Pour défendre le droit à avorter, des activistes américains ont intensifié depuis plusieurs semaines leur combat contre des cliniques un peu particulières : baptisées "centre de crise en cas de grossesse ", ces cliniques, souvent tenues par des
chrétiens anti-avortement, se présentent comme des établissements médicaux. Elles ont pourtant des pratiques bien éloignées d’un centre de soin et transmettent de fausses informations à leurs patientes.

Ces cliniques s’appellent des "crisis pregnancy centres" (CPC ou "centre de crise en cas de grossesse" en français). Leur objectif : accueillir les femmes enceintes pour leur proposer une écoute et des conseils face à leur grossesse. Elles sont reconnaissables à leurs panneaux écrits en lettres majuscules expliquant "avoir ce qu’il faut" pour les femmes enceintes, ou leur proposer des "options "imitant les panneaux des centres de santé classiques.

Des activistes pro-IVG manifestent devant une de ces cliniques.

Ces cliniques sont dans le collimateur des associations de défense du droit à l’avortement. Une campagne nationale lancée le 17 juillet sous le hashtag #ExposeFakeClinics ("montrons les fausses cliniques" en français) souhaite dénoncer leurs pratiques : sous l’apparence de vrais établissement médicaux, elles transmettraient de fausses informations à leur patientes systématiquement dans le but de les dissuader d’avorter.

#exposefakeclinics #asseeninnewyork @calloutfakeclinics @lpjleague

Une publication partagée par Feminist Flag Corps (@feministflagcorps) le

Sur le panneau, une jeune femme a écrit : "Ils ne vous diront pas la vérité sur votre grossesse !".

"Certaines cliniques utilisent des pratiques discutables, mais pas toutes"

"Les réponses ont pour objectif de culpabiliser les femmes enceintes"

Nathalie K. (pseudonyme) a participé avec Naral, une association pro-avortement américaine, à une expérience comme agent infiltré : elle s’est rendue dans une quinzaine de ces cliniques pour en savoir plus sur leurs pratiques.

J’ai inventé une histoire pour me faire passer pour une jeune fille enceinte : j’ai dit que j’avais 25 ans, que j’étais encore étudiante, et que je ne savais pas si j’avais les moyens de garder l’enfant. Je suis venue avec un échantillon d’urine d’une amie qui l’était réellement pour que ça soit plus crédible. Parfois, je venais avec un garçon qui jouait le rôle de mon petit-ami.

Je posais des questions très vagues du genre "quelles sont mes options ?". En général, les réponses étaient très alarmistes et tentaient de nous faire culpabiliser : le personnel fait référence au fœtus en le désignant comme "votre enfant". Ils vous disent de penser à votre grand-mère en parlant de votre mère. Ils utilisent l’émotion pour vous faire vaciller.

"Le but est d’introduire la confusion dans l'esprit des femmes enceintes avec de fausses informations"

Et surtout, ils mentent : par exemple, ils m’ont expliqué que j’augmentais mes risques de cancer du sein si j’avortais, que j’amoindrissais mes chances d’avoir un enfant, ou encore que les statistiques montraient que les femmes qui ont recourt à l’IVG ont plus de chance de se suicider. Plus grave : ils donnent des conseils sanitaires totalement faux. Ils m’ont par exemple dit que je pouvais prendre la décision d’avorter n’importe quand, même au bout de neuf mois ! Les derniers mensonges sont d’ordre financier : ils affirment que l’État paiera quoi qu’il arrive pour l’éducation de mon futur enfant et qu’il ne faut pas s’inquiéter pour ça.

Avec le slogan "Ils ne donnent aucun fait !", des activistes se mobilisent contre ces cliniques.

Cette expérience incognito m’a permis de voir que la plupart de ces "centres de crise "ne transmettent pas d’informations médicales ou factuelles vérifiées. Ce n’est pas le cas de toutes, mais le but est d’introduire une confusion dans l’esprit de la femme.

Une cliente d'un centre d'urgence pour grossesse explique que la clinique lui a proposé de faire une échographie "pour le fun".