Une vidéo montrant des salariés chinois boire l’eau des toilettes circule actuellement sur les réseaux sociaux. Selon la presse locale, ils auraient été punis pour ne pas avoir atteint les objectifs fixés par leur employeur. D’autres vidéos montrant des employés se faire humilier par leurs patrons en Chine ont émergé ces dernières années, mais ces pratiques restent rares, estiment les spécialistes de ce pays.

Dans cette vidéo récente, on voit un homme récupérer l’eau des toilettes avec un gobelet, avant de la boire. Puis on voit deux autres femmes faire la même chose.

Vidéo diffusée sur les réseaux sociaux chinois cette semaine, notamment sur Weibo.


Selon la presse locale, ces personnes travailleraient pour un studio de photo à Guang'an, une ville située dans la province du Sichuan, et auraient été punies pour leurs performances médiocres. L’une des femmes aurait raconté avoir eu la diarrhée par la suite.

La vidéo a d’abord été partagée dans un groupe WeChat – une application mobile de messagerie – réservé aux employés, avant d’être diffusée sur Internet. Un manager de l’entreprise a affirmé que la vidéo n’avait pas été tournée dans leurs locaux, mais qu’elle avait été diffusée sur WeChat pour "motiver" les employés à mieux travailler. La police a arrêté l’auteur de la vidéo et ouvert une enquête.


Manger des légumes ayant un goût amer sous la contrainte

Ce n’est pas la première fois que de telles images circulent sur les réseaux sociaux chinois. En juillet 2016, des employés de Chongqing avaient été filmés en train de manger des légumes ayant un goût amer sous la contrainte, car ils n’avaient pas atteint les objectifs fixés par leur entreprise. Là encore, l’objectif aurait été de "motiver" les employés à travailler davantage.

Images diffusées notamment sur le site Internet
Shanghaiist.


Des coups de règle sur les fesses

Un mois plus tôt, une autre vidéo avait circulé montrant des employés recevoir des coups de règle sur les fesses, sur une scène, en raison de leur "manque de productivité". Cette punition avait eu lieu lors d’un événement organisé par une banque à Changzhi, dans la province du Shanxi.

Vidéo diffusée sur le compte Youtube
"People's Daily, China".

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Un manager chinois fouette ses employés jugés "pas assez productifs"


Prosternation devant l’employeur

En septembre 2015, des salariés travaillant dans des restaurants avaient également été forcés de se prosterner devant leurs patrons et de crier "merci pour le travail", dans la ville de Shenyang, dans la province du Liaoning.

Image diffusée sur le site Internet
News.163.com.


À genou sur un pont durant 60 minutes

Dernier exemple de cette liste non-exhaustive : en janvier 2015, des salariés travaillant à Xiamen, dans la province du Fujian, avaient été contraints de rester agenouillés sur un pont durant 60 minutes par leur employeur, pour n’avoir pas réussi à terminer leur travail.

Photo diffusée sur le site Internet
Shanghaiist.

"La société chinoise reste très dure"

Jean-François Di Meglio est le président du centre de recherche "Asia Centre", situé à Paris.

Traditionnellement, la société chinoise est très dure, même si cela évolue… Elle est hyper compétitive, comme on le voit à l’école ou dans les entreprises. C’est lié notamment à la surpopulation qui caractérise ce pays. Les standards ne sont d’ailleurs pas les mêmes qu’en Occident.

De plus, la notion de management – au sens moderne du terme – est relativement récente en Chine, par rapport à d’autres pays. Par exemple, au sein des entreprises, la place des réseaux traditionnels est encore très ancrée [il s’agit du "guanxi", un terme chinois pouvant être traduit par "réseau", NDLR]...

C'est notamment pour ces raisons que de tels traitements humiliants peuvent parfois se produire dans les entreprises, même si cela reste exceptionnel…

"Les employés ne sont pas censés contester leur patron"

Chunyan Li est fondatrice de FEIDA Consulting, une société de conseil spécialisée dans les affaires franco-chinoises, et auteure du livre "Réussir sur le marché chinois" (Eyrolles). Elle aussi estime que ce type de traitements humiliants reste rare dans les entreprises chinoises.

On ne peut pas tirer de conclusions générales à partir de quelques vidéos. Cela dit, il faut savoir que la hiérarchie reste très importante dans les entreprises chinoises : les employés ne sont pas censés contester les ordres ou les décisions de leur patron. C’est lié au fait que le respect des "seniors" est traditionnellement très ancré en Chine. Donc si quelque chose ne vas pas dans une entreprise, les salariés ne vont pas forcément se révolter.

Cela dit, tout cela évolue. Les jeunes nés dans les années 1990 quittent plus facilement leur travail que leurs aînés, si quelque chose ne leur plait pas : ils sont moins soumis. C’est possible puisqu’il existe beaucoup d’opportunités sur le marché du travail, sans compter que les familles de ces jeunes n'ont souvent pas de problèmes matériels.

Ce qui ne change pas, en revanche, c'est le fait que se remettre en cause est très valorisé en Chine. Par exemple, dans certaines entreprises, des réunions sont parfois organisées pour que tous les salariés se critiquent, dans le but de se faire progresser. Cela peut sembler humiliant pour les Occidentaux, mais cela n’a rien à voir avec les humiliations physiques qui, elles, sont vraiment mal vues en Chine...


Article écrit en collaboration avec
Chloé Lauvergnier

Chloé Lauvergnier , Journaliste francophone