Des militaires de l’armée congolaise ont pénétré lundi 28 août dans l’enceinte de la base de la mission des Nations Unies de Kananga, ville du Kasaï-central, alors qu’ils tentaient d’arrêter un journaliste qui s’y était réfugié. Un témoin raconte la scène, qui constitue selon lui une "violation du droit international".

Alors qu’ils étaient dans leurs bureaux, les membres du personnel de la Monusco (Mission des Nations Unies pour la stabilité en RD Congo) entendent du vacarme dans la cour de leur enceinte. Marcel K. (pseudonyme), un employé de la Monusco, jette un coup d’œil dehors.


"Les militaires ont menacé de tirer sur le personnel de la Monusco"

Nous avons vu plusieurs militaires arriver en criant et qui ont forcé l’entrée de la mission. Ils cherchaient un journaliste, appelé Diyi Tshitenge, qu’ils avaient vu entrer dans notre base. Ils l’accusaient d’avoir organisé une réunion à Kananga pour présenter un manifeste, signé à Paris par plusieurs associations de la société civile congolaise, et qui demandait une "transition citoyenne "au niveau du pouvoir congolais [le journaliste est connu pour être un opposant au président congolais, Joseph Kabila, NDLR].


Dans le groupe de militaires, il y avait le général Marcelin Assumani [le commandant des opérations de l’armée dans la région du Kasaï, NDLR]. Lui et ses hommes étaient très menaçants, ils ont mis en évidence leurs armes et ont menacé de nous tirer dessus si nous ne livrions pas le journaliste. Ce dernier a réussi à se cacher. Les militaires ont fouillé le bâtiment, mais ils ne l’ont pas trouvé. Des policiers des Nations Unies ont finalement réussi à les repousser en dehors de l’enceinte. Le journaliste n’a pas été arrêté.

Nous avons eu très peur : beaucoup de mes collègues se sont enfuis, l’échange avec les policiers des Nations Unies a été très tendu. Selon les accords signés par la République démocratique du Congo avec les Nations Unies, un militaire n’a pas le droit de se rendre dans les locaux de l’ONU avec son arme. Ce qu’il s’est passé est une violation du droit international.



"Un très grave incident "selon la Monusco

Vingt-quatre heures après l’incident, la Monusco a publié un long communiqué condamnant la violation de la propriété des Nations Unies à Kananga et se disant "très préoccupée par ce très grave incident qui s’est déroulé sous le commandement direct d’un officier supérieur". Le Représentant spécial en RDC du Secrétaire général des Nations-Unies, Maman Sidikou, a demandé au gouvernement congolais "de s’assurer que les responsables de cet incident répondent de leurs actes". Il a également fait part de sa "préoccupation face à la restriction de l’espace dans lequel les journalistes peuvent exercer leur métier en RDC".

Pour le gouvernement congolais "si un criminel trouve refuge dans la Monusco, ça devient préoccupant "

Interrogé sur l’incident, le porte-parole du gouvernement Lambert Mende a expliqué que le journaliste était poursuivi pour "infraction de constitution de groupes armés" et que ce n’est que "à l’intérieur du bâtiment de la Monusco qu’il a brandi une carte de journaliste".

Selon lui, les militaires se seraient "arrêtés à l’extérieur sans entrer" et n’auraient "pas forcé les portes de la Monusco", une version battue en brèche par les images où on voit clairement les militaires dans l’enceinte du bâtiment. Il a également ajouté : "Si un criminel trouve refuge dans les installations de la Monusco, ça devient préoccupant. La Monusco doit remettre cette personne à la justice pour qu’elle soit poursuivie".

Les enceintes des Nations-Unies sont parfois des lieux de refuges pour les manifestants qui souhaitent échapper à la police congolaise, car ses locaux sont réputés inviolables. A Goma en mars 2016, nos Observateurs avaient rapporté que des policiers avaient poursuivi des manifestants jusque devant l’enceinte de la Monusco sans pour autant y rentrer.

La République démocratique du Congo se trouve dans une impasse politique :  le président Kabila, dont le mandat est terminé depuis le 20 décembre 2016, s'accroche au pouvoir, alors que la Constitution actuelle lui interdit de se représenter. Initialement, l'élection devait être organisée avant la fin de l'année 2017, mais cette hypothèse semble de plus en plus incertaine. Des pourparlers ont lieu depuis plusieurs mois entre des représentants des différentes tendances politiques, sans pour autant parvenir à aboutir à un calendrier.

Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone