Après plusieurs mois de combats, les autorités saoudiennes ont annoncé mardi 8 août avoir délogé tous les insurgés chiites qui étaient retranchés dans la ville d’al-Awamiya, dans l’est de l’Arabie saoudite. Pour fêter cette victoire, les forces spéciales se sont filmées en train de danser et de chanter devant leurs blindés. Dans l’euphorie de la célébration, un des soldats s’est laissé aller à des insultes racistes à l’encontre des chiites.

La vidéo a été relayée le 8 août sur des comptes Twitter proches des services de sécurité. Un soldat filme une mosquée dans le quartier historique d’al-Moussawara, devenu le bastion des insurgés chiites ces derniers mois. En montrant la salle de prière, le militaire lâche : "Ici, on est dans une mosquée de chiites, (…) des fils de chiens." Puis, il se dirige vers la sortie et filme ses camardes qui dansent à proximité des blindés.


Ces propos gênent les autorités saoudiennes : depuis plusieurs mois, elles ne cessent de nier les accusations de racisme anti-chiite dont elles font l’objet de la part des ONG de défense des droits de l’Homme ces derniers mois. Le ministère de l’Intérieur a annoncé dans un communiqué l’arrestation du soldat incriminé, précisant qu’une enquête est en cours et qu’une sanction sera prononcée.

Le portrait d’un leader chiite piétiné

Des habitants de la ville proche d’al-Qatif, également à majorité chiite, ont signalé à France 24 une autre vidéo considérée comme très insultante envers leur communauté. Diffusées mardi 8 août, ces images montrent des soldats en train de piétiner le portrait de cheikh Nimr à l’intérieur d’une "Husseyniyeh ", une salle de cérémonie chiite.


Originaire d’al-Awamiya, cheikh Nimr était le plus important leader chiite d’Arabie saoudite. Très critique envers la famille royale, il avait été condamné à mort notamment pour terrorisme et exécuté en janvier 2016.

La ville d’al-Awamiya connait régulièrement des soulèvements depuis février 2011. Au cours de ces affrontements, les insurgés ont pris l’habitude de se réfugier dans le quartier d’al-Moussawara, dont la topographie - des ruelles étroites et une forte densité de logements - est propice aux techniques de guérilla urbaine. Pour chasser les rebelles, les autorités saoudiennes ont décidé en mai 2017 de raser tout ce quartier, et de construire des immeubles modernes à la place.

La destruction du quartier et l’intensification des combats ont forcé ces dernières semaines les deux tiers de la population, soit environ 20 000 personnes, à fuir vers les villes voisines.

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Article écrit en collaboration avec

Djamel Belayachi , Journaliste