À Goma, dans l’est de la RD Congo, la quasi-totalité des habitants utilisent du charbon de bois pour cuisiner, ce qui favorise la déforestation et le développement de maladies respiratoires. Afin de lutter contre ces problèmes, un ingénieur développe des cuiseurs fonctionnant grâce à l’énergie solaire.

Il existe différents modèles de cuiseurs solaires, mais le principe reste toujours le même : il s’agit d’un système qui concentre les rayons du soleil, afin de les transformer en chaleur, ce qui permet de cuire les aliments. Ils fonctionnent donc sans électricité ou énergie fossile.

"Fabriquer un cuiseur solaire coûte seulement 5 dollars"

Kamundala Janvier est un ingénieur électricien de 27 ans. Il explique pourquoi il veut développer l’utilisation des cuiseurs solaires à Goma :

La quasi-totalité des Congolais utilisent du charbon de bois – appelé "makala" en swahili – pour cuisiner, ce qui est problématique à différents niveaux.

Tout d’abord, cela implique de couper des arbres, ce qui contribue à la déforestation. En plus, en ce qui concerne Goma, le bois est coupé en grande partie dans le Parc national des Virunga de façon illégale, alors qu’il devrait en théorie être protégé. Afin de lutter contre la déforestation, il existe un programme appelé "ECOmakala", géré notamment par WWF, qui incite les gens à replanter des arbres autour du parc, mais ce n’est pas une solution durable à mon avis...

Par ailleurs, ce sont souvent les femmes qui vont chercher le bois dans la forêt. Or, dans la zone de Goma, c’est particulièrement risqué car elles peuvent tomber sur des bandits et des groupes armés, et se faire violer.

Enfin, l’utilisation du charbon de bois dans les foyers dégage beaucoup de fumée, ce qui favorise le développement de maladies respiratoires. [Chaque année, plus de 4 millions de personnes dans le monde meurent prématurément de maladies imputables à la pollution de l’air à l’intérieur des maisons, due à l’utilisation de combustibles solides en cuisine, NDLR.]


Kamundala Janvier a entendu parler des cuiseurs solaires pour la première fois en 2015. Cette technique lui a tout de suite semblé intéressante, puisqu'il s'agit d'une alternative au charbon de bois reposant sur une énergie propre, donc non polluante, et ne dégageant aucune fumée. Il a ensuite commencé à apprendre comment les fabriquer, notamment grâce à des vidéos YouTube.

Puis il a mis en place une ONG, appelée Clean Cookers, pour développer leur utilisation à Goma. Pour cela, il a bénéficié de l'appui financier de l'ONG germano-congolaise fUNIKIN. Cette ONG soutient notamment le système de bourse BEBUC (Bourse d'Excellence Bringmann aux Universités Congolaises), dont Kamundala Janvier bénéficie également.


L'équipe de "Clean Cookers" de Kamundala Janvier.


Le modèle de cuiseur solaire que l’on cherche à promouvoir s’appelle "Cookit". Il s’agit d’un système imaginé par le Français Roger Bernard dans les années 1980.

Pour le fabriquer, il faut découper une forme dans un carton, selon un modèle que l’on peut trouver en ligne. Puis il faut plier le carton pour qu’il prenne forme et coller des feuilles d’aluminium dessus.


Fabrication d'un "Cookit" avec des étudiants de Goma.


Ensuite, pour cuisiner, il faut utiliser une marmite – noire de préférence, pour attirer le soleil – et l’introduire dans un sac thermorésistant. De notre côté, nous prenons un sac plastique qui est utilisé pour cuisiner le maïs. Après avoir fermé le sac avec du scotch, on peut le placer au-dessus du "Cookit" et au soleil, bien entendu. Puis la température monte graduellement…

"Le ‘Cookit’ est très simple à fabriquer"

Le "Cookit" présente de nombreux avantages. Déjà, il est très simple à fabriquer. La première fois, ça prend deux heures, mais c’est beaucoup plus rapide une fois qu’on a découpé un premier modèle. Ensuite, sa fabrication coûte seulement 5 dollars [4, 24 euros]. Et il est très simple à utiliser…

Par contre, la durée de cuisson est assez longue : à Goma, par exemple, il faut 1h30 pour cuire du riz. De plus, on peut atteindre 70 à 80°C, mais il faut du soleil en permanence pour atteindre ces températures-là.

"Nous avons déjà formé trois jeunes à la fabrication des cuiseurs solaires"

Nous avons déjà distribué cinq cuiseurs solaires, essentiellement à des proches. Nous les avons vendus à 7 dollars [5, 94 euros], ce qui est abordable pour la population de Goma, où le salaire minimum est d’environ 3 dollars par jour [2, 54 euros].

Du 3 au 7 mai, nous avons également formé trois jeunes venus de la ville d’Uvira [située à 310 km au sud de Goma, dans le Sud-Kivu, NDLR] à la fabrication des cuiseurs solaires, qui nous avaient contactés. C’est une ville plus ensoleillée que Goma, donc le "Cookit" marche mieux là-bas : ils nous ont dit qu’ils avaient mis 55 minutes pour cuire du riz !


Les jeunes d’Uvira ayant été formés à la fabrication de cuiseurs solaires, avec une formatrice (2e en partant de la droite).

Cette femme d'Uvira utilise un cuiseur solaire fabriqué sur place, à la suite de la formation des trois jeunes.


Avec mon ONG, j’aimerais développer ce volet "éducation", en expliquant aux gens comment fabriquer et utiliser les cuiseurs solaires, plutôt que de se servir du charbon de bois. J’aimerais cibler les écoles primaires dans un premier temps, puis les universités et les "filles-mères". Si ces dernières apprenaient à les fabriquer, elles pourraient ensuite les vendre…


Kamundala Janvier explique le fonctionnement des cuiseurs solaires à des étudiants de l'Université libre des Pays des Grands Lacs, à Goma.


Par ailleurs, j’aimerais produire davantage de cuiseurs pour créer des emplois, mais également pour en distribuer dans le camp de réfugiés "Lusenda", en territoire de Fizi, au Sud-Kivu. En dehors de la cuisson d’aliments, ils permettent de pasteuriser l’eau et donc d’éviter le choléra, ce qui est utile…


Kamundala Janvier et son équipe travaillent actuellement sur un deuxième modèle de cuiseur solaire, le cuiseur en boite, beaucoup plus cher à fabriquer.



Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone