


L'interdiction pourrait aussi affecter l'économie; selon l'Association kényane des manufacturiers, elle menace des milliers d'emplois.


"On fait ses besoins dans un sachet plastique et on le jette dans la rivière"

Ce n’est pas simple de vivre à Kibera. Ça devient de plus en plus peuplé et plus c’est peuplé, plus c’est pollué. Les gens construisent des maisons en terre sans bloc sanitaire. Ils utilisent ce qu’ils appellent des toilettes volantes. On fait ses besoins dans un sachet plastique, et quand la nuit tombe vers 21 h ou 22 h, on jette le sac dans la rivière Nairobi, n’importe où, juste loin de chez soi. Évidemment, ce geste n’est bon ni pour l’environnement ni l’hygiène. Mais les gens s’en fichent, ils ne pensent pas à l’hygiène.


Ils utilisent aussi des pots et des boîtes en plastique, notamment ceux qui ont servi auparavant pour stocker de la graisse de cuisson. On les utilise comme toilettes de maison et puis on s’en débarrasse après la tombée de la nuit. Je pense que les gens vont plus les utiliser désormais. Quoiqu’il en soit, pour le moment, les sacs en plastique sont toujours accessibles, donc les gens ne prennent pas en compte l’interdiction. Aucune alternative ne leur a été proposée.

Les réactions sont assez variées. En général, les gens accueillent cette interdiction plutôt positivement mais ne sont pas contents de la façon dont elle a été mise en place, ils trouvent que ça manque d’attention envers eux. Ceux qui ont des petits commerces ou qui travaillent des usines de plastiques sont par ailleurs très affectés.

"Personne ne nettoie les détritus dans les bidonvilles"

David Machio vit à Nairobi et s’est rendu à Kibra de nombreuses fois.

Quand vous regardez Kibera, vous vous demandez comment des êtres humains peuvent survivre dans de telles conditions. C’est sale, il y a des sacs plastique partout, des piles de toilettes volantes et de détritus… Personne ne vient nettoyer ça. Le gouvernement avait commencé à construire des toilettes publiques mais ça n’a jamais vraiment abouti, à cause de problèmes politiques. En fait Kibera est plutôt favorable à l’opposition et donc le gouvernement précédent [le Kenya est actuellement en train d’élire son prochain président, NDLR] n’a pas fait beaucoup d’efforts pour ce quartier. Des ONG essayent d’aider mais elles ne peuvent pas beaucoup.


En somme, il n’y a pas assez de toilettes publiques et celles qui sont là sont payantes. Les seules personnes qui les utilisent sont celles qui ont des business dans le coin. Les habitants ne le font pas. Il faut dire qu’elles sont très sales. L’argent utilisé pour les nettoyer est censé être destiné à leur entretien mais à cause de problèmes de corruption, on se retrouve avec des toilettes qui n’ont pas les standards d’hygiène qu’on attendrait de toilettes publiques. Parfois, on vous fait même payer un petit bout de papier toilette, donc beaucoup de gens n’en utilisent pas… L’autre problème avec ces toilettes est qu’elles ouvrent le matin et ferment le soir, donc la nuit, elles ne sont pas accessibles.

Photo : Clean Up Kenya.

Ça va être très difficile pour les gens d’arrêter d’utiliser des sacs en plastique parce qu’ils n’ont pas d’autres options. Je suis favorable à l’interdiction des sacs en plastique, mais i faut voir comment elle sera mise en place. Les gens ont carrément peur de se faire arrêter s’ils marchent avec un sac plastique. Ou que des officiers de police corrompus s’en servent d’excuse pour les arrêter. Pourtant ils n’ont d’autres choix pour le moment.
Article écrit en collaboration avec
Catherine Bennett

Catherine Bennett , Anglophone Journalist