En Sierra Leone, il est désormais interdit de courir en groupe dans les rues. Une décision des autorités annoncée fin juillet qui a créé la surprise. Officiellement, les autorités estiment que les groupes de coureurs créent des troubles à l’ordre public… mais il s’agirait avant tout d’une manœuvre politique.

Il est désormais interdit de courir en groupe dans les rues, c’est ce que prévoit une annonce officielle signée du chef de la police de la Sierre Leone, Francis Alieu Munu, diffusée le 27 juillet. La directive précise cependant qu’il est toujours possible de courir sur les plages ou dans les enceintes sportives dédiées et s’achève sur un ton martial : "Vous êtes maintenant prévenus".


Pour se justifier, le gouvernement a expliqué que ces jogging de groupe créent des "nuisances publiques", affirmant qu’ils sont régulièrement infiltrés par des pickpockets, l’occasion de trafics en tout genre, ou encore que la musique diffusée lors de ces courses est de nature à gêner la tranquillité publique.

Associations et ONG sont rapidement montées au créneau estimant qu’interdire une activité sportive si populaire pour les jeunes était une erreur, car ces joggings ont permis à certains de sortir de la violence. D’autres se demandent même si cette décision est conforme au droit national et international.

"Une bonne loi fait parfois peur. Avec un peu de chance, celle-ci ne prendra pas de mauvaise pente. Écoutez ce que les politiciens ne disent pas quand ils parlent", écrit un internaute sur Twitter. "Une bonne loi ? Une grave violation [des droits]. Bien sur que la majorité de ceux qui font du jogging ne commettent pas de crimes. Qu'est-il arrivé au véritable maintien de l'ordre ? Une mauvaise pente, c'est sûr", lui répond une autre internaute.

"Je ne serai pas surpris si Francis Munu, l'inspecteur général de la police, annonce prendre la tête d'un quelconque parti politique. Non, ça ne le sera pas. Il est dans la liste des chefs de la police, qui ont et qui sont toujours en train de violer les droits des citoyens sans regrets, visiblement pour satisfaire des politiques', écrit cet internaute sur Facebook. 



"Les autorités ne veulent pas que les gens se rassemblent"

Arnaud Ouattara est un Ivoirien qui a vécu pendant huit mois à Freetown, la capitale de la Sierra Leone, avant de quitter le pays il y a deux semaines. Il avait l’habitude de faire du jogging et fréquentait quelques fois ces joggings de groupe.

Il y a énormément de clubs de sport à Freetown. Le week-end, les gens commencent à courir dès 6 h du matin le long des routes en direction de la plage. Je n’ai jamais vu de problèmes particuliers dans ces joggings de groupes, ou de problèmes de violence, je m’y suis toujours senti en sécurité.

Je crois que c’est probablement parce que les élections générales ont bientôt lieu [en mars 2018 pour élire le président et l’Assemblée unicamérale] que les autorités ne veulent pas que les gens se rassemblent. C’est vrai que souvent dans ces rassemblements, notamment sur les plages, on trouve des gens qui ne viennent pas là pour faire du sport, plutôt pour traîner et discuter [certains hommes politiques ont par le passé organisé des joggings où leurs partisans arboraient des t-shirts aux couleurs de partis politiques, NDLR].

Je pense que cette loi va principalement affecter les jeunes. Le sport est pour eux une façon de se défouler, dans un pays qui porte encore les cicatrices de la guerre [la Sierra Leone a connu une guerre civile entre 1991 et 2002 qui a fait près de 50 000 morts selon les estimations, NDLR].

Article écrit en collaboration avec
Catherine Bennett

Catherine Bennett , Anglophone Journalist