Son œil gauche est gonflé, fermé, cerné d’un bleu. Elle tente de maintenir l’autre ouvert, avec sa main. Butahina est une petite Yéménite, elle a 4 ans, et le 25 août, l’immeuble dans lequel elle se trouvait à Sanaa, la capitale, a été bombardé par la coalition saoudienne. Elle est la seule survivante. Sa photo, à briser le cœur, est devenue virale sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes imitent sa pose, pour dénoncer l’horreur du conflit.

Bouthaina Mansour souffre de contusions et de plusieurs fractures au crâne. Mais elle vivante et ses jours ne sont pas en danger, affirment les médecins. Tous les autres occupants de l’immeuble sont morts, dont ses parents, cinq frères et sœurs et un de ses oncles... Ainsi que six autres personnes au moins.

Des internautes ont été émus par l’histoire terrible de Bouthaina, et ont commencé à se prendre en photo dans la même pose qu’elle, puis à poster leur cliché sur Twitter et Facebook avec notamment le hashtag #لعيون_بثينه, que l’on peut traduire par "pour les yeux de Bouthaina". En arabe, l’expression "pour les yeux de" peut aussi signifier l’idée de faire quelque chose pour ou en hommage à quelqu’un.



Une sélection d'images sur Twitter.







Depuis 2015, un conflit oppose une coalition menée par l’Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite, et les rebelles chiites houthis, alliés à l’ancien président du pays. La coalition a admis que la frappe aérienne était une "erreur technique" et son porte-parole a exprimé ses "sincères condoléances" aux familles de ceux qui ont été tués.

C’était l’une des dernières d’une série de bombardements conduite sur des zones résidentielles. Les rebelles houthis sont accusés d’installer des campements militaires au milieu de la population, afin de faire des habitants "des boucliers humains".

Le conflit au Yémen a fait 8 400 morts et 48 000 blessés depuis 2015. Il a causé une épidémie de choléra qui a fait 2 000 morts. La famine menace plusieurs régions du pays.

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Des ONG comme Human Rights Watch, et des associations ont envoyé une lettre au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU mardi, pour demander l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violations commises au Yémen. 
Article écrit en collaboration avec
Catherine Bennett

Catherine Bennett , Anglophone Journalist