Une belle montre, une grosse bague et des liasses de billets : ce sont les richesses exhibées par le fils d’un sénateur camerounais, membre du parti présidentiel, dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux depuis le 7 août. Des images "indécentes" pour de nombreux internautes – dans un pays où plus d'un tiers de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté –  et "décevantes" pour son père.

Cette vidéo a été diffusée sur les comptes Facebook de plusieurs activistes camerounais, où elle comptabilise plus de 50 000 vues.

Vidéo diffusée sur Facebook et éditée par France 24. Il a été choisi de ne pas montrer le visage du jeune homme, dans la mesure où cette vidéo a d'abord été diffusée auprès d'un cercle restreint de contacts, en privé.

Le jeune homme que l’on voit sur ces images s’appelle Hamadjoda Nana. Il s’agit de l’un des fils du sénateur Baba Hamadou, ex-ministre du Tourisme et membre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti du président Paul Biya.

Ce n’est pas la première fois que le fils de ce responsable politique exhibe sa fortune. Sur son compte Facebook, une photo le montre ainsi à côté de liasses de billets :

Photo publiée sur le
compte Facebook de Hamadjoda Nana.

Selon les internautes ayant diffusé la vidéo, ce jeune homme serait encore étudiant, bien que ce dernier indique sur sa page Facebook être le "président-directeur général" de la "Nana Poku Group of Companies (NPGC)". Aucune trace de cette entreprise n’existe toutefois sur Internet.

Toujours selon ces internautes, c’est Hamadjoda Nana lui-même qui aurait diffusé la vidéo auprès d’un cercle de contacts restreint, avant qu’elle ne soit divulguée sur Facebook.


Un comportement "indécent" pour les internautes

Beaucoup d’internautes ont critiqué le fait d'exhiber tant de richesses, alors que nombre de Camerounais vivent dans la misère. Selon l’Institut national de la statistique du Cameroun, 37,5 % de la population vivait en-dessous du seuil de pauvreté en 2014.


D’autres ont estimé que son comportement était totalement "stupide".



Certains internautes se sont également demandé quelle était l'origine de cet argent, évoquant des soupçons de corruption. Aucune preuve ne permet toutefois de confirmer ces allégations, bien que le Cameroun soit l’un des pays les plus corrompus au monde (145e sur 176 pays, selon l’ONG Transparency International).


Enfin, d’autres Camerounais ont préféré réagir avec humour, à l’image de celui-ci.



"Je suis très déçu"

Joint par la rédaction des Observateurs de France 24, Baba Hamadou, le père d’Hamadjoda Nana, a confirmé qu'il s'agissait bien de son fils, et a indiqué :

Je suis très déçu et très surpris par cette vidéo, car il n’y a pas d’exhibition dans notre culture : l’homme peul est discret et humble, même s’il est riche. Des connaissances m’ont d’ailleurs appelé après avoir vu cette vidéo pour me faire part de leur surprise et je les comprends.

J’ai dit à mon fils de voir ce qui s’était passé avec ses amis sur Facebook. Sur Internet, on peut s’échanger des images, on peut s’amuser, mais ça peut ensuite devenir une histoire mondiale, donc il faut faire attention.


Concernant les interrogations des internautes concernant la provenance de l’argent de son fils, il a précisé :

Il est étudiant, donc je lui donne de l’argent pour ses études. Je suis dans la fonction publique depuis 1974, donc tout l’argent que j’ai pu gagner, c’est grâce à mon travail. Je suis honnête.


France 24 a également contacté son fils sur Facebook et WhatsApp, mais celui-ci n’a pas souhaité répondre aux questions. Nous publierons sa réponse si celle-ci nous parvient.


Des précédents aux Cameroun et ailleurs

Les frasques de ce fils de responsable politique camerounais en rappellent d'autres : début 2016, Brenda Biya, la fille du président, avait ainsi choqué de nombreux Camerounais en raison de son train de vie luxueux.

"Princesse" Brenda, la fille du président camerounais qui irrite avec ses taxis à 400$ (cliquez sur l'image pour lire l'article)

En dehors du Cameroun, d’autres "rich kids" ont également défrayé la chronique ces dernières années, en Iran ou encore en Russie.

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Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone