L’armée birmane mène depuis samedi une opération de représailles d’une rare brutalité contre les musulmans issus de la minorité rohingya, dans l’ouest du pays. Les habitants de plusieurs villages sont accusés de soutenir un groupe rebelle musulman, qui a mené une attaque contre des postes de police, vendredi 25 août. Terrifiés, des milliers d’entre eux se sont précipités vers la frontière avec le Bangladesh, malgré l’extrême dangerosité du trajet, sous le feu des militaires.

Vendredi 25 août, 150 rebelles de l’Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA) (soit "l’Armée du salut des Rohingyas de Rakhine ") ont attaqué une vingtaine de postes de police situés dans les cantons de Maungdaw, Buthidaung et Rathedaung de l'État de Rakhine. Au moins, 59 rebelles et 12 policiers birmans ont trouvé la mort dans ces affrontements, selon les autorités.

En réponse, l’armée birmane a lancé une expédition punitive particulièrement atroce dans les villages musulmans : maisons incendiées, pillages, exécutions sommaires. Ceux qui ont réussi à fuir à temps, ont pris la route vers la frontière bangladaise.

Minorité opprimée depuis plusieurs années en Birmanie, les Rohingyas n'ont pas accès aux hôpitaux, au marché du travail, aux écoles et sont apatrides, dépourvus de tous droits civiques, même si certains vivent dans ce pays depuis plusieurs générations.

Depuis le 25 août, près de 9 000 civils rohingyas sont parvenus à trouver refuge au Bangladesh selon des responsables rohingyas. Mais les gardes-frontières ont refusé l’entrée à des milliers d’autres civils, dont des femmes et des enfants, qui se sont retrouvés pris au piège, à portée de tir des militaires Birmans.
Des civils rohingyas tentent de traverser le fleuve Naf qui marque la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh.

Des déplacés Rohingya recevant de l'aide humanitaire à la frontière avec le Bangladesh.

"Les militaires paradent avec les corps des personnes à l’arrière des véhicules"

Notre Observateur, Myint, habite dans le district numéro 4, au sud de Buthidaung. Il n’a pas réussi à fuir avant l’arrivée des militaires et vi cloîtré chez lui depuis plusieurs jours.

Je n’ai nulle part où aller, les militaires sont partout. Ils sont en train de patrouiller dans la ville. S’ils me croisent dans la rue, ils me tueront, car ils vont m’accuser d’être un combattant de la rébellion.

Quand ils entrent dans un village ou un quartier, ils incendient les maisons une à une, puis se mettent à tirer sur ceux qui s’enfuient, hommes, femmes, enfants, sans distinction.

Vidéo montrant un village Rohingya incendiés.


Dans ma zone, au nord de Buthidaung, ils ont incendié et pillé sept villages. Dans les villages de Maung Nu Hamlet et Chin Thama, ils ont tué plusieurs personnes, dont mes cousins et mon oncle. Beaucoup de personnes sont encore portées disparues. Parfois, ils paradent avec les corps des personnes à l’arrière des véhicules pour nous effrayer.
Il ne reste aucun rebelle de l’ARSA dans mon village. Ils se sont enfuis dans la nuit de lundi à mardi [28 - 29 août]. Mais les militaires ne font pas de distinction, ils tirent sur tout ce qui bouge.

"Pour éviter d’être repérés, nous marchons uniquement de nuit"

Notre Observateur, Hussein A., a décidé de tenter quand même sa chance à la frontière. Avec des dizaines d’autres villageois, il a fui son village situé près de la Buthidaung, ce lundi 28 août. Il a 22 ans, et est père de quatre enfants.

Nous sommes actuellement cachés dans les collines qui mènent vers la frontière. Celle-ci est encore loin, elle est située à une cinquantaine de kilomètres. À partir de cette nuit [mercredi 30 août], nous commencerons à marcher pour tenter de la rejoindre. Nous avons emmené quelques vêtements, et des sacs de riz qui nous permettront de tenir quelques jours. Avec nous, il y a beaucoup de femmes et d’enfants.

Les militaires sont venus lundi [28 août] dans mon village, près de la Buthidaung. Ils ont incendié les maisons et tiré à vue, tuant plusieurs habitants.

Des centaines de Rohingyas se sont réfugiés dans la forêt pour échapper aux exactions de l’armée birmane.


Nous devons rester très prudents car l’armée est en train de ratisser la zone, et elle continue de pilonner les collines au mortier. Pour éviter d’être repérés, nous marchons uniquement de nuit. Nous parlons à voix basse, nous nous efforçons de faire le minimum de bruit.

Atteindre le Bangladesh est notre autre unique chance d’échapper à la mort. Si les autorités de ce pays nous empêchent de passer, nous sommes fichus.

Les Rohingyas qui tentent de fuir le pays sont traqués sans répit, jusqu’au poste frontière. Samedi 27 août, les militaires birmans ont tiré au mortier et à la mitrailleuse sur des civils qui tentaient de franchir le fleuve qui sépare les deux pays, sous le regard des gardes-frontières bangladais.