Le dispositif est une première sur le continent africain, et il a de quoi surprendre : en installant un dispositif lumineux à base de LED dans un village ivoirien à la frontière avec le Libéria, un ingénieur a permis à 5 000 habitants d’avoir pour la première fois accès à Internet et à la télévision. Un projet qui a changé la vie de ce village enclavé comme en témoignent ses habitants…


Depuis avril 2017, Drongouiné, dernier village ivoirien avant le Libéria, dans l’ouest du pays, a été équipé de panneaux solaires permettant de fournir la lumière à cette petite localité à la nuit tombée. Mais ce n’est pas tout : cette lumière leur permet aussi d’avoir accès à Internet et à la télévision, sans aucune connexion filaire ou Wifi, grâce à une technologie encore en gestation : le Li-Fi.

Grâce à des ampoules LED installées dans le village de Drongouiné et alimentés par des panneaux solaires, cette école dispose maintenant d'Internet gratuitement.

Le Li-Fi, qu’est-ce que c’est ?

Le Li-Fi ("Light Fidelity "signifiant "transmission par la lumière ") utilise l'éclairage LED pour transmettre des données texte, photos ou vidéos, vers un ordinateur, un smartphone ou une tablette. La différence par rapport au Wifi, c’est que les ondes radio du WiFi sont remplacées par le spectre lumineux : un peu comme pour le codage en morse, le signal lumineux peut transmettre des données en allumant et en éteignant plusieurs milliers de fois par seconde une lumière LED.

Pour en savoir plus sur ce dispositif, vous pouvez regarder la vidéo ci-dessous publiée par l'entreprise Li-Fi-Led Côte d'Ivoire.


Les chercheurs estiment que le Li-Fi permettrait d’avoir une puissance de transmission 100 fois supérieure au Wifi. La technologie est déjà utilisée dans certains milieux professionnels, notamment en France, mais des universitaires tentent de la standardiser pour les particuliers à l’horizon 2020.

À Drongouiné, les habitants disposant d’un smartphone ou d’une tablette peuvent désormais se connecter à Internet ou regarder la télévision. Avec une limite cependant, puisque le spectre lumineux ne peut par exemple pas passer au travers des murs.

En installant des LED et en utilisant leur spectre lumineux, ce dispositif haut débit permet de diffuser les chaînes télévisées. À Drongouiné, Ange Frédérick Balma, à l'origine du projet, a pu ainsi faire une démonstration à la tombée de la nuit.

"Avec cet Internet gratuit, on veut permettre aux jeunes qui ont quitté leur village de revenir pour participer à son développement économique"

L’homme qui a permis au village de Drongouiné d’être équipé de cette technologie s’appelle Ange Frédérick Balma et a 39 ans. Il a créé la start-up Li-Fi Led Côte d’Ivoire en 2014 qui compte aujourd’hui 12 employés.

Nous avons choisi Drongouiné, car ce village est totalement enclavé dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Il a beaucoup souffert des différents conflits depuis vingt ans [la région frontalière du Libéria a subi le contre-coup de la guerre civile libérienne entre 1999 et 2003, NDLR]. Là-bas, le réseau mobile ne passe pas. Les habitants doivent marcher deux heures pour aller en ville et recharger leur téléphone ou se connecter à la 3G.

Nous avons financé ce projet de kit Li-Fi sur nos fonds propres, il comprend les panneaux solaires, des LED, le câblage électrique et un récepteur Li-Fi. Ça nous a coûté 5 millions de francs CFA (environ 7 600 euros). Pour éviter que ça ne coûte trop cher, nous avons essayé d’être créatifs : par exemple, nous avons fabriqué des poteaux électriques en plastique recyclé en invitant la population à nous laisser leurs déchets plastiques. Sur ces poteaux, mais aussi dans quelques endroits du village comme l’école, le dispensaire, ou la maison de la jeunesse, on a fixé des LED alimentés par des panneaux solaires.

Ce poteau permettant de fixer les câbles électriques a été fabriqué à 100% à partir de plastique recyclés. Photo Ange Frédérick Balma.

Aujourd’hui, on voit les premiers fruits de ces gros investissements : grâce à cet Internet, nous avons pu mettre en place des formations à distance dans le domaine de l’agriculture. Des agronomes ivoiriens font des visioconférences sur Skype ou envoient des vidéos sur WhatsApp à des agriculteurs locaux pour leur montrer comment améliorer le rendement de produits.

Beaucoup de jeunes de ce village ont été poussés à l’exode rural. Ils sont actuellement à Abidjan ou dans d’autres villes sans véritable activité, à attendre. Je veux inviter ces jeunes à revenir à Drongouiné participer au développement économique de leur village, en profitant de cette technologie gratuite pour développer des activités via Internet. "

"Ce dispositif a changé le quotidien des médecins ou des enseignants"

Et quel bilan tirent les habitants, cinq mois après la mise en place du projet ? André Ba a coordonné le projet pour l’installation de ce dispositif. Il vit à Danané à 10 kilomètres de Drongouiné où il se rend souvent.

Le dispositif, qui fonctionne dans un rayon d’environ 300 mètres, a clairement changé le quotidien des habitants : les médecins disposent d’un éclairage permanent grâce aux panneaux solaires, et peuvent réaliser des accouchements de nuit. Mais surtout, ils peuvent maintenant se connecter à Internet en temps réel avec des médecins d’Abidjan s’il y a une urgence. Il en va de même pour les enseignants qui peuvent utiliser Internet comme support pédagogique.

Drongouiné suscite aujourd’hui la curiosité des habitants de la région. Certains viennent du Libéria ou de Guinée pour voir cette lumière qui donne accès à Internet ! Dans les villages aux alentours, il y a un peu de jalousie certes, mais nous n’avons jamais eu de tentative de vol, car tout le monde a conscience que cela peut bénéficier à la région.


Quelles sont les prochaines étapes du projet ?

Le projet, soutenu par la Fédération nationale des organisations professionnelles de la jeunesse rurale de Côte-d'Ivoire (FENOPJERCI) ne s’arrête pas à Drongouiné : des financements de la Banque africaine de développement, de l’Agence des États-Unis pour le développement international et du ministère de l’Économie numérique ivoirien permettront d’installer environ 2 000 kits similaires dans des villages ivoiriens, comme à Zueloula, dans le centre du pays, ou Dabakala dans le Nord, avant fin 2017.

L’initiative est parvenue jusqu’aux oreilles du président de la République Alassane Ouattara, qui a reçu l’équipe de Lifi-Led Côte d’Ivoire vendredi 4 août.

L'entreprise Lifi-Led Côte d'Ivoire a reçu le prix 2017 de la meilleure innovation numérique ivoirienne de la présidence de la République ivoirienne.

Mais Ange Frédérick Balma souhaite aller plus loin :

Avec 5 000 kits, nous devrions couvrir les besoins de l’ensemble des 8 000 villages ivoiriens, dans toutes les régions. Il nous reste donc à en financer 3 000 pour atteindre nos objectifs ! Nous avons déjà beaucoup de demandes venant d’autres pays comme Madagascar, la Guinée, le Mali ou le Burkina Faso… j’espère que nous pourrons à terme montrer qu’avec la lumière, on peut faire d’une pierre deux coups et apporter la technologie partout !


Vous voulez contacter Ange Frédérick pour en savoir plus sur leur projet ? Vous pouvez vous connecter à
leur page Facebook ou nous écrire à obsengages@france24.com pour être mis en relation avec eux !

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Article écrit en collaboration avec
Alexandre Capron

Alexandre Capron , Journaliste francophone